24 heures chrono - Saison 5

Zorg | 9 décembre 2007
Zorg | 9 décembre 2007

À l'issue de la quatrième saison de 24, Jack Bauer est mort. C'est du moins la version officielle, bricolée par le cercle de fidèles du super agent antiterroriste pour lui éviter une douloureuse et probablement fatale extradition dans un pays faisant peu de cas des droits de l'homme. Seulement voilà, si Jack Bauer est censé avoir passé l'arme à gauche, les terroristes eux, n'ont toujours pas remisé leur kalach' au grenier. Or comme Zorro et Capitaine America étaient tous deux indisponibles, les scénaristes ont bien du se creuser la cervelle pour garantir le retour aux affaires de ce bon vieux Jack. C'est donc libre comme l'air et la mèche rebelle que nous revient le papa de « Cougar Girl », prêt tel une armée de scouts à bouter le terroriste hors de Los Angeles.

 

 

Seulement à l'orée de cette cinquième année, soit en janvier dernier sur la Fox, la situation de 24 n'était pas forcément aussi dorée que son audimat ou sa popularité le suggérait. Après avoir révolutionné la télévision de ce début de 21e siècle, généré dieu sait combien de rejetons plus ou moins difformes, le show de Joel Surnow avait besoin d'un second souffle. Les troisièmes et quatrièmes saisons, si elles offraient chacune leur part de satisfaction, ont malgré tout souffert de défauts de conception pour le moins gênants. On repense ainsi avec consternation aux errements scénaristiques de la troisième, et à la fin en queue de poisson de la quatrième. Le salut de la série à moyen terme passait donc par un violent effort des scénaristes pour mobiliser les troupes, redynamiser le show et relancer la machine sur les bons rails. Il fallait donc accoucher d'une intrigue solide sur l'ensemble de la saison (et non pas sur la première moitié comme cela a trop souvent été le cas par le passé), tout en utilisant au mieux la relation affective que le public entretient avec les personnages et l'univers.


 

 

Et force est de constater que l'entame de cette cinquième saison fait l'effet d'une bombe. Du jamais vu dans l'histoire du show, en un mot : inimaginable. Le message est dès lors clair, cristallin : « Ici, c'est 24, tout est possible, et on n'est pas là pour épater la galerie ». Le rush d'adrénaline est immédiat et, cerise sur le gâteau, les quinze premières minutes recontextualisent brillamment un univers, une mythologie, qu'on aurait pu croire en perte de vitesse après quatre saisons de courses-poursuites entre gendarmes et voleurs. C'est le « deuxième effet Kiss Cool ». En l'espace de quelques instants et de deux scènes dorénavant mythiques, 24 est rétabli comme l'action-thriller le plus captivant de la télévision, ouvrant des possibilités pratiquement démesurées à ses cerveaux.


 

 

Joel Surnow a donc trouvé les ressources nécessaires pour entièrement relancer sa création, tout en capitalisant sur l'acquis des quatre premières saisons. Avec l'aide de son équipe de scénaristes, il a concocté une intrigue haletante de bout en bout, n'offrant que de rares moments de répit au spectateur, tout en étant remplie des chausse-trappes et autres coups de théâtre venus de nulle part auxquels nous sommes désormais habitués. Le show compte de plus le plus beau casting de son histoire, avec des invités aussi prestigieux que Peter Weller, Ray Wise, Julian Sands, JoBeth Williams, ou encore Sean Astin et Paul McCrane. Mieux encore, l'aspect politique du show, souvent décrié et considéré comme franchement conservateur semble prendre une couleur plus nuancée, notamment via le personnage du Président Logan, que l'on perçoit naturellement comme fils spirituel de George W. Bush et Richard Nixon.



 

24 a enfin vécu durant cette année 2006 une quadruple consécration. Chronologiquement, la première fut l'élévation de Kiefer Sutherland au rang d'acteur le mieux payé de la télévision avec ses 40 millions de dollars sur trois ans, l'homme étant au passage un peu plus affirmé comme l'âme et le moteur de la franchise. La seconde vient du côté de l'audimat, le show ayant enregistré les meilleurs scores de son histoire (moyenne de 13,8 millions de téléspectateurs) et une 15e position au classement général des séries à la fin de l'année. La troisième est venue de l'annonce officielle du chantier d'un long métrage 24, un « honneur » rarement dévolu à un show encore en activité (seul X-Files y a eu droit ces dernières années). Enfin, la quatrième fut académique, avec l'octroi à 24 et Kiefer Sutherland des Emmy du meilleur drame et du meilleur acteur dramatique, respectivement.



 

Spectaculaire, cette cinquième journée l'est donc assurément. De toutes les saisons de 24, c'est même certainement la plus spectaculaire de toutes. Les détracteurs diront que les auteurs se vautrent une fois de plus dans le grand n'importe quoi, et ils n'auront pas totalement tort. On ne compte plus les retournements de situation abracadabrantesques, les trahisons invraisemblables, et les moments de bravoure se succèdent plus vite que les bidasses sur la catin du régiment, mais si 24 était vraisemblable ou même réaliste, ça se saurait depuis longtemps. La meilleure chose à faire, c'est donc de la boucler et de se laisser emporter par le meilleur roller-coaster de la télévision.

 

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