24 heures chrono : David Palmer, l'autre grand amour de Jack Bauer

Geoffrey Crété | 21 avril 2014
Geoffrey Crété | 21 avril 2014

Ecran Large lance le 24 news chrono : un marathon d'articles pour fêter le retour de Jack Bauer le 5 mai, dans la saison 9 intitulée Live Another Day. 24 jours et 24 news pour revenir en détail sur la série culte 24 heures chrono : sa naissance, ses héros, son évolution, ses moments marquants, mais aussi ses failles et ses polémiques. "Damn it !" 

J-15

 

Episode 10 : David Palmer, l'autre grand amour de Jack Bauer

Dans un autre monde, Sidney Poitier a accepté le rôle de Jed Bartlett dans A la Maison Blanche, devenant ainsi le premier Président noir des Etats-Unis dans le monde de la fiction télévisée. Mais puisque l'Histoire en a décidé autrement, cette tâche a incombé à Dennis Haybsert alias David Palmer, personnage incontournable de la galaxie 24 heures chrono.

 

  

Dès la première saison, le destin de David Palmer se mêle à celui de Jack Bauer à cause de l'opération Nightfall, autorisée par le sénateur afin de tuer Victor Drazen au Kosovo, avec Bauer à la tête du commando. Des années après, lorsqu'un groupe terroriste essaie d'assassiner Palmer et enlève la femme et la fille de Jack par vengeance, le destin scelle la relation des deux hommes dans le chaos des événements.

Car d'un côté comme de l'autre, il y a la même force silencieuse qui mène Bauer et Palmer : leurs noms riment parce que chacun de leur côté de la démocratie (la politique, la police), ils se battent pour une même idée de la patrie, armés du même sens du sacrifice (Jack avec sa vie privée, David avec sa carrière politique). Si Jack est la main du pays, David en est la tête.

La deuxième saison confirmera cette relation d'une force redoutable puisque David Palmer, devenu le leader du monde libre, sera presque démis de ses fonctions après avoir écouté Jack, convaincu qu'il est manipulé pour provoquer une Troisième Guerre mondiale. Ce bras de fer politique, qui donne lieu au procès de Palmer, solidifie le lien quasi fraternel entre lui et Jack. La saison commence d'ailleurs grâce à Palmer, qui demande à son ami, terré au fond de sa culpabilité, de venir en aide à la CTU face à une menace nucléaire. David Palmer incarnera dès lors l'attachement du héros à son pays, ou du moins une idée de son pays, qui provoque chez lui une réaction surhumaine, au-delà du raisonnable.

 

 

 

La saison 3 montrera marquera néanmoins les limites de leur relation lorsque David, après avoir perdu Sherry dans une énième histoire sordide de manipulation, quitte la politique. En pleine campagne pour sa réélection, il décide de fixer une limite à ses sacrifices, et refuse d'accepter l'homme qu'il est devenu -  un homme désormais capable de mentir pour ses propres intérêts, qui accepte d'utiliser les armes de ses ennemis pour se protéger, et couvrir un meurtre pour ne pas nuir à sa carrière.

Comme Jack revenu en saison 2 à sa demande, Palmer reviendra lors de la saison 4 pour prêter main forte à Charles Logan, Vice-président catapulté en première ligne suite à une attaque terroriste qui a abattu Air Force One et blessé le Président Keeler. Abîmé par trois saisons, Palmer est passé de l'autre côté, comme Bauer : lorsque Logan lui demande d'expliquer ses choix, il lui rétorque, "C'est une sale histoire, et on devra se salir les mains pour la régler". Comme celui de Jack, le coeur pur de David, brisé par les épreuves infligées par le monde moderne, a pris une couleur sombre. Il reste du bon côté de la Force, mais la frontière avec l'autre versant semble de moins en moins claire.

 

 

A bien des égards, la trajectoire de Palmer fonctionne en miroir avec celle de Bauer : un homme profondément juste, forcé par les événements à repousser ses propres limites, accepter ses faiblesses, abandonner ses idéaux et perdre ses proches. Erigé en symbole d'une démocratie naïve, brisée par la perfidie et le mensonge, Palmer se place aussi en contre-point du héros : là où Jack Bauer accepte dès la saison 2 accepte le terrible spectre de la justice, lui refuse de jouer un rôle dans ce jeu morbide lorsqu'il abandonne la course à la réélection en fin de saison 3. L'être humain est passé avant le Président, alors même que Jack, qui a tué Chappelle pour sa mission, accepte sa condition de soldat inhumain pour le bien de la nation.

24 heures chrono fera payer ce choix à David Palmer, revenu dans la saison 4 comme un clin d'oeil mais bel et bien expulsé de la sphère politique : dès le premier épisode de la saison 5, il est abattu. Nouveau Président, nouveau complot, nouvelle époque : le symbole d'une Amérique nouvelle est brisé par l'engrenage scénaristique, pour laisser place à l'Amérique de Nixon.

 

 

Nouvel homme mais même faiblesse, puisque Charles Logan empruntera un détail de taille à David Palmer : la Première dame, femme de l'ombre complexe dont la silhouette s'étend au-delà du raisonnable. Rouage incontournable de la mécanique des trois premières saisons, Sherry Palmer a assuré le service des scénaristes pervers au grès des mensonges, manipulations, chantages et autres armes intellectuelles.

Le couple Palmer compose ainsi la balance complète de la politique, capable de pencher à la moindre occasion d'un côté ou de l'autre : utiliser son pouvoir pour protéger ses enfants, mentir aux citoyens pour leur propre bien, bafouer la liberté de la presse pour éviter la panique, utiliser les armes de ses ennemis pour maintenir sa position. Au fil des saisons et des crises, alors que David trouve constamment un moyen de ramener Sherry, l'équilibre demeure, pour une raison simple : comme le ying et le yang, il n'existe pas sans elle, et vice-versa. Lorsqu'elle est tuée, David s'efface, et s'évanouit dès la saison suivante pour devenir un autre, plus proche de l'outil scénaristique que de l'icône des débuts.

 

 

L'assassinat de David Palmer a été mal vécu par Dennis Haysbert, qui n'a pas caché son sentiment à l'époque : « J'ai refusé de le faire pendant des mois. Puis ils ont envoyé un de mes amis, devenu après showrunner, pour me convaincre de le faire parce qu'ils en avaient besoin pour lancer la saison. J'ai accepté, mais si je devais le refaire, je refuserais. Ils m'ont tué pour les audiences. Et je trouve ça d'autant plus dommage que ça prive Jack d'une relation bona fide avec un autre personnage masculin. L'essentiel pour un bon drame c'est les relations. » Il ne s'arrête pas là : « Pour le meilleur et pour le pire, les producteurs cherchent à détruire ces relations entre les personnages. Et donc transformer la série en quelque chose d'autre, en un carnage. Je pense que ça en fait une série moins bonne. » Enfin, il dégaine l'arme ultime : « Pour moi, ça remuait un passé trop douloureux. De JFK à Martin Luther King, trop de nos leaders les plus charismatiques ont été tués, pour le grand malheur de la nation. »

Ligne de défense des producteurs : « On pensait vraiment être allés au loin que possible avec David Palmer. Il avait un haut sens moral, du courage, essayait toujours de faire la meilleure chose au fil des trois saisons. On est partis sur un nouveau Président pour avoir une nouvelle direction. » Et accessoirement faire perdre à Jack Bauer, après Teri, son autre grand amour, pour ne laisser dans son coeur qu'une place pour sa patrie.

 

Rendez-vous demain pour un nouvel épisode consacré à la saison 4.

 

Tout savoir sur 24 heures chrono

Newsletter Ecranlarge
Recevez chaque jour les news, critiques et dossiers essentiels d'Écran Large.
Vous aimerez aussi
commentaires
Aucun commentaire.
votre commentaire