Avenue 5 : le vaisseau spécial de HBO fait-il naufrage ?

Simon Riaux | 20 janvier 2020
Simon Riaux | 20 janvier 2020

Quelques mois après la fin de Veep, série satirique consacrée à la vie politique américaine, couverte de récompenses et d’honneurs, on ne s’étonne pas de voir HBO capitaliser sur ce succès et confier à Armando Iannucci la direction d’un nouveau show. Mais sous ses oripeaux comiques, le naufrage spatial d’Avenue 5 dévoile une atmosphère bien différente.

Après avoir découvert quatre épisodes de cette création diffusée en France sur OCS dès le lundi 20 janvier 2020, voici nos premières impressions.

ATTENTION, SPOILERS

 

Photo Hugh Laurie, Josh Gad, Suzy NakamuraBienvenue à bord !

 

LE LUXE, C’EST SPACE

Narrant les mésaventures d’une croisière cosmique qui ne s’amuse pas vraiment, surtout après avoir été éjectée de sa trajectoire initiale suite à une avarie technique, Avenue 5 de par son décor futuriste et son ton fantaisiste, tranche franchement avec le Bureau Ovale de Veep. Dès les premières secondes de son épisode introductif, le spectateur se retrouve immergé au cœur d’un vaisseau de tourisme ultra-moderne, dont chaque espace s’avère extrêmement travaillé, et receler son lot d’incongruités.

C’est d’ailleurs un des premiers éléments du charme corrosif de la série. Malgré sa nature de quasi-sitcom, dont l’action est le plus souvent centrée autour de petits groupes de personnages, évoluant dans une poignée de décors clairement identifiés, Avenue 5 affiche un soin maniaque dans sa direction artistique. La caméra, sous des airs de témoin indolent des dialogues tarabiscotés ou actions veules de protagonistes tous plus tordus les uns que les autres, donne toujours à voir un détail, un angle ou une texture inattendus.

 

photo, Avenue 5, Lenora CrichlowBillie, grain de sable prêt à tout gripper ou unique espoir du vaisseau ?

 

Des crânes des Beatles exposés par un milliardaire mégalo, au gigantesque atrium aux airs de supermarché repensé par un designer ivre de smoothies, en passant par les quartiers bricolés des techniciens de vol, chaque lieu surprend, tout en s’emboîtant parfaitement avec le dessein global de Ianucci.

Et si on sent bien que l’ensemble a été conçu à la fois pour caricaturer l’univers du tourisme de masse, tout en évoquant la fantaisie et les codes de classiques telles que La Croisière s'amuse ou L'Ile Fantastique, Avenue 5 parvient rapidement à se forger une identité propre, particulièrement confortable, toujours riche de petites trouvailles.

 

photo, Hugh Laurie, Avenue 5Y a-t-il un capitaine dans le vaisseau ?

 

PILOTE AUTOMATIQUE

Les fans des dialogues assénés comme autant de rafales de M16 ou les amateurs de tempo comique extrêmement soutenus tels que les affectionnait Veep risquent d’être initialement troublés, voire déçus, par l’écriture d’Avenue 5. En effet, dans à peu près tous les domaines, la série tranche radicalement avec la précédente création d’Armando Iannucci. Ici, la pluie d’insultes plus colorées qu’une muqueuse de pornocrate laisse la place aux fissures d’un langage policé, où la plupart des personnages se retiennent de verser dans l’immondice verbale, engoncé par leurs fonctions, leur milieu, ou un politiquement correct qu’on devine triomphant, en cette fin de XXIe siècle imaginaire.

Si les ressorts comiques diffèrent, il en va de même pour l’atmosphère générale, ou encore la construction. Le rire est bien présent, mais curieusement en sourdine durant le pilote. Non pas que le premier épisode soit raté, mais il paraît clair que le show ne vise pas l’hilarité, préférant reléguer l’humour à quelques petites saillies verbales, des situations grotesques, presque toujours pensées comme la ponctuation d’une séquence, ou une petite folie d’arrière-plan, jamais comme le nœud d’une scène.

D’où un sentiment premier d’inconfort, voire d’incompréhension. Voici une série comique qui bénéficie manifestement de moyens plus que corrects, d’un casting aux petits oignons, mais donne le sentiment de préférer se focaliser sur un récit en apparence très balisé, pour ne pas dire accessoire. Et à condition de dépasser un premier épisode propre mais globalement fade et attendu, le spectateur pourra découvrir le programme éminemment acide et vicieux concocté par HBO.

 

Photo Nikki Amuka-BirdHouston, nous avons une coiffure

 

LA SUITE, ET VEEP

La bande-originale est la première à vendre la mèche. Entre les ritournelles rigolotes et les compositions accompagnant truculences et autres gags, se niche un thème particulièrement entêtant… et perturbant. Progressivement, la musique dévoile le programme véritable de la série : décortiquer un corps social qui, derrière ses masques de civilisation et de diplomatie, a totalement vrillé, et s’apprête à se perdre dans un néant glacial.

Dès le deuxième épisode, les situations glauques s’enchaînent et les masques tombent. Si l’hilarité guette, ce n’est plus grâce au sens du rythme des dialogues, à la construction de tel ou tel gag, mais bien grâce à la gestion de l’angoisse qui préside à la série. Car Avenue 5 se veut authentiquement inquiétant, voire anxiogène. Comme le révèle chaque chapitre, ce vaisseau spatial est une micro société dont toutes les strates sont noyautées par les faux-semblants, les apparences trompeuses, voire la manipulation pure et simple.

 

Photo Zach WoodsSatisfaits ou perturbés

 

Notre capitaine n’est qu’un acteur, embauché pour rassurer les passagers, persuadé qu’il officie devant une équipe triée sur le volet, qui se révélera également artificielle. La passagère devenue passionaria désireuse de protéger les intérêts de ses semblables n’est finalement qu’une grande gueule assoiffée de pouvoir, quand le factotum chargé de la satisfaction des clients révèle progressivement son goût pour un nihilisme franchement délétère.

Vouant un culte total au luxe, à la technologie, affichant une harmonie de façade qui ne doit jamais se fendiller, le corps social dont Avenue 5 est une allégorie est un grand cadavre décapité, dont chaque membre gigote pour contrôler l’ensemble. En résulte un divertissement qui, sous ses airs de plaisanterie cocasse, propose une vision profondément angoissante d’un occident divisé, miné par une lutte des classes savamment camouflée, une concorde apparente sous laquelle couve des frustrations béantes et une incompétence généralisée de tous ces dirigeants. Et à condition de faire le deuil de la blagounette espérée, on verra l'ensemble prendre soudain forme et dégager une radicalité en forme de rictus, qui n'est pas sans rappeler l'humour à froid d'un J.G. Ballard.

Après 4 épisodes, impossible de savoir si le show parviendra à tenir cette tonalité singulière, névrosée, infiniment cruelle, tendrement vacharde et discrètement politique. Mais, portée par une distribution formidable, où brillent un Hugh Laurie étonnant en affable escroc et Zach Woods, dont la perversion fait des merveilles, cette nouvelle création HBO, diffusée sur OCS en France, nous promet des merveilles de toxicité, à condition qu’elle poursuive sa montée en puissance.

Avenue 5 est diffusée chaque lundi soir sur OCS en France depuis le 20 janvier

 

photo, Avenue 5

commentaires

yellow submarine
26/02/2020 à 13:33

série assez déstabilisante au début car pas franchement hilarant, mais plus les épisodes avancent et plus les choses deviennent piquantes limite inquiétantes.

En tout cas série vraiment singulière

S'amuse la croisière
21/01/2020 à 15:24

La vf est vraiment mauvaise dans le jeu, il y'a des surjeu mais wtf, quant à la synchro, elle marche rarement, que ça colle pas au dixième près de la bonne façon, au départ ils parlent anglais, mais sur GoT ça marche, là y'a des moment la vf se poursuit alors qu'ils ne parlent plus...
Puis quand vous vous apercevez que le milliardaire blond est joué par un acteur mono-jeu, qui fait tous ses doublages et pubs avec le même jeu... si vous voulez tester, passer go to la vostfr.

Simon Riaux - Rédaction
21/01/2020 à 11:03

@fuck

Où voyez-vous un pompage ?

fuck
21/01/2020 à 11:02

Le concept et même le design de la croisière spatiale sont pompés sur Wall-E.

Sicyons
21/01/2020 à 10:26

@Simon Riaux : Ne changez ni votre humour ni votre façon d'écrire. Vous restez l'une des rares raisons qui me pousse à continuer à venir ici. Et ceci même si je suis souvent en désaccord avec vos avis.

Simon Riaux - Rédaction
21/01/2020 à 09:46

@Lecteur assidu

Bac+vin, nuance.

Lecteur assidu
21/01/2020 à 08:38

Simon Riaux chaque fois qu'il rédige un article je ne le comprends qu'à moitié. Il écrit des phrases tellement longues que quand tu lis la fin t'as déjà oublié le début.
Des fois j'ai l'impression que seul un bac+20 est capable de comprendre son raisonnement ou le sens des phrases.

Ocani
21/01/2020 à 04:51

"Ici, la pluie d’insultes plus colorées qu’une muqueuse de pornocrate "
Franchement les gars....

Mad
20/01/2020 à 20:20

J'ai adoré le premier épisode. Pas autant ris devant une série depuis foooort longtemps.

Hommage au Nihiliste

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