WandaVision : le pari le plus audacieux de Marvel sur Disney+ ?

Mathieu Jaborska | 15 janvier 2021 - MAJ : 15/01/2021 12:34
Mathieu Jaborska | 15 janvier 2021 - MAJ : 15/01/2021 12:34

Originellement attribué à Black Widow, le coup d'envoi de la Phase 4 du Marvel Cinematic Universe (le fameux MCU) sera finalement assuré par la série Disney+ WandaVision, la faute à l'incertitude qui entoure la sortie des blockbusters américains en ces temps troublés. Mais si certains fans déplorent un évènement moindre, le fait que la série créée par Jac Schaeffer avec Elizabeth Olsen et Paul Bettany marque les premiers pas de cet univers sur petit écran s'avère lourd de sens.

On a vu les deux premiers épisodes, diffusés le 15 janvier 2021 sur la plateforme de Mickey, et on vous en parle tout de suite. Attention quelques spoilers !

 

Photo Paul Bettany, Elizabeth OlsenÇa, mais sans la couleur

 

Video killed the video stars

Avant même la diffusion de la première bande-annonce, la machine très bien rodée de Kevin Feige montrait des signes de faiblesse et surtout une incapacité à faire respirer les quelques fulgurances artistiques de son catalogue. Heureusement (toutes proportions gardées), la pandémie de Covid-19 a remis les pendules à l'heure. Elle a repoussé Falcon et le Soldat d'hiver, de facture a priori plus classique, et a permis à WandaVision d'acquérir officiellement le statut de "première série estampillée MCU".

Une très bonne nouvelle, tant ces premiers épisodes jouent la carte de la note d'intention bourrée de clins d'oeil. Plus largement, ils définissent parfaitement les ambitions télévisuelles du studio, tout en rappelant à leurs détracteurs leur rôle assumé dans la production audiovisuelle mondialisée. Désormais chantre du divertissement américain au cinéma, Marvel Studios étend ses activités en parodiant les chantres du divertissement américain à la télévision.

 

Photo Kathryn Hahn, Elizabeth Olsen, Paul BettanyKathryn Hahn qui campe un personnage peut-être plus insolent qu'il n'y parait

 

La comparaison entre l'univers étendu et les sitcoms des années 1950, comme la très célèbre I Love Lucy dont la série s'inspire allégrement, est d'une logique implacable. Ces deux genres, n'ayant d'autre prétention que la recherche de la recette ultime (et répétitive) du divertissement, sont faits l'un pour l'autre. Les scénaristes en sont parfaitement conscients, ironisant même sur l'attractivité commerciale très artificielle de ces programmes dans de fausses publicités mêlant la niaiserie mercantile de l'époque avec les marques qui ont fait le succès de la firme.

Ainsi, paradoxalement, c'est en revendiquant sa nature bêtement hollywoodienne que WandaVision s'impose d'emblée comme une des propositions les plus originales - sinon la plus originale - jamais produites par Marvel Studios sous l'égide de Disney. D'une simplicité désarmante après l'orgie indigeste Avengers : Endgame, ces deux épisodes se permettent des partis pris légitimés uniquement par la réputation de ceux qui les financent : noir et blanc, rires enregistrés et même le format 1.33 : 1  (bien plus carré que le fameux format VistaVision, auquel fait référence le titre). Le nécessaire pour jouer la carte de l'hommage, et bien plus encore.

 

photo, Elizabeth Olsen, Paul Giamatti, Paul BettanyMa sorcière bien-aimée

 

Sitcommunications

Plus qu'un hommage, WandaVision est une véritable parodie, c'est-à-dire qu'elle s'appuie sur les mécaniques concrètes dont elle s'inspire, mais en profite pour les moquer, quitte à recourir à des procédés différents pour couvrir un courant culturel plus large (voir le générique de l'épisode 2). Les archétypes narratifs convoqués, au coeur des deux épisodes, sont mis à mal par les pouvoirs du duo et leur incapacité à se fondre dans cette nouvelle fausse réalité.

D'autres clins d'oeil sont encore plus précis : une scène en particulier fait référence au code Hays (une loi américaine régulant la morale à l'écran, symbole du puritanisme national), ou plutôt au "Code of Practices for Television Broadcasters", son pendant télévisuel. Les deux personnages transgressent sciemment, grâce à l'usage de la télékinésie, une de ses règles très connues, comme pour rappeler que si l'univers Marvel se veut l'héritier de la simplicité des sitcoms classiques, il s'inscrit tout de même dans un référent bien plus contemporain, envoyant bouler la crispation idéologique de l'époque.

 

photoBienvenue dans l'Amérique puritaine

 

La reproduction de l'esthétique sitcom ne va donc pas sans une certaine remise en question et une violation perpétuelle de ses codes. Tout ça pour accéder à la suite de l'histoire, qui transparait de plus en plus. Évidemment, comme le spoilaient allégrement les bandes-annonces, toute la saison ne se contentera pas de se lover avec malice dans les bras de la télé américaine, et enverra tout bouler pour faire évoluer le couple en dehors de cette prison thématique.

Si on peut légitimement craindre que la suite perde donc de son intérêt, la façon dont s'immisce le prolongement du récit profite encore plus de son hybridité. Ainsi, lorsque tout se déroule bien, la mise en scène joue le jeu des plans fixes qu'on associe logiquement à ce genre de productions. Mais quand quelque chose cloche, les mouvements de caméra se veulent plus modernes, mais surtout plus cinématographiques, osant les travellings, les plans débullés et les changements de focales.

Bien sûr, tous les procédés de basculement ne sont pas aussi bien trouvés (on a vu plus subtil que l'usage de la couleur), mais il faut avouer que le délitement perpétuel de cette réalité télévisuelle met l'eau à la bouche, surtout après le cliffhanger de l'épisode 2.

 

photo, Paul Bettany, Elizabeth OlsenEt le technicolor fut

 

The big picture

Malheureusement, c'est peut-être aussi là que réside la faiblesse de ces premières minutes. On est ici en face d'une très longue mise en bouche, un exercice cinéphile que beaucoup pourraient considérer comme un peu vain. À partir de là, tout dépend de votre conception d'une série réussie. En effet, WandaVision a clairement été conçue pour être jugée sous la forme de saison, tant elle distille son mystère sans se soucier de plus remplir ses épisodes introductifs.

Bien que le scénario intéresse dans le parallèle qu'il établit entre le MCU et la sitcom, tout finit par tendre vers des péripéties qu'on imagine plus ambitieuses visuellement (le budget est monstre), mais probablement plus proches de la soupe que Marvel a l'habitude de nous servir. Reste à espérer que Jac Schaeffer continue d'explorer cette veine méta plutôt que de simplement en extirper ses protagonistes pour les faire rejoindre le reste de la cavalerie.

 

Photo Elizabeth OlsenMarmiton en mieux

 

Dans le deuxième cas, la série aura moins traité son sujet comme un hommage ou une parodie que comme un bête moyen de développer un énième épisode de la fresque du MCU. WandaVision va-t-elle continuer à se jouer avec une ingéniosité toute relative des thèmes et des limites de la sitcom américaine tout en poussant un peu les potards du spectaculaire ou va-t-elle juste exploiter sans imagination sa référence pour revenir aux standards Marvel ? Réponse aux prochains épisodes, littéralement.

Finalement, ces deux premiers épisodes intriguent grâce à leur originalité et leur valeur introspective, mais leur traitement laisse planer le doute sur les véritables intentions de leurs créateurs. La sitcom de WandaVision n'est-elle qu'un gimmick ou un véritable outil créatif ? On vous dit ça bientôt.

Un nouvel épisode de Wandavision chaque vendredi sur Disney+ dès le 15 janvier 2021 

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commentaires

Tom’s
17/01/2021 à 16:24

J’ai trouvé ça super bien vu, un Mix entre bewitched et twilight zone pour les moments ou ça déraille, hyper fluide / drôle et enfin Olsen as une vrai personnage à jouer et montre qu’elle est solide, après c’est sur que si ça tiens ce concept jusqu’à la fin... on rapel que l’embauche médiatisé sur les auteurs de tels ou telle série reconnu pour leur qualité..

C'est bien la peine d'avoir acheté une grosse télé, Robert, tiens
17/01/2021 à 12:14

Cela sent l'excès de confiance, les auteurs sont très fiers de leur produit (les crédits à eux seuls occupent un tiers de l'épisode...), j'espère une bonne surprise mais n'y croit pas trop.

Gregdevil
17/01/2021 à 11:29

Déjà je salut l'originalité du show, pour du Marvel c'est à souligner.
À voir comment tout cela évolue mais j'ai été agréablement surpris.

Qc
16/01/2021 à 03:32

Bah ! De prime à bord , ça étonne par a part port à ce que on nous présente habituellement.
Mais je crois que certains bout où on peut apercevoir des gens extérieur au monde où évoluent Wanda et vision ,laissé pensé à quelque chose de mystérieux derrière tout ça.

En résumé , faudra attendre les autres épisodes pour voir où ça nous mène.

RonnyBoy19
16/01/2021 à 01:34

Je m'en doutais bien, que beaucoup de personnes n'aimeraient pas le concept de cette série. Ils veulent voir des superhéros tout faire exploser. Des super combats. Les gens ne veulent pas de l'originalité. Revisionnez plutôt les films du MCU. Dans mon cas, j'ai adoré ce début de saison. Très original, très drôle, très mystérieux! Vivement la suite!

Greg
16/01/2021 à 01:23

Très belle réussite visuelle et stylistique. C’est assez proche de ce que j’espérais et laisser entrevoir la Bande-annonce.
C’est drôle, astucieux, les dialogues sont bien écrit, et on sent que les auteurs prennent un malin plaisir à travestir le code des sitcoms des années 50-60.
Enfin de l’audace chez Marvel ! Curieux de voir la suite et l’évolution de cet univers, et des différentes époques dépeintes dans les futurs épisodes.

Pepezito
15/01/2021 à 23:45

Pas étonnant qu'ils ne diffusent pas tout les épisodes en même temps, des épisodes de 20mins aussi nul, à peine le premier terminé, on à déjà envie de ne plus jamais en regarder un, ou bien alors de sauter quelques épisodes pour voir si ça vas continuer à être de la bouse comme ça toute la serie.
Deux premier épisodes, vraiment nul et ennuyeux, on apprécie du coup le format court, qui pour le coup paraît long, tellement c'est nul.

Snake
15/01/2021 à 18:07

Je me suis profondément emmerdé. Le délire sitcom des années 60 c'est rigolo 5 minutes. Je regarderai la suite par curiosité, mais clairement ce modèle devra vite basculer vers quelque chose de plus concret.

Geoffrey Crété - Rédaction
15/01/2021 à 17:00

@Nonoo

Oui... mais la série est une œuvre construite, pensée et racontée en épisodes. Normal donc qu'elle se voit, et soit aimée ou pas, par épisode. D'autant que Disney+ a bien choisi de diffuser en épisodes, et pas en un bloc. Preuve de plus que c'est conçu pour être vu de cette manière. C'est pour ça qu'il est tout à fait logique et intéressant d'en parler ainsi.

Néanmoins, comme on le dit bien : on regardera la suite, et on en reparlera.

Hank Hulé
15/01/2021 à 15:13

Ces deux premiers épisode sont tout à fait charmants : les deux acteurs s'éclatent visiblement et la proposition parodique est assez réussie, sur le fond comme la forme. Hâte de voir la suite de ce début de série, qui a le mérite d'être inédit (et franchement original) chez Marvel...

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