She saison 2 : critique 50 nuances de crime sur Netflix

Clément Costa | 23 juin 2022 - MAJ : 23/06/2022 11:55
Clément Costa | 23 juin 2022 - MAJ : 23/06/2022 11:55

Après une première saison sortie en mars 2020, She est de retour sur Netflix. La série indienne avait créé un petit scandale dans son pays, sans toutefois parvenir à toucher le public international. Écrite par le cinéaste acclamé Imtiaz Ali, She suit le parcours d’une enquêtrice campée par Aaditi Pohankar qui intègre un réseau de prostitution pour arrêter un trafiquant de drogues. Au menu : sexe, crime et rock’n’roll. Enfin presque.

(Very) Basic Instinct

Il est des œuvres qui doivent leur popularité au parfum de scandale qui entoure leur sortie : She en fait partie. Si la série a fait de si bonnes audiences en Inde lors de sa première saison, c’est avant tout pour sa façon de représenter la sexualité. Un scandale à relativiser en gardant à l’esprit que la nudité à l’écran n’existe quasiment pas en Inde. Une pudeur forcément contradictoire avec le thriller érotique qui nous était promis.

Malgré ses grosses imperfections et ses provocations faussement sulfureuses, She avait cependant de vraies qualités. S’il ne fallait en retenir que deux, on citerait tout d’abord un méchant ultra charismatique campé par un Vijay Raaz magnétique. Mais le récit proposait aussi une évolution intéressante à son héroïne. Une émancipation par le sexe qui contrastait radicalement avec la bonne morale conservatrice de son pays.

 

She : photoBriser des tabous en gardant la tête haute

 

Sur ce dernier point, la saison 2 transforme l’essai. Bhumika, notre enquêtrice sous couverture, surmonte ses complexes et ses traumatismes. Elle s’approprie plus que jamais sa sexualité, tout en menant de front une enquête complexe. Si un tel lieu commun n’a rien de choquant pour le public occidental, rappelons-nous qu’il s’agit d’une véritable révolution en Inde.

En revanche, le premier point fort est malheureusement perdu en cours de route. Le départ de Vijay Raaz créait un twist choquant pour conclure la saison précédente. Mais le terrifiant Nayak qui nous était promis pour le remplacer ne lui arrive pas à la cheville. Jamais intimidant, pas particulièrement bien écrit, Kishore fait ce qu’il peut pour lui donner un peu de consistance, mais rien n’y fait.

 

She : photoUn méchant irremplaçable 

 

Guilty of Romance

Dès sa séquence d’ouverture nerveuse et sanglante, cette saison 2 nous promet plus de générosité et d’ambition. On nous annonce plus de sexe, plus de crime et plus de plaisir. C’est là que le bât blesse. L’enquête est prenante, on se prend facilement au jeu de ce réseau criminel obscur. Mais entre l’érotisme et le thriller, les deux genres semblent subir une colocation forcée qui devient rapidement désagréable.

Le problème principal vient en grande partie de la façon qu’ont les réalisateurs Avinash Das et Arif Ali de filmer les scènes de sexe. Jamais plus sulfureux qu’un roman Nous Deux – Collection Charme, la série tombe dans tous les pièges du genre. Les gémissements ASMR sur de la musique électro, le drap qui couvre toujours comme par magie ce qu’on ne saurait montrer, tout y est.

 

She : photoGirls just want to have fun

 

C’est d’autant plus décevant que la série a le potentiel pour nous passionner lorsqu'elle nous plonge dans l’univers de la prostitution. On s’attarde sur le sort de ces femmes, leur désespoir, l’envie d’un futur meilleur pour leurs enfants. Bhumika devient même la porte-parole des travailleuses du sexe au cours d’un épisode, une libératrice qui les pousse à se débarrasser d’un proxénète violent.

Mais en parallèle, She veut absolument nous faire croire à une romance vénéneuse entre Bhumika et l’antagoniste Nayak. On voit bien que le scénario rêve d’un lien pervers façon Clarice Sterling et Hannibal Lecter. Mais dans les faits, impossible d’y croire une seule seconde. Peut-être parce que Nayak n’a pas une once du charme maléfique de Hopkins. Peut-être simplement parce que cette sensualité gratuite avait déjà atteint ses limites dès la première saison.

 

She : photoUn couple torride (non)

 

Alarme fatale

Le nom du showrunner Imtiaz Ali ne dit peut-être pas grand-chose au public occidental. Il était cependant un des arguments principaux de la série en Inde. Cinéaste de génie, il a révolutionné la comédie romantique (Jab We Met, Tamasha) tout en explorant un cinéma d’auteur fascinant (Rockstar, Highway). Malheureusement, ses derniers films sont loin d'avoir fait l'unanimité. Beaucoup espéraient le voir se réinventer avec ce nouveau défi.

Une chose est certaine, Imtiaz Ali a bien infusé tout son cinéma dans She. Pour le meilleur, comme pour le pire. Son amour des dialogues démonstratifs fonctionne à merveille au sein de son cinéma plus auteurisant. Mais pour un thriller, tout semble bien trop forcé. On a par exemple droit au poncif : "Je t’épargne car je veux garder la rage de te savoir en vie". Pour un cinéma volontairement littéraire, la phrase aurait été plutôt belle. Ici, c’est simplement trop écrit et caricatural.

 

She : photoQuand tu méritais une meilleure série

 

Imtiaz Ali est célèbre pour ses films qui changent de registre en cours de récit. Il applique la même formule pour She avec un twist en milieu de saison qui pouvait tout changer. Une idée forte venant apporter une morale bien plus ambiguë… Mais une idée qu’il n’assume pas totalement avec une semi-rédemption trop prévisible lors du dernier épisode.

La passion d’Imtiaz Ali pour l’ambiguïté et les psychologies brisées se heurte au jeu de son actrice principale. Aaditi Pohankar crève l’écran lorsqu’elle campe cette (anti-)héroïne froide et puissante. En revanche, elle passe totalement à côté des séquences d’émotion. Les confrontations avec son ex-mari reflètent parfaitement son malaise avec le registre dramatique. Sa performance est à l’image de la série : irrégulière et tiraillée par trop d’enjeux narratifs.

La saison 2 de She est disponible sur Netflix depuis le 17 juin 2022

 

She : photo

Résumé

Au final, la saison 2 de She s’avère particulièrement frustrante. Entre deux moments de bravoure, on subit un érotisme bas de gamme qui plombe une enquête pourtant prometteuse. Des hauts et des bas reflétant parfaitement les dilemmes artistiques qui préoccupent le créateur de la série. Espérons que la troisième saison, si elle voit le jour, trouvera enfin le bon cap.

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