Sex Education : pourquoi la série Netflix anticonformiste est la bonne surprise de ce début d'année ?

Créé : 19 janvier 2019 - Camille Vignes
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Sex Education est le nouveau pari pas risqué de Netflix (ou peut-être que si), une série à vocation d’éducation sexuelle, avec de l’humour et des couleurs pastellisées. Disponible depuis le 11 janvier sur la plateforme, que vaut la première saison ?

Chaque décennie voit fleurir son lot de séries teenages avec ses propres codes, et force est de constater que depuis quelques années les showrunners et scénaristes redoublent d’originalité pour donner un peu plus de profondeur aux intrigues qu’ils proposent.

 

photoUn style bien particulier

 

13 Reasons Why s'attarde sur la vie d’une dizaine de lycéens. La série aborde tour à tour les grandes questions qui se posent à l’adolescence (la quête de reconnaissance, la découverte de sa sexualité, le sentiment d’incompréhension, l’exclusion…) en traitant de sujets sensibles tels que le harcèlement, la drogue, le mensonge, le viol et le suicide. Le ton de la série est résolument lourd, violent et dramatique.

Atypical, une autre série Netflix, en prend le contre-pied. Avec son ton humoristique et décontracté elle propose de suivre un adolescent atteint de troubles autistiques en plein passage à l’âge adulte. Un sujet important traité avec légèreté. Les deux premières saisons déroulent le cheminement de Sam, sa découverte de lui-même, sa quête d’amour et d’indépendance et pose surtout une question : que signifie « être normal » ?

Et même si on n'a pas cité les Everything Sucks ! et autres The End Of The Fucking World, avec tout ça, on serait presque tenté de croire que Sex Education est une énième série pour adolescents.

VERDICT AVEC DES SPOILS... et du sexe ?

 

 

UN QCM DÛMENT REMPLI

On va commencer par ce qu’on n’a pas vraiment aimé pour terminer avec des notes plus positives. Comme ça ce sera fait on n’aura pas besoin de revenir sur les points qui n'apportent rien au genre.

En gros, Sex Education est l'histoire d'Otis, un lycéen sans aucune expérience sexuelle mais qui en connait un rayon sur la question grâce à sa mère, sexo-thérapeute. Il s'associe avec Maeve et se met à aider des couples (ou des célibataires) de son lycée à réparer (ou construire) leur relation (en échange de rémunération parce que tout se monnaye dans ce bas-monde), en leur apprenant notamment à mieux s’entendre sexuellement. D’autres personnages gravitent avec plus ou moins d’importance autour d’Otis, comme son meilleur ami Eric Effiong ou encore le petit-ami de Maeve, Jackson Marchetti…

Vous l’aurez peut-être vu venir, c’est donc dans l’écriture des personnages que la série pêche réellement. Elle coche gentiment toutes les cases du genre sans prendre de risques et sans rien proposer de nouveau.

 

photo, Kedar Williams-Stirling, Emma MackeyMoi je suis pas original ?!

 

La mère d'Otis enchaîne les conquêtes sans lendemain après un divorce traumatique, du moins jusqu’à l’arrivée dans sa maison d’un ouvrier entièrement tatoué qui comme par hasard porte lui aussi un lourd bagage émotionnel (un peu gros le coup de la différence de classe non ?). Autant vous dire qu'avec son maigre background, la performance de Mikael Persbrandt s'oublie aussi vite qu'elle se regarde.

Otis est l'archétype du jeune de 16 ans trop timide, marqué par les actions de son père et par la libération sexuelle de sa mère. Evidemment il est attirée par la rebelle du lycée, figure de liberté par excellence. Prêt à tout pour exister dans ses yeux, il est une déception pour son meilleur ami, Eric et se rend compte du mal qu'il lui fait que trop tard (tartine de cliché)

Maeve, la fameuse rebelle fauchée a une toxicomane pour mère et un grand vide pour père. Elle sort avec (on vous le donne dans le mille) le sportif bien sous tous rapports et jeune espoir de l'équipe de natation du lycée, on a nommé le beau gosse de la série, Jackson Marchetti.

 

photo, Ncuti GatwaOn parlera de lui, pas d'inquiétude

 

On ne s’étendra pas sur le proviseur, aussi fade que rigide, mais plutôt sur son fils. Adam, interpété par Connor Swindells (un acteur de 23 ans qui en fait beaucoup plus...) le harceleur de base, celui qui (le premier) aura des problèmes sexuels. Celui qui ne réussit pas à satisfaire sa copine, la blonde populaire un peu nunuche, celui aussi celui qui ne comble aucune des attentes de son père qui le prend pour un loser… c’est le mâle Alpha (OK ! c'est un peu plus que ça, son twist est cool mais bon... pas non plus super inventif).

Bref, si Sex Education ne brille pas l’originalité de ses personnages, la série a su attirer notre attention sur plein d'autres points.

 

UNE SÉRIE QUI A LA BANANE

L’ouverture donne le ton avec ses premiers plans qui enchaînent scène de sexe, conversation en-dessous de la ceinture, seins, pénis et le tout sans aucun complexe. Passé les premières minutes, on est quand même content de voir que la série ne se résume pas qu’à des blagues de fesses et des coïts et que ces scènes savent se faire discrètes quand il s’agit d’aborder une question qui a taraudé tous les adolescents : « comment on fait ? ».

Avortement, acceptation de la taille du pénis, du sexe féminin, confiance en soi, acceptation de soi, fétiche Hantaï, rêve érotique, homosexualité, religion & sexe, masturbation… Sex Education va donc parler de sexe mais pas que, et elle va surtout le faire sans tabou. Moment mythique que celui où trois personnages se retrouvent, au beau milieu d'une soirée, à sucer des bananes si fort qu'ils en vomissent.

 

photoCe moment

 

Les épisodes enchaînent ces thématiques propres à l’adolescence, à la construction de soi et de sa sexualité sans aucune retenue et sans aucune gêne. Exit l’hypocrisie latente et la pudeur des séries américaines pour adolescent qui osent à peine montrer la nudité alors que toute la pornosphère est à un clic de là. Sex Education montre, jamais trop, mais assez pour désacraliser tout ça.

Et à part la suppression du tabou, l’arme principale de la série est son savant mélange entre humour décalé et maturité du propos. La facilité aurait été de tourner l’acte sexuel lui-même en dérision, mais jamais la série ne tombe dans ce piège. L’ouverture des épisodes est souvent la même : un couple en pleine action et qui fait grosso modo n’importe quoi. Quelques secondes de parodie qui réussissent à être juste assez pour ne pas ridiculiser le propos.

Comme souvent chez les Anglais, la série est désarmante dans ses dialogues. On repense forcément à un des premiers entre Otis et sa mère qui très tranquillement lui dit « j’ai remarqué que tu faisais semblant de te masturber… c’est la crème pour les mains qui t'a trahi ». Une scène totalement gênante si on se met dans les baskets d’Otis mais qui pose bien le propos : sans dialogue, on est forcément à côté de la plaque (c’est d’ailleurs tout le propos du deuxième épisode).

 

photo, Gillian Anderson, Asa ButterfieldMoment mère-fils plein de love

 

L'HOMOSEXUALITÉ ET L'AVORTEMENT, ON EN PARLE ?

À côté de tous ces moments un brin absurde et très décomplexés, la série garde un ton résolument mature. Grâce à cela le spectacle est toujours digeste et se permet même d’explorer des questions plus lourdes que celles de la sexualité et de l’amour. Deux épisodes notamment sont extrêmement poignants dans la manière d’aborder leur sous-intrigue et de livrer les histoires telles quelles.

ATTENTION AUX SPOILERS

Le troisième épisode (classé 16+) est centré sur le personnage de Maeve (Emma Mackey). Comme on l’a dit, c’est la rebelle au grand coeur de la série, la jeune fille fauchée, sans famille qui est prête à tout pour gagner un peu d’argent. C’est d’ailleurs dans ce but qu'elle lance l’idée à Otis de créer une sorte de « clinique du sexe » pour aider les autres lycéens. Si son personnage n’est au départ pas vraiment original, Maeve est pétrie de bonnes intentions, son personnage évolue au cours des épisodes et devient de plus en plus attachant.

 

photo, Emma MackeyEmma Mackey

 

Le troisième épisode aborde ainsi la question de l’avortement. Maeve se rend compte qu’elle est enceinte et n’a aucune intention d’être mère. Une fois cela compris, les événements s’enchaînent avec la froideur chirurgicale d’une clinique. Cet arc narratif est hyper différent du reste de la série qui se veut empathique dans le fait qu’il ne propose (presque) à aucun moment de rentrer dans la psyché des personnages. Grâce à un personnage aussi volubile qu’attachant (qu’on ne voit qu’à ce moment de la série) l’épisode réussit à dépeindre l’angoisse de cette situation, le traumatisme que cela peut être et la bienveillance nécessaire.

L’autre épisode sur lequel il est important de revenir aborde une question névralgique. Cinquième de la saison, il est centré autour du personnage d’Éric, de son homosexualité et de son amitié avec Otis. La série n’a pas attendu cet épisode pour se pencher sur ce personnage mais elle l’a toujours fait de façon sporadique montrant le tabou que la famille et les autres lycéens posent sur ce sujet.

 

photo, Ncuti GatwaNcuti Gatwa

 

L’épisode s’ouvre sur un moment de joie réel pour Éric qui à l’impression d’enfin compter pour son ami. Mais de déception en déception, il est de plus en plus esseulé. Travesti pour se rendre à un concert, cadeau d'anniversaire, il se fait lâcher par Otis qui préfère aider Maeve. En tant que spectateur, le sentiment d’être totalement impuissant est palpable et véritablement désagréable. Mais le propos va plus loin que celui de l'abandon d'un ami. La solitude d’Éric et les violences qu’il subit dénoncent une vérité sociale complexe : l'autre et ses différences ne sont toujours pas acceptées.

Sous des dehors colorés, légers et adolescent, Sex Education aborde crûment des thèmes forts souvent passés sous silence. Entre humour décalé et maturité déconcertante, les personnages parfois brossés à la va vite prennent vie et se livrent tout entier et on oublie vite les petits défaut du début.

Sex Education est disponible en intégralité depuis le 11 janvier 2019 sur Netflix.

 

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commentaires

M 29/01/2019 à 15:41

Série destinée aux adolescents, pré adolescents et ménagères de plus de 40 ans qui cherchent à se sentir jeunes au 21ème siècle. Bref, c'est cliché à mort comme la plus part des teen séries. Netflix a compris la recette, il la sert à toutes les sauces tant qu'il y'a les ingrédients principaux: des ados, un vocabulaire un peu cru ("""""""humour noir""""""), un peu de collège/lycée, un thème anticonformiste et voilà, une bonne série bien délicieuse. 4/5

Sébastien 25/01/2019 à 02:06

Une critique aussi remplie de clichés que la série elle-même, Bien-pensante et américanisante jusqu'à l'os. Vulgarités et obscénités à la tonne. Destinée visiblement à tous les frustrés de la Terre.
Faut vraiment avoir faim pour baver là-dessus comme devant un poster géant de hamburger en plastique.

Pseudodo 23/01/2019 à 10:28

Ouais bof la série, pas très originale. C'est une série avec des adolescents faite pour les adolescents. Les personnages restent très cliché tout de même. L'intrigue sur l'éducation sexuelle est juste un motif pour mettre en avant ce groupe de jeunes afin de pouvoir montré leur problèmes familiaux, sexuels et psychologiques. Cette série ressemble de très prés à "Skins" (sortie il y a une dizaine d'année déjà), série anglaise (elle aussi !) mettant en avant un groupe d'adolescents et avec une intrigue tournant, elle aussi, autours des problèmes familiaux, sexuels et psychologiques des personnages, Quoi que Skins reste beaucoup plus trash.

Vexchess 19/01/2019 à 23:15

Super série et bonne explication ! Quelqu'un sais si il va avoir une 2em saison et d'autre épisode ? car les épisode ont tellement cartonner que c'est dommage de s'arreter a ça

Lolo 19/01/2019 à 17:25

j'aime bien sex education alors que je n'ai que 10 ans mais bon c'est trop bien

Jojo 19/01/2019 à 15:11

Excellente série, très bien produite et aussi drôle qu'émouvante ❤

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