Preacher : on a vu les 3 premiers épisodes sataniques et viandards de l'ultime saison

Simon Riaux | 13 août 2019 - MAJ : 13/08/2019 12:57
Simon Riaux | 13 août 2019 - MAJ : 13/08/2019 12:57

Preacher est de retour pour son ultime saison. On en a vu les trois premiers épisodes, qui s’avèrent aussi fracassés, tarabiscotés et gentiment pervers qu’attendus.

ATTENTION SPOILERS.

 

 

SAINTE ADAPTATION

Evan Goldberg et Seth Rogen ont pris un risque énorme en s’attaquant à un monument de la bande dessinée américaine. Risque de ne pas en retranscrire l’ultra-violente impertinence, risque d’affadir une œuvre éminemment subversive, risque de se couvrir de ridicule, faire des travaux de Garth Ennis une série télévisée s’apparentait à un concours de colin-maillard au milieu d’un champ de mines. Mais le duo derrière The Boys s’en est tiré à sa manière.

 

photo, Dominic CooperLaissez venir à lui les petits enfants. En petits morceaux

 

Chaque épisode de Preacher, peut-être plus encore durant les 3 premiers chapitres de cette saison 4, aurait pourtant de quoi rendre malades les fans protectionnistes. Structure narrative éclatée, personnages réécrits, réinventés, goût pour la pitrerie plus développé que dans les comics… Les trahisons et réinterprétations sont partout, dans chaque scène, chaque idée de mise en scène. Et c’est précisément ce qui fait, comme The Boys, la valeur de l’entreprise.

La série de Rogen et Goldberg se veut une rêverie cradingue et évocatrice, un écho lointain de la putrescente merveille d’Ennis. Une approche à la fois révérente et créative, qui confère à l’ensemble un charme presque invincible, et une énergie communicative, dont les trouvailles ou pépites séduisent toujours autant. Comment pourrait-il en être autrement d’une production qui nous offre cette année un formidable personnage de prof de torture, sorte de mélange inattendu entre Dick Rivers et un quintal de sauce barbecue ?

 

photo, Joseph Gilgun"Allô déviance-info-service ?"

 

BOURRÉ LE SEIGNEUR

Il faut dire que les trois premiers épisodes de la saison sont un cadeau musclé au fan du show. Alors que Jesse (Dominic Cooper) et Tulip (Ruth Negga) se lancent à la poursuite des vilains pas beaux qui retiennent prisonnier Cassidy. Ils ne tardent pas à retrouver la forteresse de la secte de psychopathes, lesquels s’éclatent à torturer sans fin notre vampire polytoxicomane. Mais les dissensions sont là, et malgré l’amitié, malgré le compagnonnage, les rancoeurs, les résurrections et les amours sont sur le point d’avoir raison du trio.

Le point de départ de ce dernier ride aux côtés des fous furieux les plus attachants du petit écran américain est à la fois le plus taré depuis le début de la série, mais aussi le plus éminemment humain et intime. Tandis que le scénario fait son possible pour multiplier au maximum les scènes tordues nécessitant des hectolitres de barbaque et d’hémoglobine, les protagonistes existent comme rarement, alors que les showrunners organisent l’opposition amicale et amoureuse entre Jesse et Cassidy.

 

photoCe dieu qui ressemble au méchant de L'Inspecteur Gadget

 

Depuis la première saison, Joseph Gilgun éclipse l’entièreté du casting en se contentant de respirer. Alors que son personnage s’extrait presque totalement de sa dimension bouffonne, pour embrasser à plein sa veine mélancolique, voire dépressive, son Cassidy gagne encore en épaisseur. Mieux, si sa romance avec Tulip au sein des comics ne laissait pas grand doute quant à l’opportunisme du suceur de sang, dominé par ses vices, ses névroses et sa concupiscence. Ici, la série apporte une nuance plutôt touchante, la quête de sens et d’humanité de l’anti-héros étant bien plus sincère, sa remise en question plus existentielle.

Avec le charisme radioactif de Ruth Negga, il demeure donc la principale raison de se plonger dans le grand jeu de massacre de Preacher. Mais pour l’ouverture de ce dernier baroud d’honneur, la série soigne aussi l’humour débile qui fait sa marque. En témoigne l’ouverture de la saison, où un Dieu satisfait de lui-même admire sa création, tandis qu’un superbe diplodocus (réalisé en stop motion tout dégueu) s’abreuve, à l’eau fraîche d’un petit bief du Crétacé.

Malheureusement, la bête n’est pas beaucoup plus dégourdie que son créateur et se révèle coprophage, provoquant le courroux divin, qui préfère tuer ses dinos à coups de météorites, plutôt que d’observer ses créatures mangeant du caca. Voilà pour le grand degré de finesse du show, qui ne cherchera jamais à s’élever au-dessus de cet humour bien gras, préférant le transcender à coups d’idées de découpage ou de ruptures de ton. Et c’est heureux.

 

Photo Ruth NeggaRuth Negga, botteuse de cul en chef

 

ÉPAIS AUX HOMMES QU’IL AIME

Décidément, Preacher ressemble à ce vieux copain que vous ne voyez qu’une fois par an, parce qu’il est relou, mais qui vous manque, justement parce que sa manière d’être relou est attachante. Et comme votre vieux pote, Preacher pue des pieds et ne se lave pas les dents tous les matins. Gageons que le public toujours accro au show accepte ses défauts depuis belle lurette, voire s’y est attaché, mais difficile de ne pas constater combien ils sont présents dès l’ouverture de cette dernière saison.

Plus cheap que jamais la série a pour la première fois du mal à utiliser ses modestes moyens comme un ressort comique, ou un élément de son identité visuelle. Les abords de la forteresse ne ressemblent à rien, et tout ce qui exige de la retouche numérique souffre d’un manque de finitions flagrant. De même, le script n’hésite pas à verser dans une répétition qui a plus des airs de cache-misère que de pas de côté comique.

 

photo, Joseph GilgunJoseph Gilgun, impérial

 

Enfin, la dramaturgie, si elle recèle toujours maintes petites trouvailles et plaisirs (raffinés, cruels, ou tout simplement émotionnels), a de quoi laisser circonspect. Le flash-back consacré à Cassidy dans le troisième épisode de la saison arrive bien tardivement, et malgré la réussite de son écriture, ne peut plus faire grand-chose aux yeux du spectateur pour nuancer le personnage.

De même, si on louait le magnétisme de Ruth Negga, la pauvre n’a pas grand-chose à se mettre sous la dent en ce début de saison. On regrette ainsi que celle qui fait littéralement pulser le cœur du show soit condamnée à une existence presque satellitaire. Comme si la rivalité philosophique et amoureuse entre Jesse et Cass n’était qu’une histoire de mecs, sur le point de se foutre sur la gueule.

Voilà qui n’arrêtera pas les amateurs et convaincra les contempteurs de se tenir éloignés de l’infernale potacherie de Seth Rogen et Evan Goldberg. Une chose est sûre, Preacher devrait s’achever comme elle a commencé : à la manière d’une mauvaise blague incapable de s’arrêter, préférant son cheminement à sa chute, dont l’inventivité et le mauvais goût assumé composent une galaxie de réjouissances trop rares à l’écran.

 

Preacher est diffusé sur OCS en US+24 depuis le 4 août 2019.

 

Affiche officiellePreacher est diffusé sur OCS en US+24

 

commentaires

Flib
15/08/2019 à 10:09

Début de saison laborieux, les combats sont ennuyeux malgré la réalisation toujours speedée. Reste l'attachement aux persos et quelques idées tordues sympas, comme la scène marrante du glory hole.

Pouet
13/08/2019 à 14:13

J'ai du tout recommencer Preacher en apprenant que la 4ème saison serait la dernière. Grand fan du comics, j'avais arrêté en cours de route (genre au 6ème épisode de la première saison) avec une déception relative. Le show est bien trop erratique, bonjour aux curieux qui ne savent pas de quoi traite la série car on ne donne guère d'indices. ça part un peu dans tous les sens avec des sous intrigues pas vraiment détaillées puis j'ai enfin cru comprendre que cette 1ère saison n'était qu'une préquelle au comics (absente dans ce dernier) et lui ai redonné sa chance en la reprenant depuis le début.
Bref Preacher la série TV laisse beaucoup de choses de côté ou se les réapproprie sans en creuser le sillon (Arseface trop lisse et juste là pour remplir les épisodes, Quincannon complètement hors des clous de son personnage de papier) bref cette série est un gros bordel qui fait régulièrement du surplace mais s'améliore de fil en aiguille. Si on met souvent Ruth Negga et Josehp Gilgun sur un piedestal, que dire des seconds roles comme les interprêtes de Herr Starr et du Saint des Tueurs qui sont parfaits. Et Featherstone est vraiment aussi mignonne que rudement bien interprétée.

Bref si on renonce à y voir une bonne adaptation du récit culte d'Ennis, on peut y prendre un certain plaisir mais ce n'est pas aussi bien rendu sur le petit écran que The Boys bien plus réussi en bien des points.

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