The Girlfriend Experience, la série : après The Knick, la nouvelle pépite de Steven Soderbergh

Geoffrey Crété | 12 avril 2016
Geoffrey Crété | 12 avril 2016

En 2009, c'était un film de Steven Soderbergh avec l'ex-star du X Sasha Grey. En 2016, The Girlfriend Experience devient une série télévisée produite par le réalisateur oscarisé, avec Riley Keough (Mad Max : Fury Road) dans le premier rôle. Une nouvelle pépite de Soderbergh après The Knick.

 

CE QUE C'EST

Christine Reade est étudiante en deuxième année de droit et commence un stage dans un grand cabinet de Chicago. Elle observe avec curiosité la double vie de son amie Avery, escort girl de luxe spécialisée dans la "girlfriend experience" : offrir à des hommes riches du sexe et une attention similaire à celle d'une petite amie. Christine décide un soir de l'accompagner avec deux clients, et commence une nouvelle vie sous le nom de Chelsea.

 

The Girlfriend Experience

 

D'OU CA VIENT

A l'origine, il y a le film Girlfriend Experience de Steven Soderbergh : film arty tourné en 16 jours avec l'ex-star du X Sasha Grey, en 2009. La chaîne Starz (Black Sails, Ash vs. Evil Dead) diffuse l'adaptation télévisée, tournée dans les mêmes conditions de ciné indé, et avec un générique fabuleux : créée, scénarisée et réalisée à tour de rôle par Amy Seimetz (actrice vue dans You're Next et attendue dans Alien : Covenant en 2017, qui joue la soeur de l'héroïne ici) et Lodge Kerrigan (Keane). Avec Soderbergh à la production et Shane Carruth (réalisateur de Primer et Upstream Color) à la musique.

Vue dans Les Runaways et Mad Max : Fury Road, repérée par Soderbergh sur le plateau de Magic Mike, Riley Keough (petite-fille d'Elvis Presley, avec des faux airs de Kristen Stewart et Keri Russell) récupère le rôle de Sasha Grey. Face à elle, Mary Lynn Rajskub (24 heures chrono) et deux acteurs vus dans House of Cards, Paul Sparks et Katy Lyn Sheil.

Hormis l'alias de l'héroïne, aucun vrai lien entre le film et la série. Pour Soderbergh, l'idée était de "reprendre le titre et tout recommencer". Kerrigan cite True Detective et The Knick comme modèle pour la cohérence globale de la mise en scène, avec une approche de cinéma indépendant (là où la majorité des séries utilisent des réalisateurs-exécutants).

Malgré le générique, The Girlfriend Experience reste bel et bien une oeuvre de Soderbergh. Interviewé par Télérama, Chris Albrecht, ancien patron de HBO désormais boss de Starz, explique : "Tous ceux qui ont travaillé sur cette série ont été choisis par Steven. Les réalisateurs, Lodge Kerrigan et Amy Seimetz, Riley Keough pour le rôle principal… C'est sa vision. Il a relu les scripts, est venu de temps en temps sur le tournage, a répondu aux messages que chaque membre de l'équipe lui envoyait, il a longuement discuté avec les réalisateurs de sa vision de la mise en scène, puis il les a laissé faire leur boulot. Il n'est intervenu qu'après coup, en participant au montage et à la finalisation des épisodes, avant qu'ils ne soient livrés à la chaîne. Quoi qu'il en soit c'est une production de Steven Soderbergh.

The Girlfriend Experience

 

CE QUE CA VAUT

The Girlfriend Experience confirme, après The Knick, que Steven Soderbergh a trouvé un fantastique terrain de jeu à la télévision. Son film n'était pas le plus remarquable de sa carrière, mais l'adaptation TV est clairement un des objets les plus intéressants de ces derniers temps.

Pas de psychologie de bas étage ou de misérabilisme. Pas d'histoire de perte d'innocence ou de métaphore sur la société moderne. The Girlfriend Experience est bien plus étrange, complexe et ambigu que ne le suggère le pitch. A tel point qu'il aura été impossible d'écrire sur la série sans avoir consommé les 13 épisodes d'une trentaine de minutes pour véritablement pouvoir l'identifier.

The Girlfriend Experience évite avec intelligence les pièges de l'histoire et du personnage : ni apologie ni condamnation morale de la prostitution, la série filme le sexe sans peur ni complaisance, et fait de son héroïne une femme fascinante. Ni victime ni mannequin de luxe, Christine/Chelsea/Amanda n'est pas qu'un simple objet de désir donné à consommer au spectateur. 

 

Riley Keough The Girlfriend Experience

  

A vrai dire, la série fonctionne en permanence sur différents niveaux : entre le désir et le dégoût, l'empathie et le mépris, l'excitation et le vide, la chaleur des corps et la froideur des visages. 13 épisodes complexes, étranges, profondément envoûtants et déroutants, qui dessinent en creux le portrait d'une héroïne pas comme les autres. Une anti-héroïne qui semble moins se perdre que se trouver dans la prostitution ; qui semble s'ancrer dans le monde en se retirant dans une identité froide.

Elle n'a ni peur, ni regrets, ni tramatisme, ni justification. Elle est intelligente, équilibrée, a priori ordinaire et exemplaire. Elle n'est ni prude ni perverse. De Christine à ce sordide jeu de rôle dans le dernier épisode, il y a le portrait d'un être qui se désintègre, qui disparaît totalement dans son corps jusqu'à en faire une entité étrangère (la scène où elle s'observe elle-même se masturber en vidéo). 

 

The Girlfriend Experience

 

The Girlfriend Experience repose entièrement sur les épaules de Riley Keough, qui est l'une des grandes révélations de l'année. Apparue dans Mad Max : Fury Road, l'actrice de 26 ans est renversante. Elle rappelle parfois la Rooney Mara d'Effets secondaires, de Soderbergh.

A l'image de son interprète, ex-mannequin, la série a bien plus à offrir que ce que le premier coup d'oeil laisser entendre. Du drame au thriller d'espionnage, The Girlfriend Experience prend différents visages et refuse de s'enfermer dans des arcs narratifs attendus. Au risque de se révéler déconcertante dans les premiers épisodes, après un pilote parfaitement équilibré.

Enfin, la force silencieuse de la mise en scène contribue énormément à l'immersion. Un découpage précis et une photographie glaciale (de Steven Meizler, qui fait ses premiers pas après avoir été assistant caméra sur les films de Soderbergh notamment), qui englobent toute la saison. De quoi définitivement faire de The Girlfriend Experience une série à ne pas manquer. 

 

The Girlfriend Experience

commentaires

Kiddo
16/04/2016 à 20:41

SS a achevé sa chapelle sixtine avec The knick.
Sur le fond comme sur la forme, la reussite est totale.
Il ne trouvera plus meilleur medium que la television (sic) pour pleinement exprimer son vocabulaire emotionel et artistique si riche et si adulte.
Il me tarde de me ruer sur ce nouveau projet surtout entouré d'artistes aussi meconnus et sous-estimés que peuvent etre Lodge kerrigan (Clean shaven, Claire Dolan...) ou Amy Seimetz, magnifique ds Upstream Colors and such...

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