Preacher Saison 4 : que vaut la fin de cette série grotesque et sanglante ?

Simon Riaux | 2 octobre 2019 - MAJ : 02/10/2019 11:47
Simon Riaux | 2 octobre 2019 - MAJ : 02/10/2019 11:47

C’en est fini de Preacher. Après 4 saisons à la folie toujours plus galopante, l’adaptation des comics de Garth Ennis et Steve Dillon tire sa révérence, dans un mélancolique et grotesque bain de sang (ATTENTION SPOILERS).

RIRE DE TOUT

Entamée comme un prequel loufoque, la transposition orchestrée par Sam CatlinEvan Goldberg et Seth Rogen aura mis du temps à trouver et assumer sa voix singulière. Non pas que la série hésite à embrasser la radicalité de son modèle, ou tremble devant ses provocations continuelles, mais l’aventure télévisuelle de Preacher a osé tenter une tonalité bien particulière ! En effet, la hargne anarcho-punk de l’œuvre originelle a muté, pour devenir progressivement une comédie bouffonne, ordonnée autour de sketchs grandiloquents, souvent hallucinatoires, capables de faire feu de tout bois.

Il aura fallu attendre la saison 2 pour que Preacher parvienne à mélanger avec harmonie ses saillies drolatiques, trouvailles absurdes, ruptures de ton inattendues, coups de boules rock, et aussi purs apartés azimutés, comme la parenthèse qui ouvre cette ultime saison, où Dieu enrage contre un diplodocus coprophage réalisé en stop-motion. Cette orientation aura conféré à Preacher une âme à part, à peu près unique dans le paysage audiovisuel international.

 

photo Dominic Cooper

 

Alors que le récit vient de s’achever, on se demande bien qui serait en mesure d’assumer de pareilles outrances, porte haut le flambeau d’un glorieux n’importe quoi. On pense bien sûr à The Boys, produite peu ou prou par la même équipe, mais force est de constater que la première – excellente – saison du show Amazon a pris soin de forger une narration autrement moins bordélique.

Et jusqu’au bout, c’est sans doute ce bordel, assumé, changeant, résolument inclassable, qui aura porté préjudice à Preacher. Incapable de gérer son rythme, le scénario n’a jamais réussi de run parfait, de saison tout à fait cohérente. On lui aura pardonné, mais il demeure, à fortiori dans ces ultimes épisodes, un sentiment (attachant) de tremblement bancal.

 

photo Ruth Negga et Joseph Gilgun

 

THIS IS THE END

Dans le fond, Preacher a beau s’être senti tenu de conclure tous ses arcs scénaristiques, il semble désormais que c’était presque dispensable. Dans le fond, on se fichait un peu de savoir ce qu’il adviendrait de la relation tumultueuse entre Starr et Featherstone, de l’émancipation de Jésus, de Genesis et de ses géniteurs, tout comme Arseface, devenu depuis longtemps une pastille comique, ne représentait pas plus d’enjeux que Hitler et sa reconversion professionnelle.

Parce qu’elle n’avait jamais suivi les canons de la narration feuilletonnesque, préférant toujours un à-côté taré à une vraie tension dramatique, la série pouvait se permettre un véritable pied de nez punk en guise de conclusion. Malheureusement, l’intrigue a préféré multiplier les clins d’oeil au comics, creuser parfois ses différences, et surtout s’acheminer à marche forcée, et contre son ADN, vers un sentiment de clôture.

 

photoL'heure de tirer le rideau...

 

En résultent un faux rythme encore plus forcé que d’habitude et l’impression que les conflits qui animent les personnages sont, à la fois, trop précipités (l’opposition entre Cassidy et Tulip) et pas assez incarnés. Un comble quand on se souvient combien le casting demeure la force première de l’ensemble.

Expliquer, justifier, résoudre n'a jamais été dans les gènes de Preacher, qui s'est toujours réjoui de nous proposer moult doigts d'honneurs et cascades scénaristiques pour aboutir à un mille-feuille sanguinolent et jubilatoire. Par conséquent, les dernières heures, jusqu'à la confrontation entre Dominic Cooper et son créateur, ont des airs de corvée dispensable imposée à un mauvais élève irrémédiablement attachant.

 

photoDieu vous salue bien

 

MY ONLY FRIENDS

Mais ce que Preacher aura parfaitement réussi, c’est nous donner envie d’aimer son invraisemblable trio. Jesse Custer (Dominic Cooper), Tulip O’Hare (Ruth Negga) et Cassidy (Joseph Gilgun) s’aiment à s’en rendre malades, incapables de réfréner leurs penchants pour le chaos ainsi que cette étrange affection, qui va au-delà du Bien et du Mal, des coups bas, des sauvetages et des promesses.

Chacun renvoie à l’autre ses failles, et on sent bien, au moins depuis la saison 2, que cette drôle de famille de cœur ne pourra et ne doit pas être dissolue. Évidemment, on fait mine dans cette dernière saison de s’interroger sur le sort du monde (mérite-t-il d’être sauvé ? Faut-il le sacrifier pour atténuer sa propre douleur ?), mais c’est pour mieux exiger de ses camarades que jamais ils ne partent.

À ce titre, le show nous aura sans doute réservé dans son dernier chapitre quelques-unes de ses plus belles idées. De sa réconciliation finale, au désir de représenter une transmission à travers les générations, jusqu’à l’image de Cassidy marchant dans le soleil, affrontant sa fin plutôt que de continuer l’aventure sans ses compagnons d’armes.

 

Affiche officielle

Résumé

Jusqu’au bout, Preacher sera restée cette étrange bestiole, grippée et colérique, capable du pire comme du meilleur. Cependant, dans sa volonté d’assumer sa bizarrerie, son désir de ne jamais punir bêtement ses personnages (voir le sort de Herr Starr, la tendresse qui étreint Arseface), elle demeure jusqu’au bout une proposition unique, et sacrément séduisante.

Lecteurs

(0.0)

Votre note ?

commentaires

Sam Sam
28/09/2020 à 22:58

Cette série, un peu ovni dans le paysage qui nous est servi, peut être critiquable, à la manière dont on critique un Tarantino
. Je ne sais pas pourquoi cette série me rappelle constamment Tarantino. Au final, ce n’est pas tellement ces histoires d’amitié, d’amour, d’honneur,de loyauté qui importent, mais la simple volonté de montrer par l’absurde toute la complexité de la foi en Dieu, et qu’elle peut très bien être interprétée ainsi. Pourquoi pas??
Je vous dis tout cela en étant croyante et musulmane . Pourtant cette série m’a littéralement fait kiffer. Au tant qu’un Tarantino.

Golemette
18/12/2019 à 21:06

Je n'ai pas eu le loisir de lire les Comics.
J'ai regardé assidument toutes les saisons avec, je l'avoue, une grande fébrilité et un véritable écarquillement d'yeux.
Les personnages sont sauvages et remplis d'amour. L'histoire mêlant aventure, délires et spiritualité est alléchante.
Cependant, les derniers épisodes de la dernière saison ne trouvent pas leur chemin: on ne sait pas où cela nous emmène, les personnages semblent perdus et beaucoup mais alors beaucoup trop de blablas comme si il fallait tout expliquer à la fin...
Dommage!

pointg
04/10/2019 à 10:03

une fin mal torcher a la game of throne
pff exaspérant ????

Boris36
02/10/2019 à 19:16

Super série, inclassable et unique. Le dernier épisode est génial, bien que différent de la BD. J'aurais bien aimé une saison en sus.

Blue deamon
02/10/2019 à 12:52

La série était sympa.
Par contre vu que finalement la mort n'en ait pas vraiment une, et que les persos arrive à en revenir, j'ai trouvé que ça commençait à devenir étrange l'impact que ça pouvait avoir sur les persos, c'est bon quoi, ils meurt, mais ils continuent à vivre en enfer ou au paradis, le truc c'est de trouver comment s'en échapper. Cassidy meurt à la fin, il devrait être content il va pouvoir revoir sa famille.
Sinon un peu déçu pour le saint des tueurs, je m'attendais à une sorte d'happy end où il aurait retrouvé sa famille ou alors j'ai raté qqe chose. Puis pas saisie comment il est passé de mortel lambda à démon avec armes divines.
Dommage qu'on ne retrouve pas l'ange de la mort, je me demande comment ça se passe pour elle en enfer, elle est tombé dans un trou de lave en fusion ? C'est pas trop le genre d'endroit sécure pour les aveugles.

Jojo
02/10/2019 à 11:47

Vu hier j'ai pas tout compris, la saison est trop partie en sucette mais y avait des choses sympas.

votre commentaire