Le Livre de Boba Fett épisode 2 : danse avec les Tuskens de Star Wars sur Disney+

Antoine Desrues | 5 janvier 2022 - MAJ : 05/01/2022 14:32
265
affiche

Après un premier épisode laborieux, Le Livre de Boba Fett déploie son deuxième chapitre sous le signe du retour aux origines de Star Wars.

ATTENTION : légers spoilers !

 

Le Livre de Boba Fett : photo, Temuera Morrison, Ming-Na WenUn bon pressentiment ?

 

Pédalage dans le rétro

Si l'effet de surprise n'a jamais été de mise, Le Livre de Boba Fett avait la balle dans son camp pour se montrer rassurant. Avec à son bord les mêmes équipes que celles de The Mandalorian, la série spin-off sur le chasseur de primes tant adulé n'avait a priori qu'à se reposer sur ce qui a fait le succès de sa grande sœur.

Pas de bol, Lucasfilm a eu la vilaine idée de confier l'introduction de sa nouvelle création à Robert Rodriguez, qui a encore une fois prouvé à quel point ses pseudo-hommages au cinéma Z cachent au mieux sa fainéantise de metteur en scène, ou au pire son absence totale de talent pour la gestion de la caméra.

C'est d'autant plus triste qu'au vu du pedigree du monsieur (à savoir Desperado, Une nuit en enfer et Machete), Rodriguez a surtout servi de caution au Livre de Boba Fett, en tant que réalisateur plus ou moins spécialisé dans la relecture moderne des codes du western, soit l'une des inspirations essentielles de George Lucas. The Mandalorian a, certes, déjà réclamé cet héritage, mais le contexte mafieux de Tatooine dans lequel s'engouffre notre cow-boy au casque vert s'est avéré idéal pour revenir aux origines stylistiques de la franchise.

 

Le Livre de Boba Fett : photo, Temuera MorrisonEnfin un peu de tenue

 

Il est donc rassurant que cette note d'intention, perceptible, mais mal traitée par le pilote, soit enfin au cœur d'un deuxième épisode bien plus engageant, qu'on doit à la réalisatrice Steph Green (rompue à l'exercice de la série, puisqu'elle a signé des épisodes de The Americans, Scandal ou encore Watchmen).

Ainsi, il suffit d'une visite chez le maire de Mos Espa pour iconiser de nouveau la figure de Boba Fett. Par une mise en scène plus soignée, l'ancien chasseur de primes se retrouve au cœur d'un véritable duel verbal, où la position de l'objectif souligne les rapports de force entre les personnages. L'arrivée impromptue d'une nouvelle menace Hutt ne fait que prolonger cette démarche, au travers de cadres amples et symétriques, où notre icône imperturbable essaie tant bien que mal d'affirmer son pouvoir.

Jon Favreau et Dave Filoni y trouvent même l'opportunité de transposer en live-action le personnage de Black Krrsantan, un dangereux wookie chasseur de primes présent dans de nombreux comics Star Wars.

 

Le Livre de Boba Fett : photoWookie'l est mignon !

 

Unstoppable

Mais ce qui fait la véritable qualité de ce deuxième épisode, c'est la gestion du flashback dans le camp des Tuskens. Les hommes des sables qui ont recueilli Boba après sa mésaventure dans le ventre du Sarlacc ont fait de leur prisonnier l'un des leurs, et ont décidé de lui apprendre leurs coutumes. Si ce peuple atypique de l'univers de Star Wars s'est toujours inspiré des Amérindiens, la série assume pleinement de faire de son récit un ersatz de Pocahontas ou de Danse avec les loups. Boba représente l'étranger occidental qui va apprendre les valeurs de cette vie en communauté, tout en aidant cette tribu à se protéger des menaces extérieures.

En privilégiant ce pan de récit par rapport au présent du personnage (on parle tout de même d'un épisode de 50 minutes dédié pendant ses trois derniers quarts à ce retour en arrière), il est clair que Le Livre de Boba Fett peine à émulsionner sa vinaigrette. Tandis que la prise de pouvoir de notre héros en seigneur du crime se fait par à coups peu galvanisant, la série se montre bien plus fascinée par sa manière de refaçonner la légende d'une figure volontairement effacée de l'univers Star Wars.

 

Le Livre de Boba Fett : photo, Temuera MorrisonAtelier bricolage mythologique

 

Privé de son armure, et donc de ses attributs qui font de lui une icône, Boba se réécrit par ce défeuillage. Mais si Rodriguez n'a pas su en faire grand-chose, Steph Green a l'opportunité de réveiller la puissance mythologique de Star Wars, et son rapport à une universalité des symboles religieux, exploités par Lucas depuis ses lectures passionnées de Joseph Campbell. Non seulement l'épisode parvient à développer la spiritualité du peuple Tusken, mais il construit surtout un rite de passage fascinant, où la vision lourde de sens d'un arbre de vie permet au protagoniste de se fabriquer une nouvelle extension de sa personnalité.

On pourrait reprocher à cette écriture son évidence, mais Le Livre de Boba Fett retrouve ici l'humilité bienvenue de The Mandalorian. Plutôt que de bêtement recycler les artefacts de Star Wars sans en comprendre le sens, les séries de Disney+ préfèrent se montrer déférentes aux inspirations de l'univers, et à leurs réinterprétations dans son monde de science-fiction fantaisiste, qui se démarque justement par son melting-pot d'influences culturelles.

 

Le Livre de Boba Fett : photoEntre Solo et cette scène... les trains sont devenus le nouveau moyen de locomotion stylé de Star Wars

 

Là où c'est malin, c'est que Tatooine est depuis sa première apparition sur les écrans en 1977 un désert morcelé, un territoire où tous les êtres qui y vivent espèrent en dessiner les frontières. Face à cette métaphore évidente de l'Ouest américain, la série introduit l'un des éléments les plus parlants de cet imaginaire du western, et du contrôle de cet espace : un train. Non seulement la production design de Doug Chiang et Andrew L. Jones fait encore des merveilles, mais le véhicule donne lieu à une scène d'action tendue et maîtrisée, où chaque wagon apporte son lot de péripéties pour une poursuite assez bien montée.

D'un côté, on ne peut que se réjouir de la manière dont Le Livre de Boba Fett redresse la barre en à peine un épisode. De l'autre, le fossé qualitatif entre le pilote et ce deuxième chapitre ne peut que laisser circonspect quant à l'évolution de la série, d'autant que le double-récit peine encore à prendre corps. Mais au moins, on est obligés de saluer ce (petit) réveil de la Force...

Un nouvel épisode de Le Livre de Boba Fett chaque mercredi sur Disney+ en France depuis le 29 décembre 2021

 

Le Livre de Boba Fett : Affiche

Newsletter Ecranlarge
Recevez chaque jour les news, critiques et dossiers essentiels d'Écran Large.
commentaires lecteurs votre commentaire !
Olvers974
07/01/2022 à 00:10

Pour mettre un terme définitif à l'éternel débat du "le contenu n'est pas créatif .... blabla"
On est tous d'accord je pense ici pour dire qu'il faudrait se détacher de cette chronologie pour explorer des choses encore jamais vues. Mais, il faut préciser que cette série est toujours produite par des fans de star wars, l'équipe de Filoni Favreau ... Et Filoni connait très très bien Star Wars, notamment pour avoir suivi Clone Wars et Rebels et Mando, on ressent la cohérence de ce qui a déjà été fait, le respect et l'amour de l'univers, en y apportant des petites touches de précisions. Comme avec les Tuskens, nous en savons plus sur cette tribu étrange.
Nous ne sommes pas obligés d'avoir des détails sur chaque espèce, évidemment, mais ça permet parfois de mieux cerner certains indigènes dans l'univers ; )
Esthétiquement, ça reste joli, nous ne sommes pas sur le cul au niveau de l'intrigue, mais ça reste beau, maîtrisé, et cohérent !

GuyLuxor
06/01/2022 à 17:33

C'est clair!!
Quand j'entends parler de Dean Cundey, c'est surtout à John Carpenter que l'on pense.

brucetheshark
06/01/2022 à 12:44

@thierry A, Cundey n'est plus le chef op de Spielberg depuis presque 30 ans...

Wade Castle
06/01/2022 à 10:37

Je trouve les jeux d'acteurs des deux personnages principaux pas folichons, Boba Fett surtout dans les combats, je trouve que c'est surjoué, mais ça c'est peut être juste son caractère alors ce ne me choque pas trop on va dire ... et son acolyte tout le temps. De toute façon je ne peux pas supporter cette actrice qui demandé aux fans de créer une pétition pour qu'on la voit plus à l'écran. Je trouve ça très bas comme pratique.
Donc je ne suis probablement pas objectif quant à son jeu d'actrice.

@Jeanjean
06/01/2022 à 09:40

Ce concept d’épice a été introduit dans une autre série Clone Wars dans sa dernière saison dans des épisodes ne se passant pas sur Tatouine.
Donc rien d’inédit mais ils en ont profité pour faire un clin d’œil amusant
Très bonne série au passage

Jean jean
06/01/2022 à 05:26

Sinon, ça dérange personne que l'on parle d'épice en plein désert pendant qu'un train qui ressemble à un ver débarque ???
Série navrante

TONYonPC
05/01/2022 à 22:50

Super épisode, un vrai régale. Je conseille !

Anne Onyme
05/01/2022 à 19:57

L'un des visuels du générique de fin est un bel hommage à Lawrence d'Arabie, avec les hommes des sables courant vers un train déraillé !

Tuk
05/01/2022 à 19:30

Bon épisode. Il se laisse bien voir meme s'il est trés loin de casser des briques.
Je trouve que les combats au corps à corps enuyeux.

Kyle Reese
05/01/2022 à 18:55

Mince ... ça donnerait presqu' envie de regarder.

Plus
votre commentaire