The Handmaid’s Tale saison 2 : la série phénomène de retour dans la violence et le sang

Créé : 26 avril 2018 - Geoffrey Crété
Photo Elisabeth Moss
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The Handmaid’s Tale, succès-surprise de 2017, est de retour avec une saison 2 très attendue.

Sortie discrètement sur Hulu en avril 2017, The Handmaid’s Tale a été un petit raz-de-marée. Venant d'un service qui n'avait jusque là pas créé d'enthousiasme massif avec 22.11.63 ou The Path, l'adaptation du livre de Margaret Atwood, portée par Elisabeth Moss, est pourtant devenu la série incontournable, multi-récompensée et portée par un bouche-à-oreille fantastique.

D'où une saison 2 très attendue. Premier avis sur les deux premiers épisodes, livrés à la presse, et diffusés sur OCS Max.

 

 

PRÉCÉDEMMENT DANS

Dans le monde fantastique de Gilead, la dictature religieuse qui s'est imposée aux Etats-Unis a réorganisé la société, ébranlée par un taux de natalité et des problèmes environnementaux devenus dramatiques. L'équilibre entre les hommes et les femmes a été brisé : eux sont au postes de pouvoir, et elles ont perdu tous leurs droits et libertés. Il n'y a plus de carrière, plus de choix, plus de vie. La femme est classée selon sa fonction, entre les Épouses postées aux côtés des puissants, les Martha placées comme tyrans, et les Servantes, utilisées comme utérus de bien public de foyer en foyer.

Egalement privée de son nom, June est Offred (Elisabeth Moss), l'une de ces servantes, séparée de sa fille et son mari. Installée chez les Waterford pour leur offrir de force un bébé, elle verra sa soif de lutte grandir, tout comme d'autres Servantes organisées autour d'un mouvement de résistance nommé Mayday. Elle rencontrera notamment Emily (Alexis Bledel), qui cache son homosexualité désormais punie par l'Etat mais sera finalement arrêtée et mutilée, avant de se lancer dans un ultime acte de résistance en attaquant ses ennemis sous les yeux de June.

June tombera sous le charme de Nick (Max Minghella), un proche du commandant Waterford (Joseph Fiennes) et également "Eye", espion au service de Gilead qui protège néanmoins celle qu'il aime. Elle tombera enceinte, de lui, et il décidera de l'aider. La saison 1 se terminait ainsi par June qui montait dans une camionnette, après que Nick lui ait demander de lui faire confiance. Seule dans l'obscurité, elle affrontait l'idée que ceci était peut-être un début ou une fin.

 

ATTENTION PETITS SPOILERS À SUIVRE

 

Photo Elisabeth Moss, The Handmaid’s TaleElisabeth Moss, atout de taille de la série

 

EXTÉRIEUR NUIT

L'introduction de cette deuxième saison résume bien les qualités et défauts de la série créée par Bruce Miller. Emmenée avec des dizaines d'autres Servantes au milieu d'un stade abandonné, June est amenée sur un échauffaud, préparé pour des pendaisons à la chaîne. Un moment terrassant d'une horreur pure, où la caméra filme les visages au plus près, captant la terreur sourde de ces femmes réduites au silence par un masque cauchemardesque.

 

Photo The Handmaid’s Tale

 

Puis, une petite musique. This Woman's Work de Kate Bush débarque avec son piano et ses airs larmoyants, succédant à la composition fabuleuse d'Adam Taylor, qui a créé sur la première saison une atmosphère grandiose avec ses thèmes à la fois effrayants, troublants, sensuels et presque épiques. Un parti pris qui brise l'énergie noire de ce début de saison, et pousse la série vers des territoires plus ordinaires de série grand public.

Très stylisée, avec ses ralentis et sa photographie très soignée, The Handmaid’s Tale a eu tendance à abuser des effets pour souligner à l'extrême une larme, une violence ou une horreur omniprésentes dans l'intrigue. Cette première fausse note dès le début de la saison 2, même si elle est isolée, le rappelle.

 

Photo Elisabeth Moss, The Handmaid’s Tale

 

L'AUTRE FILLE

Si le premier épisode avance sur des rails, entre June qui s'échappe vers l'inconnu avec l'aide de Nick et les flashbacks qui reviennent sur sa vie au moment où le chaos s'est mis en place, le deuxième est plus étonnant puisque centré sur Emily. D'abord obscur, puis doux, et finalement mû par une force et une rage insoupçonnés, le personnage interprété par l'excellente Alexis Bledel (Gilmore GirlsSin City) avait marqué les esprits lors de la première saison.

Contre toute attente, elle est de retour, et au cœur d'un épisode qui lui est consacré. Elle a ainsi échoué dans une des colonies évoquées dans la saison 1, où toutes les femmes inutiles ou encombrantes sont utilisées, usées et détruites dans un paysage post-apocalytique de terre toxique. Surveillées par des femmes masquées tyranniques, entassées dans des locaux insalubres, malades et épuisées, elles sont les rebus de la société de Gilead, oubliées dans des nuages de brume inquiétants.

 

Photo The Handmaid’s Tale

 

Ce deuxième épisode ouvre une nouvelle perspective dans The Handmaid’s Tale, en terme de dramaturgie et de décor. Loin de la ville, des maisons et des rues propres, la colonie où est emprisonnée Emily est un lieu de désolation, où elle semble condamnée à mourir. Un cercueil à ciel ouvert où l'épisode met en scène sa force encore bien vivante, à peine endormie, lorsqu'arrive une Épouse déchue interprétée par Marisa Tomei.

Si le talent d'Elisabeth Moss, révélée par Mad Men, est désormais acquis, Alexis Bledel avait été l'une des lumières de la première saison ; et l'actrice brille encore ici, avec un personnage de plus en plus profond, étonnant et violent.

 

Photo The Handmaid’s Tale saison 2, The Handmaid’s Tale Alexis Bledel dans l'horreur toxique

 

HORIZONS LOINTAINS

Jusque là articulée autour de la rage éveillée de June, la série place Emily au centre de l'univers dans un joli pari en terme de narration, qui contribue à enrichir cette deuxième saison. C'est d'autant plus intéressant et évident que la saison 1 de The Handmaid’s Tale se terminait comme le livre de Margaret Atwood, laissant l'héroïne et le lecteur dans le doute quant à son destin.

La deuxième saison avance donc vers l'inconnu, laissant la possibilité aux scénaristes de creuser la mythologie, élargir les horizons et éventuellement replacer les pions en vue d'une intrigue plus large. Que June quitte les rues goudronées et qu'Emily soit un point d'entrée vers les cauchemars embrumés de cet univers laisse entendre que cette saison 2 sera surprenante, et ne se contentera pas de répéter la formule.

 

Photo Ann Dowd, The Handmaid’s Tale Ann Dowd, excellente encore

 

Scènes saisissantes, électrochocs de brutalité, mise en scène chiadée, ambiance fantastique, interprétation excellente, apparitions terribles d'Ann Dowd : The Handmaid’s Tale sait aussi réutiliser ses atouts, de plus en plus solides au fil des épisodes. Voir la série avancer avec une telle assurance, poser un tel regard sur le sexe et la mort, et s'enfoncer de plus en plus dans ce cauchemar dystopique (dans le présent et les flashbacks, terribles), rappelle donc une chose : The Handmaid’s Tale est de toute évidence l'une des créations les plus passionnantes et envoûtantes de ces dernières années.

Si les deux premiers épisodes sont bien insuffisants pour comprendre où va la deuxième saison, ils sont bien assez pour avoir de nouvelles raisons de la suivre de très près.

 

The Handmaid's Tales saison 2, sur OCS Max dès le 26 avril.

 

Affiche

 

commentaires

Le rol’ 26/04/2018 à 18:23

Cette serie est un monument televisuel et malheureusement un echo et constat assez terrifiant sur ce que la societe d’aujourd’hui est a deux doigts de redevenir si on est pas un peu plus vigilant..
Mais putain que c’est dur et plombant a regarder.
Une epreuve mais tellement salutaire.

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