Barry : sombre, drôle, dingue, violente... la saison 2 de la comédie noire de Bill Hader est une merveille

Alexandre Janowiak | 30 mai 2019
Alexandre Janowiak | 30 mai 2019

La saison 1 de Barry avait surpris son monde en 2018 et avait été un de nos gros coups de coeur de l'année, faisant même partie du top 3 de l'auteur de ces lignes. On attendait donc avec une grand impatience cette saison 2 pour voir où allait nous mener la série. Quelques jours après la diffusion de son dernier épisode, on fait le bilan.

ATTENTION QUELQUES SPOILERS !

 

 

ON EN ÉTAIT OÙ ?

A la fin de la première saison, Barry Berkman était face au mur. Lors de sa virée dans la maison de campagne de Gene Cousineau avec Sally et la détective Moss (alors compagne de Gene), cette dernière découvrait ses liens avec le meurtre de Ryan Madison. Elle comprenait alors qu'il était le tueur à gages tant recherché et le confrontait en pleine nuit à l'extérieur.

Face à cette menace qui pouvait faire exploser sa vie, Barry la suppliait de ne pas continuer son enquête et de passer à autre chose. Moss refusant, des coups de feu retentissaient en hors-champ et l'on voyait Barry, dans un ultime plan, retourner auprès de Sally dans sa chambre à coucher quelques heures plus tard. Si rien n'était montré, il n'y avait aucun doute : Barry venait de tuer Moss et son passé de criminel le rattrapait même s'il se jurait de ne plus y revenir.

 

PhotoUn bonheur final éphémère

 

La nouvelle saison de Barry démarre donc avec notre anti-héros loin de son ancienne vie. Les cours de théâtre continuent même si Gene Cousineau (super Henry Winkler) est dévasté par la disparition de Moss, Barry est toujours en couple avec Sally et il vend des vêtements pour gagner un peu d'argent maintenant qu'il a stoppé ses activés de tueur à gages.

Malheureusement pour lui, il va vite être rattrapé par son passé. L'ouverture de la saison le montre d'ailleurs très bien en instaurant une première mission de sicaire au centre de notre attention. Clairement, même si Barry, le personnage incarné par l'incroyable Bill Hader, s'est éloigné de ce métier, le crime organisé sera au coeur de la saison et il sera impossible pour lui d'en réchapper.

 

Photo Bill Hader, Henry WinklerLe personnage de Henry Winkler comme un guide pour Barry ?

 

IMPOSSIBLE RÉDEMPTION

Le premier épisode de la saison 2 le confirme notamment dans le monologue théâtral de Barry. Le personnage, même s'il essaye de se sortir de l'univers meurtrier pour se consacrer pleinement au métier d'acteur dont il est tombé amoureux, est dans l'obligation de mentir lorsqu'il raconte la première fois qu'il a tué quelqu'un en Afghanistan. Mentir, pour se faire aimer des gens qui l'entourent (Sally, Gene, ses camarades de théâtre) et ne pas gâcher la nouvelle vie qu'il veut construire dans ce Los Angeles opportun.

Sauf que le mensonge fait partie intégrante de cette ville. Après tout, l'acting n'est-il pas une forme de mensonge en soi ? Et comment changer dans un monde dont la tromperie est le premier moteur d'activité ? Ainsi, du personnage de Sally (Sarah Goldberg) qui tronque la vérité sur son histoire personnelle à celui d'Hank essayant de tromper ses nouveaux alliés boliviens en passant par le baiser de Judas que Fuches (Stephen Root) donne à Barry et la révélation des vraies motivations de l'inspecteur Loach, la série HBO parle de mensonges et de trahisons en premier lieu.

Par conséquent, impossible pour Barry Berkman de trouver la rédemption tant espérée. Ces multiples facteurs semblent voués à le faire chavirer du mauvais côté jusqu'à un point de non retour dans un monde plus obscur qu'il n'y laisse paraitre.

 

Photo Bill Hader, Sarah GoldbergDes relations sublimes entre les personnages

 

DÉPRESSION CYNIQUE

La deuxième saison de Barry est donc beaucoup plus sombre, pessimiste et noire que la première. La saison 1 proposait un parfait mélange entre la tendresse et la cruauté, le cynisme et un ton décalé, le rocambolesque et le sérieux. Cette saison 2 propose avant tout des arcs et des évolutions tragiques ou construites dramatiquement. Les personnages pleurent, perdent pied, frôlent la mort et, en plus de se battre contre le monde qui les entoure, se battent contre eux-mêmes.

Cela n'empêche pas la série d'offrir des moments jubilatoires et de jongler, encore une fois, admirablement avec les genres. Elle bénéficie entre autres de sublimes ressorts comiques, qu'il s'agisse du personnage de Hank (délirant Anthony Carrigan) ou des situations ubuesques présentés par la série (cette danse tchétchène, ce traducteur inutile, la médiocrité des apprentis acteurs, la fusillade de l'épisode 3, Fuches sur le balcon...). L'arrivée du titre de générique dans l'épisode 4 est aussi un des moments les plus drôles de la série.

Elle peut aussi, et surtout, compter sur une précision d'écriture incroyable qui sait jouer des cliffhangers pour relancer le show, surprendre le spectateur mais aussi accentuer la dramaturgie des situations, la folie de cet univers et la mélancolie des personnages. Aucun d'entre eux n'est à l'abri des actions qu'il commet et aucun ne pourra échapper aux conséquences qui en découleront, ce qui empêche toutes facilités scénaristiques.

 

Photo Anthony Carrigan, Bill HaderBarry et Hank

 

BARRY > EVERYONE

Si Barry est une série passionnante sur le mensonge, l'envie d'évoluer, le désarroi, les limites du Bien et du Mal et leur corrélation inéluctable, c'est aussi un bijou de mise en scène.

L'épisode 5, intitulé ronny/lily, mériterait à lui seul un article entier tant il est l'exemple parfait des qualités intrinsèques de la série créée par Bill Hader et Alec Berg. Pur épisode concept doté d'une extravagance détonante, il mêle avec brio une violence absolue digne de The Raid, une étrangeté à la John Carpenter, un ridicule proche de Dumb & Dumber et un timing burlesque qui rappelle les plus belles heures de Buster Keaton.

Avec son parfait mélange des genres, il est le plus marquant de cette saison 2 tant il repousse les limites. Entre l'ouverture clownesque; le combat à main nu jouant du hors-champ, de sa durée et de son montage en plan-séquence pour accentuer la violence et le suspense, l'arrivée inattendue d'une enfant ninja "qui n'est pas de ce monde" et le final inattendu et pétrifiant, ronny/lily est d'ores et déjà un épisode culte du petit écran.

 

PhotoL'épisode le plus WTF et puissant de l'année ?

 

Autrement parfaitement pensées, les incursions narratives en Afghanistan sont un moyen judicieux de plonger le spectateur au coeur du trouble qui ronge Barry Berkman. En cela, la mise en scène, qu'elle soit à Bill Hader (qui a décidement de l'or entre les mains à tous les niveaux), Hiro MuraiAlec BergLiza Johnson ou Minkie Spirodécontenance et intensifie le propos de la série.

Elle avive la mélancolie du récit qui, dans les derniers instants de cette saison 2, enfonce le spectateur dans un questionnement profond sur son amour (ou désamour) du personnage de Barry. Car au-delà des réflexions des personnages, ce sont les spectateurs eux-mêmes qui sont bousculés sur leur propre certitude, leur propre vision du monde ou leur éthique.

 

Photo Bill HaderDes choix artistiques qui font appel à d'autres mythes dans ronny/lily

 

La saison 2 de Barry tient toutes ses promesses en restant dans la droite lignée de la saison 1 tout en repoussant les limites de la série. Les curseurs sont poussés à leur paroxysme, ce qui donne des ailes à la série HBO de Bill Hader. Mélange parfait de noirceur, de comédie, de réflexions sur la moralité, le Bien et le Mal et la possibilité de changer profondément, Barry bouleverse, amuse, décontenance et subjugue.

Une grande série dont la saison 3 a déjà été commandée et truste d'ores et déjà le haut de nos attentes 2020.

Les deux saisons de Barry sont disponibles en intégralité sur OCS Go.

 

Affiche

commentaires

slaine
31/05/2019 à 11:27

Au top!!
bonne critique, merci Alexandre

cobrakaï
30/05/2019 à 23:18

@hank
Parce que j'ai aimé la 1ère saison. Parce que j'avais espoir que cette saison 2 s'améliore au fil des épisodes.

Si j'arrêtais dès qu'un épisode d'une série est nul (ou 3, ou une saison), je ne regarderais quasiment rien.

Hank Hulé
30/05/2019 à 20:27

Cobrakai : si c'est nul, pourquoi regarder ?

Okay
30/05/2019 à 13:49

Une sortie bluray prévue de cette série pour ceux qui n'ont pas OCS?

cobrakaï
30/05/2019 à 13:25

La saison 2 est une merveille... de nullité.

Elle prend le contrepied de la précédente. Plus centré sur le Barry "acteur", sa vie perso (ZZZzzzZZZ). Heureusement, c'était un supplice de moins de 30 mn.

L'épisode 5 offrait un moment de fraîcheur WTF. Voir même : on a pas été inspiré, voilà de quoi nous excuser. Mais c'est pas suffisant. Il faut attendre le dernier ou les 2 derniers (j'sais plus) pour refaire le lien avec la saison 1.

Renton
30/05/2019 à 11:53

Une idée de la sortie en vf sur OCS?

Hank Hulé
30/05/2019 à 11:40

Je confirme !

captp
30/05/2019 à 11:28

cynique, hilarante et touchante .cette deuxième saison est une perle.

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