Un Doigt dans le Culte : Fullmetal Alchemist

Christophe Foltzer | 17 avril 2017 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Christophe Foltzer | 17 avril 2017 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Avec Un Doigt dans le Culte, la rédaction profite de son temps libre, de son salaire mirobolant et de sa mégalomanie galopante pour partager avec vous des œuvres importantes, cultes, adorées, en dehors de toute actualité. Films, séries, livres, bandes-dessinées, sculptures en crottes de nez, tout va y passer. Et aujourd'hui, on vous parle de Fullmetal Achemist.

On ne sait pas si vous avez remarqué, mais depuis quelques années les mangas et la japanimation reviennent en force sur le devant de la scène. Dragon Ball Super évidemment, qui ressuscite la plus grande franchise shonen de tous les temps, mais Naruto et One Piece aussi, dont le succès ne cesse de se maintenir après quasiment 20 ans d'existence. De son côté, le cinéma japonais puise dans ce vivier pour monter de prestigieuses productions : Kenshin le Vagabond, L'attaque des Titans, TerraFormars et, à la fin de cette année, Fullmetal Alchemist. Et il était plus que temps que l'on vous parle de ce dernier.

 

Photo Fullmetal Alchemist

 

LA MONTAGNE, CA VOUS GAGNE !

Fullmetal Alchemist est né en 2001 de l'imagination de l'auteure Hiromu Arakawa. Cette japonaise, aujourd'hui quadragénaire, n'est pas issue d'une grande école de dessin ou d'un cursus universitaire et citadin comme on pourrait s'y attendre, mais nous vient d'une exploitation laitière d'Hokkaido, où elle a grandi et travaillé. C'est durant sept ans, pendant le temps libre que lui laisse l'exploitation de la ferme familiale, qu'elle prend des cours de peinture à l'huile avant de s'essayer au manga. Après diverses expériences, elle donne naissance à Fullmetal Alchemist (qu'elle achèvera en 2010), une oeuvre parmi les plus importantes du manga moderne et qui est intimement lié à ses origines paysannes.

De quoi nous parle FMA ? De deux frères, Alphonse et Edward Elric, fils d'un puissant alchimiste qui les a abandonné avec leur mère lorsqu'ils étaient plus jeunes. Malheureusement, leur génitrice décède et, dans un acte désespéré, les deux frangins inexpérimentés tentent de la ressusciter à l'aide d'une technique alchimique interdite, la transmutation. En résulte une créature à moitié humaine qu'ils exécutent rapidement, mais ils ne sont pas au bout de leur cauchemar, une telle expérience demandant un énorme prix à payer : Alphonse y perdra son corps et ne devra son salut qu'à Edward, amputé d'une jambe et d'un bras, qui scelle son âme dans une armure entreposé à côté d'eux.

 

Photo Fullmetal Alchemist

 

Recueillis par la grand-mère de Winry, leur amie d'enfance, les deux frères Elric pansent leurs blessures. Edward se voit poser deux prothèses pour remplacer ses membres disparus, des automails, et chacun se met en tête de retrouver un jour son corps. C'est en devenant alchimistes d'Etat, à la solde du royaume d'Amestris, qu'ils espèrent atteindre leur but : trouver la pierre philosophale qui permet à son utilisateur d'utiliser tous les pouvoirs du monde sans en payer le moindre prix. Malheureusement, le moment est plutôt mal choisi puisque le Royaume est au bord d'une guerre, coupable du massacre d'un peuple entier dont l'un des survivants cherche à se venger, Scar, en éliminant tous les alchimistes.

On le voit, FMA ne commence pas comme un joli conte de fée et diffère déjà de la plupart des shonen (mangas pour adolescents) par son point de départ. Ici, pas de héros intrépide et courageux dont la plus grande force réside dans son innocence et sa ténacité et qui, suite à des combats successifs va devenir le plus grand guerrier du monde. Non, là, nous sommes dans la véritable tragédie, le drame humain, presque shakespearien, tout autant qu'une grande leçon d'histoire, de géopolitique et de philosophie. Pas mal pour un "simple" manga.

 

Photo Fullmetal Alchemist

 

ECHANGE EQUIVALENT

Point de départ de toute l'histoire, FMA met à l'honneur une version très personnelle de l'alchimie, cette science mystique millénaire dont le but est essentiellement de trouver la pierre philosophale qui, dit-on, changerait le plomb en or. Une pratique avant tout symbolique, dans sa poursuite de ce que l'on nomme le Grand Oeuvre et qui met l'être humain au centre de l'expérience. Par le travail sur soi, le développement, l'ouverture à autrui et l'apprentissage, cette pratique hermétique changerait autant le métal que l'expérimentateur. Nous sommes donc en plein terrain subtil, avec un gros soupçon d'ésotérisme, dont nous n'allons pas forcément expliquer les détails ici, d'une part parce que cela nous prendrait des jours et d'autre part parce qu'une telle pratique en appelle à la subjectivité et à l'interprétation de chacun : pratique essentiellement opérative pour les uns (le travail réel sur la matière) ou voie initiatique spéculative pour d'autres (c'est un avant tout un travail sur soi-même, symbolisé par différents passages rituéliques, de l'Oeuvre au Noir jusqu'à l'Oeuvre au Blanc), chacun y trouvera son compte. Avec FMA, Hiromu Arakawa mélange les deux approches en en dégageant une idée forte : le principe de l'échange équivalent. Ainsi, rien ne peut être accompli sans quelque chose en échange, puisque cette conception de l'alchimie repose avant tout sur une circulation des énergies. Pour préserver l'équilibre des choses, en gagnant quelque chose, il faut savoir se dépouiller d'autre chose de même valeur, et les frères Elric l'ont appris à leurs dépens. Un principe érigé en véritable philosophie durant toute la saga et qui trouve un écho dans ses moindres personnages et événements. 

 

Photo Fullmetal Alchemist

 

Dans FMA, rien ne se crée, rien ne se perd et tout se transforme. A l'homme de considérer la valeur des choses, de se positionner selon ses croyances et ses codes moraux pour prendre ses décisions et suivre son chemin. En partant à la recherche de la pierre philosophale, les frères Elric se heurtent à la complexité du monde, tout comme le lecteur d'ailleurs, puisque Harakawa ne fait que nous raconter notre Histoire sous le prisme d'une vaste aventure mâtinée de fantastique. L'univers de FMA est un reflet fantasmé de nos sociétés du début du XXème Siècle et l'histoire touche même une certaine universalité dans les différents aspects qu'elle nous propose. En effet, le Roi Bradley, dirigeant bon et honnête pour son peuple qui cache un terrible secret fait évidemment écho aux plus grands dictateurs du monde, il n'y a qu'à voir son surnom de "Führer" pour s'en convaincre. Dans le même ordre d'idée, le peuple des Ishbals, dont est issu le terrible Scar et qui a été massacré par les alchimistes d'Etat, rappelle plusieurs heures sombres pas si anciens que cela. Si pour nous, occidentaux, cela résonnera avec la Shoah et les Nazis, le point d'origine est cependant différent puisque Harakawa y parle en fait du peuple des Aïnous, japonais du nord, répudiés et massacrés par la société qui les a toujours considéré comme des êtres inférieurs. Il faut savoir qu'encore aujourd'hui, un véritable tabou entoure ce peuple qui n'est que toléré. Mais c'est tout le talent de l'auteure de prendre cette tragédie et d'arriver à la rendre universelle pour qu'elle nous parle à tous, selon nos propres codes et notre propre passif.

 

Photo Fullmetal Alchemist

 

CHIENS DE L'ETAT

Car, à la différence de beaucoup d'autres mangas, FMA a un message à faire passer et ce n'est pas celui que l'on croit au début. L'amateur d'aventure risque donc d'être fortement surpris à partir du moment où il se rendra compte que tous les codes du genre explosent pour embrasser une thématique beaucoup plus large. FMA est une oeuvre tragique et profondément pacifiste. Dénonçant les élites, le système militaire, le capitalisme et leur origine, l'avidité de l'homme et son côté pulsionnel (via notamment les Homonculus), le manga se veut avant tout une réflexion sur notre responsabilité en tant qu'être humain par rapport à nos semblables. Personne n'est à l'abri dans cette saga et chaque personnage représente un point de vue ou une idée philosophique forte se confrontant aux autres. Certains acceptent la réflexion et l'évolution, d'autres la refusent et la combattent, d'autres encore meurent pour que l'avenir comprenne leur erreur. 

 

Photo Fullmetal Alchemist

 

Bref, nous sommes face à un récit étonnament profond et cruel dans lequel rien n'est épargné à nos deux héros. Et c'est d'ailleurs tout ce qui fait la richesse de FMA, ce refus de l'unilatéralité, ce souci d'honnêteté humaine vis-à-vis de ses lecteurs, cette histoire en équilibre fragile dans le gris de toute chose, à l'image de l'orientation alchimique de ses héros. Des héros qui d'ailleurs vivent les épreuves comme chacun de nous, avec douleur, tristesse et parfois, soulagement. Des héros humains, qui grandissent, font des erreurs, manifestent une fierté déplacée, se heurtent à leurs propres barrières morales et physiques pour au final, se découvrir, s'accepter et peut-être se transcender.

 

 

Il n'est donc pas difficile de comprendre pourquoi FMA a connu un succès aussi fulgurant et qui s'est maintenu durant ses 9 années d'existence. Evidemment, le manga a donné lieu à différentes adaptations et produits dérivés. Si l'on ne compte plus le merchandising classique pour ce type de productions (allant jusqu'aux mouchoirs Edward Elric), on veut surtout parler des deux séries animées qui en ont été tirées. Tout d'abord Fullmetal Alchemist qui reprend la première moitié de la saga. 51 épisodes produits à partir de 2003 qui ont dû dévier du scénario d'origine (avec l'accord de l'auteure) parce que le manga n'était pas suffisamment avancé. Une adaptation au final peu fidèle mais très intéressante et qui aura donné le film Conqueror of Shamballa, situé deux ans après la fin de la série et qui propose un point de vue passionnant puisqu'Edward se retrouve dans notre monde.

 

 

En 2009, une nouvelle série est créée, Fullmetal Alchemist : Brotherhood, et cette fois, l'adaptation est plus que fidèle. Avec une technique encore plus aboutie, les 64 épisodes retranscrivent parfaitement la profondeur du manga d'origine et, nantie d'une direction artistique étonnante et de qualité, elle multiplie les morceaux de bravoure. S'en suivra un autre film d'animation en 2011, L'Etoile Sacrée de Milos aventure alternative totalement détachée du manga qui n'en a malheureusement pas adapté toutes les qualités. Bien entendu, à la fin de l'année, c'est le film live Fullmetal Alchemist qui sortira dans les salles japonaises et le peu que nous en avons vu nous inquiète plus qu'autre chose apparemment. La propension qu'ont les studios japonais de ne conserver que la forme du matériau qu'ils adaptent au détriment du fond étant malheureusement une pratique courante, on ne s'attend pas forcément à un chef-d'oeuvre même si on espère néanmoins que le film sera à la hauteur de son modèle.

 

 

Fullmetal Alchemist n'est pas une série comme les autres. Elle emporte son lecteur / spectateur dès le départ et, à l'image des grandes oeuvres littéraires, le transforme à son insu durant son aventure. Ce n'est qu'en ayant terminé le dernier chapitre, saisi par l'émotion, qu'on réalise l'étendue du travail accompli. Si son but est aussi de nous divertir, Fullmetal Alchemist accomplit à sa manière le Grand Oeuvre. Il nous transforme, nous améliore et nous permet d'évoluer en retirant le meilleur de nous-mêmes. Bref, Fullmetal Alchemist est une lecture indispensable et pas uniquement quand on aime les mangas. Il est à ranger aux côtés des oeuvres les plus fortes de la littérature. Point final.

 

Photo Edward Elric

  

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commentaires
Baptiste
04/04/2020 à 19:51

Il y a une erreur dans le paragraphe sur l'échange équivalent : hermétique alors que le bon terme est herméneutique. Article intéressant par ailleurs.

Birdy
18/04/2017 à 12:17

Du coup si on veut découvrir complètement, vous me conseillez de débuter par la série de 2009 Fullmetal Alchemist : Brotherhood ?

Juste Leblanc
18/04/2017 à 01:01

C'est simple il est dans le top 5 des meilleurs manga niveau scénario, créativité ... Il y a un réel cheminement philosophique qui nous touche en plein coeur tout au long de l'histoire bref chef d'oeuvre foncer

Hasgarn
17/04/2017 à 11:22

Je suis souvent réfractaire aux mangas (ou aux films) qu'on encense de trop et je suis souvent déçu aussi quand je donne une chance (ne me parlez pas de One Piece...). Naruto constituait une bonne surprise (pas lu après Shipuden) mais FMA, c'est de l'or en barre de 24 carats.

On oublie les codes classiques du shonen pour le drame et un scénario super bien ficelé avec en prime des personnages subtils et profonds.

FMA fait désormais parti de mes mangas préférés (merci à ma femme de me l'avoir fait découvrir) à côté des Berserk, Gunnm, Cobra, City Hunter et Blame!

Neodraken
17/04/2017 à 10:55

J'aime trop ce manga, les deux animés surtout le premier. Pourquoi le première version ? Malgré que ce ne soit pas forcément fidèle sur une bonne partie de l'histoire, j'ai découvert ce manga par cette animé donc avec ses voix japonaises, les différents génériques (Melissa, Ready steady Go,.. et surtout bratja l'une de mes préférés), les mondes avec et sans alchimie. Mais il est vrai que le 2eme est plus logique.

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