Game Of Thrones - saison 8 épisode 1 : critique Beurre de Dragon

Simon Riaux | 15 avril 2019 - MAJ : 16/04/2019 11:43
Simon Riaux | 15 avril 2019 - MAJ : 16/04/2019 11:43

Attendue, redoutée, fantasmée, l’ultime saison de Game Of Thrones est enfin là, et compte bien témoigner de la toute-puissance (passée) de HBO. À l’heure de la conclusion, le récit parvient-il à embrasser les innombrables destins convoqués après plusieurs années de complots, de guerre et d’intrigues ?

ATTENTION SPOILERS !

 

Capture bande-annonceVous n'êtes pas prêts pour cette scène

 

RETOUR EN GLACE

Depuis sa deuxième saison, Game Of Thrones n’a jamais cherché à s’assurer des débuts en fanfare, préférant sécuriser ses acquis, entamer ses longs récits par des chapitres introductifs permettant de resituer les protagonistes, leur situation géopolitique, et redonner au spectateur le goût de l’épopée qui s’annonce.

On ne s’étonnera donc pas qu’il ne se passe quasiment rien dans ce premier segment (qui pourrait être resserré sur une petite dizaine de minutes de narration). Peu importe, son rôle est de nous refamiliariser avec une vaste galerie d’aspirants, de voleurs, de chevaliers, rois, reines, empereurs et autres écuyers mystiques.

Dès son générique totalement remanié, on se demande si la série ne s’apprête pas à bouleverser néanmoins certaines habitudes. Tout simplement parce que plutôt que de nous proposer un point cartographie de Game Of Thrones, il détaille plus que jamais les trois seuls lieux où se déroulera l’action du chapitre qui s’ouvre : Kings Landing, Winterfell, et les environs du Mur. Les maquettes grossières affichent désormais un tel luxe de détail que la caméra peut s’y glisser et nous offrir le spectacle de leurs mécanismes s’activant avec fièvre.

 

photo, Lena HeadeyCersei attend son heure

 

Ce chapitre sera pour son immense majorité consacré aux actions des gardiens du Nord, et de Jon Snow en particulier. Quand elle constituait à l’issue de la saison 7 la plus fourbe menace pesant sur l’avenir des humains de Westeros, Cersei (Lena Headey) apparaît plus que brièvement, se contentant d’accuser réception des 20 000 hommes de la Compagnie Dorée, avant d’accorder à cet infâme bourrin d’Euron (Pilou Asbæk) une petite saillie, afin de s’assurer sa fidélité.

Les deux pervers mégalomanes paraissent s’apprécier aussi bien humainement que physiquement. Pendant qu’ils font la bête à deux dos, Theon Greyjoy se transforme en ninja et massacre à lui seul tout un bâtiment de la Flotte de Fer, afin de libérer sa sœur. Ainsi, c’est aussi sa dette qu’il paie, ce que la frangine note instantanément, lui donnant sa bénédiction s’il souhaiter aller se battre aux côtés des Stark.

Voilà à peu près tout ce qu’il convient de noter hors Winterfell, tant c’est le Nord qui concentre le peu de densité narrative de l’épisode.

 

photo, Sophie TurnerSansa s'annonce bien peu commode

 

STARK WARS

Les intrigues et sous-intrigues concernant les Stark suivent un double mouvement. Tout d’abord l’épisode veut clairement jouer la carte de l’émotion en démultipliant les phases de retrouvailles, attendues par le public, et qui ne manquent pas de provoquer de petits pincements au cœur. Qu’il s’agisse des câlins humides échangés entre Bran, Arya, Jon, Samwell, et bien sûr Jaime, le spectateur désireux de voir ses personnages préférés se confronter à leurs meilleurs amis et ennemis aura droit à un épisode qui met quantité d’emphase sur la question.

Le second mouvement consiste à semer les graines de la discorde entre les Stark, et s’avère plutôt présent. Les scénaristes ont décidé de transformer Sansa (Sophie Turner) en stratège de génie, désormais respectée et crainte par tous les hommes et femmes du Nord, et elle ne peut clairement pas blairer Daenerys (Emilia Clarke). Cette dernière a décidé de se comporter comme une ado en pleine crise égotique, massacrant tous ceux qui lui résistent, menaçant des pires sévices la première gourde à la dévisager.

Ainsi, d’Arya à Samwell, tout le monde laisse vite comprendre à Jon Snow (Kit Harington) qu’il serait bien inspiré de ne pas oublier ses racines, sa famille (qui l’a toujours considéré comme un bâtard tout juste digne de jouer les eunuques de combat en haut d’un mur en glaçons), de songer à s’emparer du trône qu’il a reçu en héritage, et zigouiller sa nouvelle copine au passage.

Pour le moment, on ne peut pas dire que peler vivante Daenerys l’enchante, il semble même sous son charme et franchement opposé à l’idée d’en faire des godiveaux, tout en notant combien elle règne, commande et dirige mal.

 

photo, Kit Harington"C'est beau, mais c'est loin"

 

Au moins, ce premier chapitre aura mis sur la table la véritable identité de Jon (Kit Harington) et devrait donc amener nos héros à rapidement aborder ce sujet, ce qui est une excellente chose, qui devrait grandement dynamiser la narration, et obliger Snow et la Mère des Dragons à se confronter ou s’allier franchement. Ajoutons qu’on a bien du mal à croire que le plan des 3 sympathiques bonnes fées que sont devenues Varys, Tyrion (Peter Dinklage) et Davos aboutira, même si la perspective de voir les héritiers Targaryens régner conjointement a un certain charme.

Le plus inquiétant et intéressant de ce chapitre vient de la volonté de rassembler tous les Starks, et de leur donner clairement un rôle de « gentils ». Concrètement, on avait pas assisté à un tel rassemblement familial depuis la première saison (et dans une moindre mesure le Red Wedding). Or s’il y a bien une règle intangible de Game Of Thrones, c’est qu’il suffit qu’une troupe de personnages se sentent bien et se réunissent, pour que d’autres aient envie de les utiliser comme ingrédients d’un pain surprise créatif.

L’avenir est peut-être des plus sombres pour la maison Stark.

 

photo"Bon, tout va bien, personne ne va voir que ces dragons sont incrustés n'importe comment..."

 

BACKS TO THE ROOTS

Un des effets les plus intéressants de cette reprise consiste dans l’écho qu’il renvoie à la saison 1. En effet, presque dix ans plus tard, nous entamons une nouvelle fois l’aventure par la venue d’une délégation incomprise, possiblement hostile, au cœur des terres du Nord. Le temps a passé, les protagonistes se sont transformés, le monde que nous connaissions, celui qu’ils maîtrisaient, semble avoir disparu. Le processus a cela de pertinent qu’il permet également de mesurer combien Game Of Thrones a progressivement bouleversé son ADN et changé profondément de nature.

La première saison s’ouvrait sur une tragédie familiale émaillée de profondes réflexions sur la nature du pouvoir et et la politique ; et débutait alors que les Lannister, nobliaux égarés en terrain hostile, venaient se crotter les godasses à Winterfell. L’atmosphère était étonnamment crédible, poisseuse et grave, alors que les showrunners D.B. Weiss et David Benioff mariaient Machiavel et Shakespeare avec une habileté étonnante.

À nouveau, il est question d’un débarquement, mais on n’est plus ici pour comprendre comment un détail de direction artistique traduit l’âme d’un écuyer, comment les mots choisis d’une régente peuvent décider du sort d’un royaume. L’armée de Daenerys débarque à grands renforts d’effets numériques clinquants et cradingues, jouant de contrastes parfois un peu grossiers, à la manière d’un défilé de Jean-Paul Gaultier réimaginé par Gengis Kahn. Cette épate visuelle jamais maîtrisée va marquer tout l’épisode, parmi les plus embarrassants techniquement de l’histoire de la série.

 

photoEt c'est parti pour la séquence de drague la plus embarrassante de l'année

 

En effet, on a droit à une hallucinante séquence de drague à dos de dragons, où Kit Harington et Emilia Clarke font leur possible pour se mettre en bouche leurs répliques à base de « réchauffe donc ta reine mon gros velu », le tout déclamé sous les yeux de gros pâtés numériques incrustés n’importe comment dans des décors qui sentent bon l’ordinateur eux aussi. C'est là que le show dévoile sa nouvelle nature profonde d'énorme soap opéra. Rien de mal là-dedans, on pourrait d'ailleurs voir dans les efforts déployés par la direction artistique pour les maquiller un sujet passionnant en soi.

Car derrière ses trognes avinées, derrières ses gorges tranchées bouillonnantes d'hémoglobine, par-delà ses scènes de cuisserie bien gratos (coucou Bronn !), Game Of Thrones se vit désormais comme un proche parent de Dallas, où le public se demande sans cesse si Sansa va finalement kiffer sa belle-doche ? Ou quand Jorah Mormont alias Lord Friendzone fera-t-il sa vraie déclaration trop belle ? Ou quand Cersei comprendra-t-elle qu'elle est follement amoureuse de ce pouceau mégalomane d'Euron et ainsi de suite.

Ce sont désormais les purs affects et hormones des principaux personnages qui dirigent l'écriture et sont devenus la finalité, l'enjeu premier de la série. Reste à savoir si cette altération du trip médiévalo-mystico-politique de George R.R. Martin parviendra à totalement pirater le logiciel de bas, et donc à nous surprendre.

On se doute que Game Of Thrones ne nous prend pas pour des billes et aura sans doute réservé le gros de son budget aux batailles à venir. M’enfin on regrettera tout de même que cette entame soit si peu soignée, à fortiori après la conclusion épique de la saison 7.

 

photo"Et c'est une bonne position ça, lancier ?"

 

KICÉKIVAMOURIR ?

Malgré la lenteur de cet épisode introductif, en dépit de ses errances esthétiques, ce segment a néanmoins un véritable mérite : celui de poser sur la table des enjeux très précis, qui devront être traités rapidement et obligeront le show à des choix forts.

Ainsi, Jaime (Nikolaj Coster-Waldau) se voit pour la première fois confronté à Bran, dont il provoqua jadis la paraplégie, et va devoir s’expliquer avec la fille du roi qu’il assassina dans sa jeunesse, laquelle est assez portée sur le meurtre d’opposants politiques. Pas dit que notre bon Jaime échappe au sort tragique auquel l’ont voué ses compromissions.

 

photo, Isaac Hempstead WrightAll Bran

 

Parallèlement, nous découvrons grâce à Tormund que les Marcheurs Blancs ne sont plus qu’à quelques heures de Winterfell. Voilà qui promet donc dans les deux prochains épisodes : un face à face tendu entre les deux héritiers naturels du trône, la possibilité de les voir tous massacré dans le siège de leur forteresse, tandis que Jaime peut clairement mordre la poussière.

Ou un peu des trois.

Comme souvent, cette entame n'a pas pour but de nous passionner mais plutôt de nous reconnecter doucement à Westeros. On ne s'étonnera donc pas de sa relative mollesse et de ses effets spéciaux... discutables, considérant qu'elle vaut surtout pour la promesse de confrontations apocalyptiques qu'elle nous réitère.

3/5

 

Affiche

commentaires

chedelmotte
22/04/2019 à 09:27

@Caro a raison. Certes, Jon SNOW est en fait Aegon TARGARYEN. Mais ça, Daenerys l'ignore. Donc, elle ne devrait même pas lui proposer de monter sur un dragon (a part si elle voulait le tuer). De plus, elle devrait être complètement eberluee de voir que le dragon l'accepte, et donc que Jon SNOW est un TARGARYEN.

QuandTuComprendsRienTaistToi
16/04/2019 à 23:13

@Caro : Encore une personne qui tente detaler sa science sans avoir rien compris a ce dont elle parle.
Deja c est un univers imaginaire, donc les regles sont celles decidees par les scenaristes. Mais en l occurence ici, ces regles ont ete presentees, et ce qui se passe dans cet episode correspond aux regles et au lore de l histoire.
Si tu n as rien compris, revois donc les origines de la reine des dragons, de jon snow, et par exemple aussi du nain tyrion,qui a lui aussi pu approcher les dragons sans se faire devorer. Et peut etre qu alors l un de tes neurones s allumera et que tu comprendras.
Etre bete ca n est pas grave. Ne rien comprendre, ce n est pas grave.
Mais venir dire qu on a tout mieux compris que les autres qui se trompent, quand on ne comprend rien a rien, c est un comble.
Mais es tu assez intelligente pour comprendre ca justement ?
On peut en douter...

Nepenthes
16/04/2019 à 22:13

Bref, de Dallas on dérive vers les Feux de l'amour (sans salles de bains)

prometheus
16/04/2019 à 16:11

@Caro : Snow a du sang targaryen. Je pense que les dragons l'ont senti en le voyant lors de la saison 7 sinon ils l'auraient déjà dévoré. Donc en soi la chevauchée a du sens. Techniquement par contre, ça manquait de finesse et d'ampleur.

JohnBarry
16/04/2019 à 16:10

@ Caro

Difficile de savoir si tu trolles ou si tu n'as pas bien compris les véritables origines de Jon Snow^^

Sinon je rejoins l'avis général. Episode plutôt cool pour un début de saison, mais CGI dégueulasses au possible pendant la scène des dragons.
Trop de gros plan ou contraste avec la neige ? Rush pour finaliser les effets spéciaux ?

En tout cas, hâte de voir la suite.

Caro
16/04/2019 à 14:33

La scène de promenade avec les dragons est honteuse. Seuls les Targaryens peuvent monter à dos de dragons, et Daenerys propose à Jon de monter Rhegal tranquille, comme on prête sa Clio à son cousin... épisode signé Disney

Andrew
16/04/2019 à 12:47

En effet les CGI sont assez immondes et l’épisode bien classique/drama/regard profond "tu vas crever"/petit bisous sur fond vert qui bave...
Mais attendons la suite !
espérons que le meilleur est à venir.

Marc
16/04/2019 à 10:20

Et dire que je failli passez à la meilleur série de tout les temps ! j'ai commencé Game of Trônes sur QCS à la saison 7, j'ai vu toute les premières saisons bref cet épisode est le prologue de cette saison le meilleur est à venir patience ...vivement lundi prochain .

Raoul
16/04/2019 à 09:15

J'aurais bien aimé un épisode double pour que l'histoire avance un peu plus. Sinon c'était top. Effets spéciaux pas mal quand même faut pas déconner, et franchement, on s'en contrefiche je crois.

captp
16/04/2019 à 08:01

relativement déçu et plutôt de l'avis de ceux qui pensent que HBO à jusqu’à présent fait du trés bon boulot niveau incrustation des effets ce qui rend encore plus étonnant ce foirage .
Mais alors surtout j'aimerai savoir si il y a une charte qui dit que tout twist futur doit grossièrement être amené par des gros regard bien lourd en gros plan dans les séries ?
sans déconner j'avais des doutes fin de saison 7 mais là c'est bon on a compris .
Là ou les saisons 1 à 4 ,tirée du livre,nous prenaient par surprise en étant totalement imprévisible, on est tombé dans les facilités scénaristique et dans les travers des tics de réalisation lambda faisant de GOT une série certes plutôt pas mal mais pas exceptionnel.

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