Dexter Saison 4 : critique baby blues

Julien Foussereau | 15 février 2010
Julien Foussereau | 15 février 2010

La dernière saison de Dexter ne fut pas du goût de tout le monde. Pas de quoi classer la série dans la catégorie « à la dérive » mais des limites avaient été atteintes.

La première de toutes s'avérait être incontestablement un relâchement dans la rigueur d'écriture. Jamais on ne s'ennuyait lors des deux premières saisons, modèles de précision et d'effets parfaitement dosés. C'était là que le bât blessait au cours de cette troisième année au cours de laquelle les scénaristes jouaient trop le chrono à cause d'un fuel narratif pas suffisamment raffiné pour alimenter 12 épisodes plein gaz. A cela s'ajoutait un Jimmy Smits en bad guy clairement en deçà de ce qui était proposé jusqu'alors. Bref, Dexter s'embourgeoisait.

 

 

Dexter année quatre déboule sur Canal + (avec une campagne pub d'un goût plus que douteux). Le spécialiste du sang / sociopathe découvre les joies (affres ?) du mariage, la banlieue pavillonnaire, et la paternité. Cette couverture sociale dissimulant sa nature d'assassin  implacable occupe de plus en plus de terrain sur des journées ne faisant que 24 heures. Et, malgré tout le travail introspectif de Dexter Morgan pour aspirer à la normalité, le besoin compulsif de tuer se fait toujours aussi pressant.

Puis, comme d'habitude, Miami confirme son statut de refuge pour tueurs en série avec l'arrivée de Trinity, meurtrier aussi fourbe que discret. Tellement discret d'ailleurs qu'il aurait réussi à rester sous le radar des autorités pendant 30 ans. Une telle longévité ne peut que fasciner Dexter.

Tels sont les deux axes clés de cette dernière fournée en date de Dexter. 

Attention ! Cet article dévoile quelques éléments de la saison 4.

 

 

Anatomie du meurtre compulsif

Une fois encore, les spectateurs se retrouvent face à un déroulement de saison bien connu. Le premier épisode expose une situation initiale dite « zone de confort » qui se voit perturbée par deux turbulences. La première, interne à la vie de Dexter, le contraint à faire avec son masque de mari et père aimant de plus en plus envahissant. Cela le conduit à être moins attentif et maladivement précautionneux et, en conséquence, à laisser des traces derrière lui. La seconde, externe, coïncide avec le retour de l'agent fédéral Lundy, chargé d'enquête sur les victimes du Bay Harbor Butcher alias Dexter Morgan deux ans plus tôt.

Lundy a toujours adopté une attitude ambivalente avec Dexter, teintée de respect et de suspicion. Sauf que, cette fois-ci, le G-Man est à la retraite et veut en finir avec un dossier qui l'obsède : le Trinity Killer, un assassin mystérieux obéissant à un schéma tellement précis et bien maquillé en fait-divers que personne à part lui ne croit à son existence. Dexter, soumis au Code établi par son père, y voit une excellente occasion de joindre l'utile à l'agréable. Mais rien ne se passe comme prévu. Son existence est menacée pendant 12 épisodes avant de s'en tirer comme une fleur et de revenir à la situation initiale avec la sensation d'en avoir tiré un enseignement.

 

 

Le bon...

Des leçons, les scénaristes semblent en avoir retenues par rapport à la saison précédente. Le premier tiers de cette saison se révèle enthousiasmant avec une ouverture particulièrement bien agencée. Les pointes d'humour se font apprécier comme ce remake en creux du générique déstructuré par la fatigue de notre héros suite aux courtes nuits de Harrison, son rejeton. L'autre grande nouveauté de Dexter réside dans le dévoilement quasi immédiat de l'identité du Trinity Killer comme homme à abattre. John Lithgow prête ses traits à ce fou dangereux sexagénaire passé maitre dans l'art de la tuerie sans en avoir l'air, l'antithèse des précédentes cibles de Dexter. Arthur Mitchell est un serial killer vraiment atypique : il ne cherche pas à attirer l'attention de la société tant ses motivations ne regardent que lui et [Attention spoiler] il est parfaitement intégré à la communauté en tant que diacre et père d'une famille modèle [fin du spoiler]. Il va sans dire que Dexter, projetant au départ de dézinguer le criminel échappant au système, souhaite approcher cet individu qui pourrait apporter des solutions à son inconciliable dilemme entre désir d'épanouissement familial et insatiables pulsions meurtrières de son dark passenger.

 

 

L'affiche est alléchante et on devine rapidement que Dex et Arthur Mitchell sont voués à se rencontrer. Pensez donc : Dexter Morgan, serial killer aussi sadique qu'appliqué, une pointure dans son domaine, trouvant enfin un adversaire aussi malin que lui, si ce n'est plus. La promesse d'un affrontement sournois et vicelard entre deux sociopathes aguerris est bien réelle. Michael C. Hall et John Lithgow sont aux petits oignons et le trouble qui découle de leur relation est un élément positif de cette saison. Hélas, les scénaristes n'exploitent pas assez intelligemment le potentiel de la situation. Lithgow a largement démontré par le passé sa puissance d'effroi. Or, les screenwriters tournent trop autour du pot et retombent dans des facilités semblables à celle de la saison précédente... Quelques éléments agaçants sont décelables dans ce premier tiers. Mais, sitôt refermé l'épisode Dex Takes a Holiday et son mini-twist, Dexter se voit trop souvent frappé du syndrome bien connu « Pendant ce temps à Vera Cruz... ».

 

 

... le flemmard...

Jusqu'à la montée en puissance de l'épisode onze (un bon shoot d'adrénaline comme on les aime, laissant entrapercevoir pour la première fois la peur sur le visage de Dex), le show ronronne tout en semant au compte-gouttes des indices gros comme des armoires normandes. La liaison cachée de l'inspecteur Batista avec le lieutenant Laguerta est trop artificielle pour ne pas être perçue autrement que comme de la poudre aux yeux. Les interventions spectrales de papa Harry sont systématiques et répétitives comme ce n'est pas permis. Le fossé entre personnages principaux et secondaires n'a jamais été aussi béant (on pense à la journaliste louche en état semi végétatif pendant 4 épisodes). Certes, la fréquentation de l'entourage d'Arthur Mitchell (et son miroir aux alouettes) délivre de bons moments. Debra, un peu trop délaissée l'année dernière, se retrouve ici avec un beau parcours et redore son blason, le statut d'emmerdeuse / empêcheuse de trucider en rond incombant désormais à Rita. Malheureusement, les excellentes idées potentiellement génératrices de suspense au long cours ne sont pas développées (comme cette femme flic psychopathe et infanticide).

 

 

... et le long à la détente

Résultat, à trop ralentir l'intrigue pour aussi peu de satisfaction en retour, les showrunners ne gèrent pas très bien le virage vers le dernier acte. On est frustré que Debra n'ait pas encore percé à jour la vraie nature de son frère adoptif. Ce dernier a laissé derrière lui des traces gigantesques qui ont intérêt à griller un maximum sa couverture pour la cinquième saison (que l'on souhaite ultime car on sent bien que les scénaristes naviguent à vue). Heureusement pour nous, le finale éprouvant (quoique prévisible) relance in extremis la machine et, de facto, l'envie de rempiler l'année prochaine. Il a vocation à redéfinir les règles du jeu et on ne demande que cela au fond : que Dexter retrouve son tranchant, sa bizarrerie et son ironie d'antan. Et qu'il arrête surtout de s'encroûter sur ses lauriers.

Dexter  - Saison 4 : Tous les jeudis soir à 20h45 sur Canal + à partir du 18 février 2010. 

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