Les nouvelles aventures de Sabrina : la Messe Noire de Netflix finira-t-elle au bûcher ?

Simon Riaux | 24 octobre 2018 - MAJ : 26/10/2018 18:24
Simon Riaux | 24 octobre 2018 - MAJ : 26/10/2018 18:24

Curieux projet que ces nouvelles aventures de Sabrina, à la fois remake d’un show culte, spin-off d’une série à la mode, et adaptation de comics ténébreux. Trois salles, trois ambiances et au moins autant de raisons de se rayer la cornée face à un ratage aussi spectaculaire.

 

affiche officielle Netflix

 

BACK TO SABRINA 

Série excellemment bien marketée, Riverdale surfe depuis quelques années sur l’héritage de Twin Peaks, le culte des 80s et plusieurs chapelles à la mode, tout en retranscrivant les univers édités par Archie Comics. De quoi faire les beaux jours de la chaîne CW et de Warner, qui ne tarde pas à commander un spin-off au showrunner Roberto Aguirre-Sacasa. Après quoi sera prise la décision d’hybrider la chose avec un remake de Sabrina, tout en se basant sur la dernière itération en bande-dessinée, lancée en 2014, beaucoup plus sombre, violente et torturée que les précédentes.

Et coup de théâtre, c’est finalement Netflix qui devient le distributeur de ce programme aux airs de pièce-montée pantagruélique. La nouvelle n’est pas fondamentalement illogique. En effet, c’est grâce au rachat des droits de diffusion par Netflix que Riverdale a décollé en termes d’audience à l’international. Logique donc que le géant de la SVoD soit intéressé, ce qu’il a prouvé en commandant derechef deux saisons de 10 épisodes.

Comment faire donc pour aboutir à un récit stable, en dépit de si nombreuses influences, loin d’être toutes compatibles ?

 

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photoDes comics plus sombres que par le passé

 

NARRATIS DEMENTIA

C’est là le premier problème de taille auquel fait face la série : raconter quelque chose et le faire simplement. Avec un seul épisode sous la barre des cinquante minutes, Les nouvelles aventures de Sabrina s’apparente à une tourte à la viande, fourrée au ciment et décorée de clous rouillés. Si de nombreuses scènes tentent de jouer la carte du contretemps, que plusieurs arcs scénaristiques poussent le bouchon de la légèreté autant que faire se peut, l’ensemble reste désespérément pesant.

Il faut dire que le point de départ est terriblement convenu. Sabrina est à la veille de ses 16 ans. Elevée par ses tantes à la mort de ses parents, célèbre couple mixte (humaine/sorcier), elle va devoir prêter allégeance au monde de la Nuit à l’occasion de son Baptême Noir. Seulement voilà, Sabrina est amoureuse d’un garçon et très investie dans le club féministe du lycée, ce qui lui fait se dire qu’elle a mieux à faire que renoncer à son existence de mortelle pour rejoindre l’école des sorcier.e.s…

 

photoLa nouvelle Sabrina

 

N’attendez strictement aucun développement au-delà de cette ouverture avant l’ultime épisode de cette première saison. Qui sont les antagonistes ? Que veulent-ils ? Pourquoi Satan veut-il que Sabrina le rejoigne et quels sont les secrets qui hantent sa famille ? Autant de questions auxquelles le scénario s’efforce vigoureusement de ne pas répondre, se contentant de donner rapidement un peu de background à une poignée de personnages secondaires.

Ainsi, il n’est pas rare de voir un segment aborder une thématique (c’est notamment le cas des 4 premiers), pour l’abandonner brusquement, confirmant une nouvelle fois la tendance à l’embonpoint des séries choisies par Netflix, incapables de jouer la carte du rythme ou du tempo. Bref, faisant le pari du spectateur comateux plutôt qu’investi. En témoignent comment les arcs narratifs les plus intéressants (la paternité de Blackwood, la notion de sacrifice ou de châtiment au sein de la communauté) sont systématiquement éjectées du récit principal.

 

photo, Tati GabriellePersonnages féminins secondaires génériques N° 6487

 

ARTISTICUM SCHIZOPHRENIS

Pour interminables qu’elles soient, ces nouvelles aventures de Sabrina  sont-elles pour autant agréables à regarder ? Que nenni ! Tout d’abord, le projet trahit immédiatement ses origines, et si la chaîne CW n’a rien de honteux, son budget, lui, n’a rien de faramineux. Les décors sont finalement très peu nombreux, le plus souvent pauvres et vides (quand ils ne sont pas maquillés à la machine à fumée), et on sent combien il est difficile de les peupler de figurants.

Le résultat est plus d’une fois embarrassant. Qu’il s’agisse de cette école des sorciers composée de deux pauvres couloirs, ou pire encore d’une mine dont on ne voit jamais l’entrée, et qui demeurera symbolisée par trois cabanons dans un sous-bois, l’imagination est souvent mise à mal.

 

photoPas cher le latex, il est pas cher mon latex !

 

De même, la série n’a jamais les épaules nécessaires pour assumer sa dimension fantastique. Le surnaturel surgit plusieurs fois par épisode, ce qui est plutôt réjouissant et offre à l’ensemble un lot de rebondissements non-négligeables, mais force est de constater qu’à l’image, le résultat tient le plus souvent du ratage extrême. C’est bien simple, on n’avait probablement pas vu effets plus indigents depuis le pilote de Charmed (l’original hein, pas le remake).

Pour masquer un peu la misère, Les nouvelles aventures de Sabrina a recours à un procédé des plus laids : la retouche numérique de la focale, qui floute artificiellement la majeure partie de l’image, afin de diriger le regard du spectateur vers une action bien précise, tout en masquant grossièrement les aspects les plus pauvres qui se trouvent à l’écran. Hélas, le résultat fait plus penser à un filtre Instagram imaginé par le cerveau malade d’un savant fou en descente d’éther qu’à une véritable proposition esthétique.

 

photoUn flou "artistique"

 

HYPOCRISIA MAXIMATA

Ce qui achève de rendre l’objet problématique, c’est le jeu complexe de techniques qu’il emploie pour donner vie à son univers, ce qui définit l’essence de cet univers ainsi que la manière éminemment hypocrite qu’il a de greffer un jeu de « valeurs » en son sein.

Ainsi, Les nouvelles aventures de Sabrina se voudrait un récit éminemment féministe. La majeure partie des actions de notre héroïne sont d’ailleurs dictées par sa volonté de remettre en cause les poncifs du genre, de protéger ses consoeurs des abus masculins, et plus globalement, pointer les oppressions dues au patriarcat. Un programme vaste, d’actualité et bien loin d’être inintéressant, d’autant plus que l’univers de la sorcellerie se prête historiquement, comme symboliquement, très bien à ce genre de thèmes… à condition d’y comprendre quelque chose.

Non seulement le show plaque ces concepts avec un simplisme dangereux mais il n’en saisit jamais les implications. Et la croisade de notre sorcière bien-aimée vire si profondément dans la caricature qu’il est parfois difficile de lui conserver notre sympathie. Cette hostilité croissante du public provient également de la singulière stupidité avec laquelle le scénario maltraite sa propre mythologie.

 

photoSalem est toujours là...

 

Ici, la communauté des sorcières devient une société antique, dirigée par une poignée d’hommes, qui poussent le beau sexe à les vénérer et à se sacrifier perpétuellement pour leur bien-être. Le contresens est total pour qui connaît un peu les représentations plus classiques du sujet, mais n’a surtout jamais l’intelligence de proposer une véritable relecture. Après tout, Les nouvelles aventures de Sabrina a bien le droit de prétendre totalement réinventer les sujets abordés par son récit. Encore faudrait-il que l’ensemble soit poussé par assez de talent et d’ambition pour ce faire.

 

BAPTISMO REVERSO

Ainsi, il en devient presque impossible de s’attacher à cet univers qui agite en tous sens ses références comme autant de clochettes fêlées. On a beau voir se multiplier les chiquenaudes en direction d’Amblin, du Rocky Horror Picture Show, de La Fiancée de Frankenstein, rien n’y fait, le spectacle demeure mortifère.

 

photoLe Seigneur des ténèbres fera un paquet d'apparitions...

 

Et ce n'est pas le jeu des comédiens, tous en surchauffe et à la frontière de la rupture d'anévrisme, qui amoindrira ce sentiment. Pourtant le décor surréaliste appelait bien des interprétations surréelles, mais ici, on a le sentiment que tout le monde a placé le curseur précisément au mauvais endroit. Miranda Otto se prend pour le cadavre de Patricia ClarksonKiernan Shipka est aussi difficilement supportable que dans February, tandis que Richard Coyle essaie de prouver qu'il peut faire pire que dans Prince of Persia.

Pire, le spectacle de ce monde désincarné et déréalisé en finit par devenir quasiment odieux. Quel est-il donc ce lieu où cohabitent paisiblement smartphone multicolores, mignonnes échoppes à l’ancienne, artisans de jadis, mâles au sourire bright et concepts égalitaro-transgresso-intersectionnels ?

Plus qu’un monde fantasmé, déréalisé ou fantasmatique, c’est bien à une dimension parallèle, sorte d’orgasme publicitaire total, dont chaque spectateur contemporain pourrait rêver d’arracher une parcelle, à laquelle nous sommes conviés. Se trouvent ainsi, derrière le vernis de défauts embarrassants, une kyrielle de petits rien qui pourra charmer tout un chacun (gageons tout de même que le rôle minable de Salem agacera à peu près tous les fans de la série culte), mais qui évoquent en définitive un procédé anesthésique éminemment louche et repoussant.

La saison 1 des nouvelles aventures de Sabrina sera disponible en intégralité sur Netflix le 26 octobre 2018.

 

photo, Kiernan ShipkaOn espère que vous aimez les bois. Et le flou.

commentaires

Lucrèce
06/11/2018 à 08:04

Contrairement aux avis énoncés, cette critique a tout a fait percé les travers de la série. Des décors monorails, des personnages tellement caricaturaux dans leur féminisme intersectionnels qu'ils en deviennent insupportables... Les séries et les films sur ce sujet, tels que Buffy, The Craft, ou même l'indigent Charmed avaient le mérite de faire passer un message féministe sans nous l'écraser en plein milieu de la figure, et ils ont réussi à rester dans les annales. Je ne ferai aucune autre référence anale concernant cette version Netflix de Sabrina, du même niveau que l'insupportable reboot de Charmed.

Le Waw
03/11/2018 à 22:28

Bon et bien depuis que j'ai lu votre avis et que je m'étais insurgé contre votre petite vanne sur les makeups, je me suis vraiment mis à regarder. Alors certes ce n'est pas la série du siècle, mais cela reste une excellente série pour ados. Superbement mise en image. Persos attachants, certes des petits emprumpts à Potter. Mais franchement c'est agréable à regarder. Vous y allez une fois de plus un peu fort.

Pour le maquillage en latex dont vous vous gaussiez, il est superbe en mouvement, manque juste un chouilla de texture taches et pigmentation sur la peau, mais il. Fonctionne.

E.Do
30/10/2018 à 12:17

Pour le coup je me reconnait enfin dans une critique de cette série !! Tous les autres sites vantent les louanges de cette série, parfaite pour un bing-watching spécial Halloween, alors que.... non mais c'est quoi cette bouse ??? J'adore Netflix mais entre le choix d'arrêter Sense8 (toujours pas digéré^^) et le fait de mettre du "budget" pour des histoires aussi mal conté, mal interprété, mal réalisé.... WTF ? Merci à EcranLarge de dire la vérité : cette série est malheureusement un raté pour Netflix.

kristo83
28/10/2018 à 20:21

Une série qui tient ses promesses, certes c'est Sabrina et pas true detective, Un parfum de Buffy, des personnages aboutis, des méchants très plaisants, bref du fun et du bon fun ,

Isix69
28/10/2018 à 16:35

Votre critique est injustement dirigé. Après avoir connu la 1ere série, je trouve celle-ci remarquablement bien faite pour si peut de chose à montrer.

Ditscale
27/10/2018 à 16:15

Contrairement à l’avis de cette critique, je trouve cette série plus intelligente et plus réussie que d’autres séries destinées aux mêmes types de public. L’actrice principale est même surprenante de charisme et porte l’histoire avec brio.

Lola
27/10/2018 à 00:46

@melia @solan du gros n importe quoi en ce qui concerne the haunting of Hill House les français ont vraiment des goût de chiotte vous n êtes pas cobtent alors le reboot de charmed est fait pour vous

Melia
27/10/2018 à 00:25

@solan a raison the haunting of the hill house est une grosse bouse avec des acteurs et des actrices aussi nulles qu une vedette de la tele realite niveau talent et cette serie qui est le ponpon de nullité enfin bref le debut de la fin pour netflix

Lola
26/10/2018 à 22:54

On est loin de la qualité magistrale de The haunting of Hill house la je suis d accord avec vous cette serie est une daube abyssal

Simon Riaux - Rédaction
26/10/2018 à 16:28

@Bigood

Est-ce que le snobisme ne serait pas plutôt de considérer que Sabrina ne mérite pas qu'on y passe dix heures, plus quelques autres à écrire une critique ?

Quant à la subjectivité, rappelons deux évidence : l'objectivité, en matière journalistique n'existe pas. Et en matière critique, la subjectivité est la règle.

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