Nombreuses sont les comparaisons entre les deux animes. Et si on arrêtait ça ?
Il n'y a pas si longtemps, on revenait sur la série Pokémon parce qu'on en avait envie. Cette fois-ci, on va surtout parler de Digimon, cet anime très souvent comparé à Pokémon alors que leur seul point commun est le "mon" à la fin des titres. En 1997 (soit un an après l'arrivée de Pokémon sur Game Boy), la marque Bandai lance sa gamme de jouets électroniques appelés Digimon: Digital Monsters. Deux ans plus tard, le Monde Digital faisait son apparition sur les petits écrans japonais. Autant vous prévenir, on va principalement se baser sur la première saison de Digimon.
DIGIMON GO
Vous aussi, vous avez de nombreuses fois expliqué à vos parents que seuls les Digimon ont des noms qui se terminent par "mon" ? Vous n'êtes pas seuls. Le principe de base n'a rien à voir, Digimon est un Isekai, un type de récit dans lequel le protagoniste atterrit contre son gré dans un monde différent du sien, ce qui arrive à Tai, Matt, Mimi, Izzy, Sora, Joe et T.K. (le meilleur) dès le premier épisode. Dans le même genre, on peut citer Vision d'Escaflowne, Zero no Tsukaima, Sword Art Online et The Rising of the Shield Hero, juste pour montrer à quel point les histoires peuvent varier.
Et puis aussi, les créatures des deux séries n'ont strictement rien à voir. Un dresseur de Pokémon capture plusieurs créatures car il a une volonté de les collectionner. Même si Sacha crée des liens très forts avec la plupart de ses compagnons, il ne peut s'empêcher de sortir une pokéball dès qu'il croise une nouvelle espèce. Et chacune d'entre elles évolue de façon permanente. Alors que les digisauveurs, tous réunis par le destin tels des Power Rangers, sont les ambassadeurs de notre univers dans le Monde Digital.
Tai et Koromon (qui deviendra Agumon)
Chaque digisauveur a un Digimon qui lui est attribué et réciproquement, le lien entre un Digimon et son humain est si fort que l'humeur de l'un a une influence sur l'autre (un peu comme dans E.T.), chose qu'on peut retrouver dans la saison 19 de Pokémon avec l'Amphinobi de Sacha. De plus, ce que la série Digimon appelle "digivolution" n'est qu'une transformation temporaire qui a lieu dans les moments les plus désespérés. Ah, et accessoirement, les Digimon parlent tous.
Alors que dans Pokémon, l'aventure démarre parce qu'un garçon de onze ans a pour ambition de partir en voyage, les héros de Digimon sont envoyés dans le Monde Digital à cause de la montée de puissance de Digimon malveillants. Et ces méchants Digimon, on les aime beaucoup et ils ont le mérite d'être concrets, en particulier Devimon, le premier antagoniste de la série, ou encore Arukenimon, celle qui utilisait ses cheveux pour invoquer des Digimon encore et toujours plus puissants. Et dans les premiers épisodes, c'est lors des apparitions de Devimon qu'on comprend qu'une vraie intrigue se prépare jusqu'à la fin de la saison. Ce qui n'est hélas pas le cas de Pokémon malgré les attentes de fans.
Après la première saison de Digimon, il y a une ellipse de trois ans. Et il faut avouer que très peu d'animes font un bond dans le temps après seulement cinquante-quatre épisodes. Par exemple, Dragon Ball nous fait attendre 132 épisodes avant de faire vieillir Goku et Naruto a besoin de 220 épisodes avant de faire son ellipse (merci les fillers). Et Digimon ne s'arrête pas là ! Car les longs-métrages de la saga Digimon Adventure tri. se déroulent six ans après la saison 1. Il y a là une volonté de faire grandir les personnages avec les fans de la première heure.
La série Pokémon n'a pas du tout ces ambitions, elle tient à rester une série pour les plus jeunes, cela explique le côté répétitif de la série. Et il faut croire que cette incessante répétition fonctionne, car Pokémon nous a fait pleurer beaucoup plus tôt que Digimon. Le départ de Papilusion est cent fois plus émouvant que la pseudo-mort d'Angemon. Et il y a surtout Pokémon, le film : Mewtwo contre Mew dont la fin est toujours aussi... lacrymale.
Quelques moments touchants avec T.K.
DIGIMON MASTERS
Dès le premier épisode, Digimon introduit sept enfants et sept petits monstres. Avec ces quatorze personnages, on est loin du pokégroupe qui met souvent un peu de temps à se mettre en place et qui dépasse rarement trois membres. Et parmi le groupe des digisauveurs, l'intrigue tourne surtout autour de Tai (Taichi en japonais) et de son rival et ami Matt (Yamato en VO). Leur rivalité est parfois assez absurde, surtout lorsque leurs Digimon se battent entre eux (alors que ces derniers s'entendent bien).
La série aborde également le thème des liens familiaux. C'est pour ça que le groupe compte T.K., le petit frère de Matt. La relation entre ces deux personnages est très attendrissante, ils ne se voient pas souvent et ne savent pas trop comment interagir ensemble. Le petit T.K. cherche à se faire remarquer par son grand frère, mais Matt est très distant, tout en étant extrêmement protecteur. Il va même jusqu'à pleurer pour T.K. lorsque le groupe est séparé dans la saison 1. Oui, tout ceci fait beaucoup penser à Sasuke et son frère Itachi dans Naruto. Ce genre de relation est très peu mis en scène dans Pokémon, à part avec quelques personnages secondaires le temps d'un épisode.
Le final de Naruto avant l'heure
Avec 7+7 personnages, les spectateurs, surtout les enfants, peuvent être un peu confus. Il est facile de mépriser certains personnages comme Mimi l'accro à la propreté et Izzy le trouillard, même s'ils ont de grandes qualités, mais il est difficile d'avoir un personnage préféré. Le scénario a plutôt tendance à vouloir nous faire aimer Tai, mais il peut être un peu niais aux yeux de certains. Les fans de Vegeta préféreront largement Matt, le blond ténébreux.
Ou bien, on aime le duo T.K. & Patamon, parce que non seulement ils sont mignons, mais en plus, Patamon se digivolve en Angemon, la parfaite antithèse de Devimon, le premier antagoniste. Alors qu'avec Pokémon, on n'a pas le problème de savoir qui on préfère. Sacha est notre unique choix, on a envie d'être à sa place même si on le trouve nul.
Angemon > Mewtwo
DIGIVOLVEZ-LES TOUS
On peut idolâtrer Pokémon et aduler Digimon, mais impossible de nier que les deux séries sont animées de façon très économe, pour dire ça poliment... Bon OK, c'est moche et Digimon est souvent plus ridicule que Pokémon. Mais les séries ont toutes les deux des directions artistiques qui leur sont propres. Celle de Pokémon a toujours bien fonctionné (jusqu'à la saison 20) et celle de Digimon est plutôt variée. Les enfants et les monstres sont souvent tout mignons, mais on peut avoir des Digimon, gentils comme méchants, assez glauques qui sortent de JRPG comme Tales of ou Final Fantasy.
Dans Digimon, on retrouve pas mal de ressemblances avec des mangas comme Devilman, Bastard!!, ou Claymore. Les créateurs de la série ont une vraie volonté de s'inspirer d'autres œuvres : on retrouve même des références aux classiques de Disney. Et dans Pokémon, la principale source d'inspiration vient des jeux de Game Freak.
Cette capture d'écran provient d'une scène extrêmement spectaculaire (non).
Par contre, en Occident, il faut avouer qu'on ne nous a pas gâté. Le doublage rend beaucoup d'épisodes assez ridicules, même si Tai est doublé par ce cher Donald Reignoux, la voix de Titeuf. Les Américains s'approprient la réécriture des dialogues au point de se créditer à chaque début d'épisode, paye ta réappropriation culturelle. La censure, qui se fait via le montage et le doublage, est du niveau de City Hunter, Ken le survivant ou Shaman King. C'est triste, mais on n'avait pas trop le choix sur Fox Kids.
Avant de nous offrir Summer Wars, Les Enfants loups ou Le Garçon et la Bête, Mamoru Hosoda fut le premier réalisateur impliqué dans l'aventure Digimon avec la Toei (l'énorme studio derrière Dragon Ball Z, One Piece, Saint Seiya, etc.) et son premier long métrage n'est autre que Digimon, le film. Ce dernier est une œuvre dans laquelle Hosoda expérimente des motifs qu'on retrouvera dans son cinéma, on vous le conseille vivement, même si l'univers des monstres digitaux ne vous intéresse pas plus que ça.
Digimon, le film, entre mignonnerie et grand spectacle
Il est temps de nous quitter. Nous espérons que cette lecture apaisera votre envie de dire « Digimon c'est beaucoup mieux » au milieu d'une conversation autour de Pokémon lors d'une soirée mondaine. Les séries n'ont rien à voir, Pokémon est une série qui ne cherche pas à plaire aux plus de quinze ans et qui fonctionne beaucoup grâce à la nostalgie, Digimon est une série beaucoup plus adulte qui fait d'ailleurs l'objet d'un reboot cette année.
La plupart des séries Digimon sont aujourd'hui disponibles sur la plateforme Anime Digital Network. Ça vaut peut-être le coup de revoir un épisode ou deux.
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