L'épisode culte : The Boogieman, ou quand Code Quantum rencontrait Stephen King

Christophe Foltzer | 4 mai 2019
Christophe Foltzer | 4 mai 2019

Parce qu'il n'y a pas que le cinéma dans la vie d'un cinéphile, nouveau rendez-vous nostalgique sur Ecran Large : l'épisode culte, qui reviendra sur un morceau de choix d'une série remarquable. 

Il est intéressant de constater que si nous sommes assommés par les nouvelles séries toutes les semaines depuis l'avènement de Netflix et des services de streaming, peu d'entre elles restent en mémoire avec le temps. Pourtant, certaines de leurs ancêtres hantent encore notre esprit, presque 30 ans après leur conclusion. Et, en haut de la liste, on pense évidemment à Code Quantum.

Diffusée entre 1989 et 1993 aux Etats-Unis, Code Quantum est une série de science-fiction créée par Donald P. Bellisario et qui se compose de 5 saisons de 96 épisodes. Le principe est simple, quoique, puisque nous suivons les aventures du scientifique de génie Sam Beckett (incroyable Scott Bakula) qui, après une expérience qui tourne mal, voyage dans le temps sans savoir où il va.

 

Photo Code QuantumAllez, c'est parti !

 

Détail qui a son importance, ses voyages ne peuvent remonter plus loin que sa date de naissance (à une exception près toutefois) et il s'incarne toujours dans la peau d'un quidam avec une mission à remplir, dont il ignore tout à son arrivée et qui consiste généralement à réparer une erreur passée. Il peut compter sur Al Calavicci (superbe Dean Stockwell), un collègue qui lui apparait sous forme d'hologramme, et sur Ziggy, le super ordinateur que Sam a créé, pour l'aider dans sa mission et passer à l'épisode suivant.

Mais un épisode un peu spécial a été diffusé lors de la saison 3 de la série, le 26 octobre 1990, The Boogieman, et c'est de lui dont on va parler aujourd'hui.

 

Photo Code QuantumPrise de tête à venir...

 

AH BRAVO !

Dans The Boogieman (renommé Le Diable par la queue en français), Sam se retrouve dans la peau de Joshua Ray, un écrivain d'horreur au succès plus que constestable et qui planche sur son nouveau roman. Nous sommes dans le Maine, le 31 octobre 1964 et l'écrivain, qui est aussi pasteur, prépare la fête d'Halloween avec sa fiancée Mary. Après avoir été effrayé par un serpent, Sam fait une chute dans l'escalier et, quand il revient à lui, des choses bizarres commencent à se produire.

Al ne lui cache pas son trouble parce que Ziggy a du mal à déterminer sa mission, comme si une force inconnue l'en empêchait. Sam ne peut éviter la mort du vieux Tully, qui réparait sa fenêtre et dont l'échelle a été bousculée par une chèvre. Sauf que voilà, problème, à part Sam, personne n'a vu de chèvre. Al ne tarde pas à accuser Mary alors que les événements étranges se multiplient. Sam renvoie chez lui le jeune Stevie, un adolescent à lunettes qui veut devenir écrivain, pour le mettre à l'abri du danger tandis qu'une nouvelle mort survient. C'est au tour de Dorothy Jaeger, la commère de la ville, d'y passer, à cause d'un Black Mamba.

 

photo Code QuantumSam Beckett, à droite, est Joshua Gray

 

Là encore, même le shérif ne peut expliquer ce qui se passe et Al en vient à conclure que Sam est là pour protéger Mary, bien qu'il lui mette quand même un gros doute, la jeune femme semble étrange et, visiblement, elle parvient à sentir la présence d'Al. Après une dispute, Mary fait une crise d'épilepsie et est transportée à l'hôpital. Sam ne sait plus quoi croire d'autant qu'Al en remet une couche sur la culpabilité de Mary, et en plus il revoit cette mystérieuse chèvre.

Une confrontation avec le shérif le rend suspect mais ce dernier semble aussi sentir la présence d'Al. Suivi par une voiture, Sam retourne à l'hôpital parce qu'il a appris que le shérif allait y chercher Mary. Sauf qu'il trouve sa voiture accidentée et l'officier mort. De retour chez lui, il y retrouve Mary... et le shérif, bien vivant.

 

photo Code QuantumUne première mort.... causée par une mystérieuse chèvre

 

C'est alors que l'homme de loi se transforme en Al et révèle son vrai visage : il est le diable, ou une de ses manifestations, et c'est avec lui que Sam s'est entretenu depuis son arrivée. Le vrai Al arrive et encourage Sam dans son combat contre le Mal. Sam en sort finalement victorieux et... se réveille au bas des escaliers de sa maison. Tout ceci n'était qu'un rêve, conséquence de sa chute. Al l'informe qu'il est là pour sauver un certain Tully, Sam se précipite à l'étage pour sauver l'ouvrier.

Juste avant de partir, Sam fait une découverte stupéfiante : Stevie est en fait un jeune Stephen King et le récit de Sam nourrira ses futures romans : la télékinésie de Carrie au bal du diable, la voiture de Christine, sans parler du gros chien familial que l'on retrouvera dans Cujo. Avant même de prendre la pleine mesure de cette découverte, Sam est déjà reparti vers de nouvelles aventures.

 

photo Code QuantumUn tout jeune Stephen King

 

RÊVES ET CAUCHEMARS

Si nous considérons cet épisode de Code Quantum aussi important, c'est parce que, à notre sens, il renferme le coeur de la série. En effet, dès le départ, Code Quantum est un voyage au coeur de l'Amérique moderne, des années 60 jusqu'aux années 90. Sam, en Ange Gardien un peu méta, y parcourt l'histoire de son pays, ses changements et ses drames, avec la volonté de réparer les erreurs du passé. C'est du moins la mission qu'il pense qu'on lui a confié.

Un postulat qui pourrait virer rapidement à la bondieuserie morale, à la manière des Routes du Paradis, si le show n'était pas si intelligent. En effet, Code Quantum laisse toujours planer un gros doute. Sam Beckett est un scientifique et il essaye d'aborder sa situation en tant que tel même si les limites de la science le poussent à considérer la solution divine qui guiderait ses voyages. Une question à laquelle la série répond de façon nuancée dans son ultime épisode puisque, s'il y est bien question d'une forme d'intelligence supérieure, il ne s'agit pas forcément de Dieu.

 

photo Code QuantumUnis contre le Mal

 

Code Quantum, c'est aussi une visite dans la culture américaine et la manière dont elle imprègne le quotidien des spectateurs. Aussi, consacrer un épisode à Stephen King n'est pas ridicule tant le Maître a marqué son époque et continue de la faire encore aujourd'hui. Mais la grande intelligence de l'épisode, c'est justement de ne pas en faire trop et de ne pas poser l'écrivain en héros.

Stephen King est toujours en arrière-plan, sa présence n'est jamais soulignée avant la révélation finale et si un spectateur averti et initié verra le coup venir, gageons qu'une bonne partie du public ne s'y attendait pas. L'épisode joue habilement avec les codes du film d'horreur et parvient, en 50 minutes, à créer de vrais moments de tension tout autant qu'une atmosphère inquiétante qui nous fait douter de tout le monde. Et même de ce que l'on voit.

 

photo Code QuantumUn épouvantail bien dans la tradition

 

Les références aux grandes figures de la littérature horrifiques américaines (Lovecraft en tête), à la sorcellerie (en particulier à la triste affaire des sorcières de Salem), montre bien que le fantastique imprègne la culture américaine et que Stephen King, d'une certaine manière, n'a fait que se connecter à cet inconscient collectif pour en tirer ses histoires.

Cependant, l'épisode ne minimise jamais le génie de l'auteur, ni ne le fait passer pour ce qu'il n'est pas. The Boogieman fonctionnerait tout aussi bien sans la présence de Stephen King mais c'est vraiment son inclusion qui en fait un vrai bon épisode de Code Quantum, parce que, durant toute la série, Sam Beckett navigue sur cette fine frontière entre la fiction et la réalité.

Pour autant, le plus grand apport de l'épisode à Code Quantum dans son ensemble n'a rien à voir avec Stephen King puisque The Boogieman installe un ressort dramatique qui sera très utile dans les saisons ultérieures : il laisse en effet supposer que Sam n'est pas le seul à dériver dans le temps et que les autres voyageurs ne sont pas investis des mêmes intentions humanistes. Ils trouveront leur vraie première incarnation dans l'épisode 7 de la saison 5 et constitueront un dilemme profond pour notre héros.

 

photo Code QuantumUne voiture qui en rappelle une autre

 

Si l'on pourra regretter la fin en mode "tout ceci n'était qu'un rêve", c'est en fait, et pour une fois, une solution particulièrement maline parce qu'elle permet à la série d'aborder d'autres genres que le drame social teinté de science-fiction.

En effet, il y avait peu de chances que Code Quantum vogue vers les rives du fantastique et de l'horreur en d'autres circonstances tant les règles de son univers sont, malgré tout, ancrées dans une certaine réalité. Et c'est tout à l'honneur de la série de prendre ce risque, véritable piège dramaturgique fatal, pour nous sortir de nos habitudes et payer son tribut à l'un des plus grands romanciers du monde.

 

On le voit, cet épisode de Code Quantum a une importance capitale dans le destin de la série. Mais s'il est pour nous incontournable encore aujourd'hui, c'est parce qu'il représente l'essence-même du show, tout autant qu'un vibrant hommage sincère et admiratif à Stephen King. De toute façon, et quoi qu'il en soit, tous les épisodes de Code Quantum sont cultes, à la réflexion.

 

photo Code Quantum

 

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commentaires

Anastriana
10/05/2019 à 11:39

J'ai adoré cette série...
@Rosha, le dernier épisode est extraordinaire.
Merci pour cet article qui a ravivé de très bon souvenirs...
Il y aussi l'épisode où il chante Imagine de John Lennon, L'homme de Mancha... Scott Bakula est un formidable chanteur, j'ai le CD de la BO de la série ;-)

Rosha
06/05/2019 à 16:43

Je suis un fan inconditionnel de cet série j'ai toute les saisons chez moi et à chaque fois que je visionne le dernier épisode ca me brise le coeur

Mr Vide
05/05/2019 à 10:27

Celui où Sam rencontre Al jeune.

Decker
04/05/2019 à 21:20

Super Série, supers acteurs.. pour les amateurs de Scott Bakula et d'horreur, regarder Le maitre des Illusions. Un chef-d’œuvre de Clive Barker.

l'autre
04/05/2019 à 15:33

et quand il apprend le moonwalk a un jeune garçon se nommant Michael !
Quelle bonheur cette série ! Une des meilleures que j'ai pu voir à mon sens.

snake
04/05/2019 à 15:20

merci beaucoup pour l'article, ça ravive de très jolies souvenirs d'enfance !

Cydje
04/05/2019 à 14:04

C'est justement l'épisode qui m'a le plus marqué (le seul?) de cette série quand j'étais gosse!!!! Et j'en reparlais d'ailleurs avec mon mec il ya quelques jours, je ne sais même plus ce qui m'y a fait penser....
Heureux de cet article qui a ravivé mes souvenirs de l'épisode...

Ah putain cette chèvre!!!! Elle m'a hanté longtemps ^^

Louig
04/05/2019 à 13:38

des infos sur une sortie bluray ?

Arnaud
04/05/2019 à 13:06

J'espere que vous le ferez parce que j'ai trouvé cet ultime episode dechirant et parfait (celui sur son frere qui doit partir au VietNam (seul episode ou Sam se retrouve dans son propre corps ... mais enfant :p) et y mourir, puis celui ou Sam s'y retrouve aussi et va finir par le sauver)

Cette serie etait vraiment geniale ...

Christophe Foltzer - Rédaction
04/05/2019 à 12:22

@sam :

Alors, nous n'avons aucun article relatif à une analyse de l'épisode final dans notre base de données, mais gageons que cela se produise un jour prochain sur Ecranlarge. ;)

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