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Big Little Lies : la saison 2 est un gros raté, explications en cinq points

Par Alexandre Janowiak
4 août 2019
MAJ : 21 mai 2024
21 commentaires

On fait le bilan de cette saison 2 avec cinq points qui prouvent qu’elle est beaucoup moins bien que la saison 1.

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Big Little Lies était sans aucun doute une des plus belles séries de l’année 2017, réalisée d’une main de maître par Jean-Marc Vallée et portée par son casting de rêve.

De façon inattendue, la série a été renouvelée pour une deuxième saison alors qu’elle avait été conçue comme une minisérie. Si l’on se demandait bien ce qu’une saison 2 pouvait apporter à Big Little Lies, on s’est rué sur les sept nouveaux épisodes lors de leur diffusion sur OCS en France en sachant que c’était la réalisatrice Andrea Arnold qui était aux commandes cette fois-ci.

Malheureusement, la qualité de la première saison s’est clairement évaporée (en tout cas, en grande partie) dans cette nouvelle salve d’épisodes. On fait le bilan de cette saison 2 en cinq points qui prouvent qu’elle est beaucoup moins bien que la saison 1.

ATTENTION SPOILERS !

 

 

LE MONTAGE

La première saison était un pur plaisir notamment grâce à sa narration fluide, composée de flashs de souvenirs (marque de fabrique de Jean-Marc Vallée). Avec cette saison 2, les petits flashs mémoriels en guise de flashbacks furtifs sont toujours présents, mais leur apparition ne fonctionne plus forcément. Au-delà, c’est la construction globale du show qui perd tout son sens.

D’abord parce que ce sont souvent les mêmes flashbacks qui reviennent en tête (quasiment chaque épisode commence par la scène du meurtre de la saison précédente) et que la nouvelle saison ne trouve donc jamais vraiment sa propre route, vivant à travers les bribes du passé. La série ayant été probablement charcutée sur les bancs du montage, la construction des épisodes est particulièrement ratée et l’on comprend très vite que des bouts de la saison 1 sont venus compléter (ou remplacer) les rushs inexploités ou supprimés de la saison 2.

Pire : on a souvent l’impression d’assister à un enchaînement de saynètes très indépendantes les unes des autres à cause de l’absence de transition. De nombreuses séquences durent au bas mot 1 minute avant qu’une coupe mène le spectateur à un endroit sans plus d’explications et qui embrouille plus qu’elle n’éclaire sur l’avancée psychologique des héroïnes.

 

Photo Shailene Woodley, Nicole KidmanUne scène qui revient en boucle à l’excès

 

L’INTRIGUE

Avec la révélation du grand final de la saison 1, l’intrigue de cette saison 2 aurait pu être passionnante notamment grâce à l’enquête concernant le meurtre du mari de Celeste.

Malheureusement, cette idée qui aurait permis à la série d’explorer de nouveaux territoires thématiques disparait finalement derrière une multitude de sous-intrigues. Ainsi, on suit les mésaventures financières de Renata (Laura Dern), la reconstruction amoureuse traumatique de Jane (Shailene Woodley) et le couple en perdition de Madeline (Reese Witherspoon) ou la dépression de Bonnie (Zoë Kravitz).

La nouvelle intrigue principale tourne rapidement autour du conflit entre Celeste (Nicole Kidman) et sa belle-mère Mary-Louise (Meryl Streep) sur la garde des enfants. Loin d’être inintéressante, cet affrontement est le plus abouti de cette saison 2 et est plutôt passionnant. Il faut dire que c’est le seul qui jouit d’un temps de présence à l’écran conséquent, lui permettant d’être développé à bon escient. Sauf que rien n’y fait tout de même, l’affaire à l’origine de cette saison 2 disparait très vite du centre des attentions, l’inspectrice n’avance jamais vraiment sur l’enquête et le questionnement de Bonnie sur son acte finit par tourner en rond.

Certes, l’affaire reprend le dessus dans les ultimes secondes de l’épisode 7 et laisse la porte ouverte à une saison 3 tout en refermant sans doute ce chapitre meurtrier avec de possibles confessions. Mais c’est extrêmement pauvre.

 

Photo Nicole Kidman, Meryl StreepHeureusement que Meryl Streep fait un peu bouger les lignes sinon on s’ennuierait terriblement

 

LES INTERACTIONS ENTRE PERSONNAGES

La saison 1 fonctionnait grâce à l’atmosphère collective qui s’en dégageait. Si les « Monterey Five » cachaient chacune des secrets aux autres, elles se retrouvaient souvent pour discuter et échanger sur leur famille, sur leurs enfants, leurs routines…

Dans cette saison 2, exit les multiples discussions au Blue Blues Café et sorties en jogging entre les héroïnes, voire les causettes à bord d’une voiture (présentes furtivement ici). Pendant sept épisodes, Renata, Bonnie, Madeline, Celeste et Jane se croisent sans se croiser, se soutiennent sans vraiment discuter en profondeur et sont toutes de plus en plus éloignées.

Certes, cela répond à la nouvelle intrigue mise en place et aux multiples sous-récits dont chaque protagoniste doit s’affranchir. Et après les événements traumatiques de fin de saison 1, on comprend que chacune est en proie à des questionnements plus individuels que collectifs. Au-delà, la série essaye de développer un récit plus axé sur les conflits ou relations féminin-masculin entre Renata et son mari (Jeffrey Nordling) , Madeline et le sien (Adam Scott), Jane et son collègue… Sauf que le seul qui fonctionne réellement reste celui entièrement féminin : Celeste et Mary-Louise.

La preuve que la série manque le coche en supprimant ou plutôt en raréfiant les échanges entre les Monterey Five souvent vigoureux, ingénieux, tendres et attachants. Les meilleurs moments de cette saison 2 sont d’ailleurs ceux où elles se réunissent enfin, et où le spectateur a vraiment la sensation de retrouver les personnages qu’il avait quittés il y a deux ans.

 

PhotoUne des rares fois où les cinq héroïnes sont réunies dans cette saison 2

 

MERYL STREEP

Attention, Meryl Streep n’est en aucun cas un mauvais point. En tout cas, certainement pas son interprétation tout au long des sept nouveaux épisodes. L’actrice, dont l’omniprésence sur les écrans et ses nominations incessantes aux prestigieuses cérémonies de récompenses exaspèrent certains, cloue le bec à tout le monde en prouvant qu’elle mérite encore une telle reconnaissance et admiration.

En sept épisodes, elle bouffe littéralement l’écran par son charisme et envoie balader n’importe quelle des cinq autres actrices du show (sauf peut-être Nicole Kidman dans le procès final, mais c’est son rôle qui veut ça), ce qui donne la sensation d’un casting un cran en dessous par rapport à la saison 1. 

D’autant plus que son personnage est sans aucun doute le mieux écrit de cette saison 2. Horrible belle mère qui fait tout pour mener la vie dure à sa belle-fille et venger la mort de son fils qu’elle pensait si bon, Mary Louise est un personnage contrarié et contrariant, d’une sincérité déroutante et manipulatrice experte. Son extravagance surprend et fascine à chaque instant, et sa caractérisation paraît plus aboutie en deux épisodes que le reste du casting depuis le pilote de la série. C’est dire, à quel point elle fait du bien, mais détruit aussi une bonne partie des âmes du show.

 

Photo Meryl StreepMeryl Streep, tellement impressionnante qu’elle ridiculise (presque) les autres

 

LES CHOIX DE HBO

Finalement, c’est peut-être ici que se trouve le plus gros souci de la saison 2 de Big Little Lies : HBO n’a sans doute pas fait les bons choix pour construire au mieux cette deuxième saison.

Netflix est souvent critiqué pour éterniser ou reconduire des séries qui n’en avaient pas besoin (coucou 13 Reasons WhyLa Casa de papelLa Fête à la maison : 20 ans après), et, au contraire, HBO est rarement tombé dans ce panneau évitant de charger la mule. Malheureusement, sans doute portée par le succès critique et public de la saison 1, la chaine n’a pas pu s’empêcher de lancer le retour de Big Little Lies alors que l’intrigue ne nécessitait aucunement une suite.

Une première erreur qui en conduira à une autre : l’embauche d’Andrea Arnold à la réalisation, en lieu et place de Jean-Marc Vallée. A priori, HBO a choisi la réalisatrice d’American Honey, pensant que son style collerait à celui de Vallée. Un choix intéressant sur le papier, mais complètement idiot quand on sait que les deux proposent des univers très différents (elle étant plus frontal avec les émotions, et lui plus évasif) et que HBO voulait conserver une esthétique et une ambiance similaires à la saison 1.

 

Photo Nicole KidmanNicole Kidman

 

De facto, même s’il est dur de tirer des conclusions sans avoir été au coeur du projet, il semblerait que la gestion des désaccords ait été à sens unique. Sans vraiment demander avis à Arnold, HBO a préféré diminuer les nouveautés proposées par la réalisatrice pour rester dans l’atmosphère de la saison 1 quitte à couper un peu partout et confier le montage à Vallée lui-même, ainsi qu’à une dizaine d’autres monteurs briefés sur les envies de HBO.

En plus d’un scénario tenant sur une nouvelle de quelques pages écrite à la hâte par Liane Moriarty, HBO a peut-être foncé un peu trop tête baissée par excès de confiance. Résultat : cette saison 2 est plutôt ratée et clairement moins bien que la saison 1.

 

La saison 2 de Big Little Lies est disponible en intégralité sur OCS en France. La saison 1 est aussi dispo sur OCS.

 

photo, Big Little Lies

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Luludo22

Bonjour écran large…. pour une fois ( et c est plutôt rare) je ne suis pas d accord avec vous…. j ai presque ( presque… ) préféré cette saison a la première… plus dense, plus complexe psychologiquement, les perso on les connaît donc pas besoin de caractérisation supplémentaire…. et Meryl Streep… elle me surprend encore quel talent!!!
Juste deux gros défauts a mes yeux:
Bonnie et sa mère ne m ont pas intéressées du tout…
Et Meryl Streep a effacé a peu près tout me monde des qu’ elle était a l ecran

Olivier637

Critique bien vue. Pour le cast, il faut reconnaître que seule kidman est au niveau de Streep.

Bubble Ghost

Mais… Suis-je le seul, à trouver l’interprétation de Laura Dern, carrément géniale ?…

Olivier637

Laura dern est top c’est vrai. Mais son arc narratif est pourri. Même si le duo avec son mari est très drôle

Raoul

Mouais pas vraiment d’accord avec vous. Encore une fois vous êtes trop sensibles à la genèse du truc ce qui influence beaucoup trop votre jugement de l’oeuvre finie (J’ai parlé de genèse alors..). J’ai pris un pied fou à visionner cette série qui marche sur une temporalité inhabituelle. Il ne se passe rien quasiment concernant les Monterey 5, elles n’attendent que la sentence. J’ai vécu ça avec elle et ça finit comme cela doit finir, elle ne supporte plus de subir les évènements et reprennent les rennes dans la dernière scène. Du grand cinéma de téloche pour moi.