Snowpiercer saison 3 : critique en roue libre sur Netflix

Mathieu Jaborska | 30 mars 2022
Mathieu Jaborska | 30 mars 2022

La chaîne TNT rattrapant à la vitesse d'une locomotive boostée à la nitroglycérine le temps perdu par la préproduction chaotique de la série, la saison 3 de Snowpiercer vient déjà d'atterrir sur le catalogue de Netflix en France, moins de deux ans (!) après la diffusion du premier épisode de la saison 1. Un rythme de croisière assez impressionnant qui n'explique pas pour autant sa tendance à dérailler dangereusement, pour atteindre de sacrés niveaux d'absurdité. Attention, spoilers !

Zone de verglas

La superbe bande dessinée de Jacques Lob et Jean-Marc Rochette était déjà difficilement adaptable, puisque son idée, sublimée par un noir et blanc cruel, tenait avant tout de la métaphore. Bong Joon-ho avait pourtant relevé le défi en misant sur la progression effrénée de ses personnages, ainsi que sur un discours aussi désespéré qu'anarchiste. La perspective d'une série télévisée n'en paraissait que plus farfelue à l'époque, le format ne pouvant par définition pas se contenter de l'aspect ramassé de son prédécesseur, a plus forte raison quand il multiplie les saisons.

La saison 1 nous l'avait d'ailleurs confirmé, prouvant au passage qu'en l'absence de grammaire visuelle, c'est-à-dire sans réel projet de mise en scène, le concept s'écroulait comme un château de cartes. Et ce n'est pas ses ridicules détours pour gagner du temps (on ne s'est toujours pas remis de l'insurrection mise en pause pendant 6 épisodes) qui ont arrangé les choses. La saison 2 nous apprenait qu'à force de tirer sur la corde, la chose était vouée à virer au spectacle crétin. On dit merci à l'arrivée de Wilford, plus un méchant diabolique de série B qu'une véritable personnalisation du totalitarisme, incarné avec une jubilation non feinte par Sean Bean.

 

Snowpiercer : photo, Sean BeanGuess who's back ?

 

La saison 3 nous informe que la création de Graeme Manson et Josh Friedman a enfin atteint son terminus : les tréfonds du grand n'importe quoi. Dès les premiers épisodes, elle sort une méga-survivante d'un réacteur atomique, donne des visions prophétiques à un héros qu'elle a toujours caractérisé comme pragmatique, qui va par conséquent faire les pires choix possibles avec comme excuse la "politique", et ressuscite des personnages après 9 épisodes (alors que la promo vendait la mèche avant même le premier !) grâce à un énième microtrain de maintenance oublié dans un obscur recoin de la planète glaciaire.

Ces 10 épisodes inventent de nouvelles voies, de nouveaux dangers et même des nuages volcaniques orange fluo (une petite référence aux teintes apaisantes d'Ecran Large ?), selon les desiderata de scénaristes prêts à tout et n'importe quoi pour mener leur intrigue à terme. Toujours empêtré dans ses dizaines d'arcs narratifs secondaires futiles, le récit s'efforce de former des couples et des alliances pour leur accorder des adieux déchirants à la toute fin, quitte à bafouer les règles les plus élémentaires... de la société que le train est censé symboliser.

Les psychopathes avérées depuis 20 épisodes, les docteures Frankenstein du dimanche et les authentiques criminelles de guerre ont quartier libre et budget illimité, quand on ne leur improvise pas carrément une romance façon syndrome de Stockholm à la dernière minute. Comble pour une fiction censée cristalliser la société contemporaine : la série échoue une fois de plus à étudier avec intelligence les différentes populations du train. Celles-ci, très caricaturales, en viennent à croire une utopie qui ferait passer les promesses électorales du moment pour des modèles de sincérité. C'est dire.

 

Snowpiercer : photo, Archie Panjabi, Daveed Diggs"Et là, on leur dit que tu es un ange descendu du ciel"

 

Saoul station

En roue avant sur la voie 9 3/4 du je-m'en-foutisme, la saison 3 de Snowpiercer aurait pu en profiter pour bifurquer du commentaire social bancal au feuilleton d'action de luxe. Les spectateurs ont déjà fait le deuil de toute ambition visuelle (on persiste : en l'absence d'horizontalité dans la réalisation et les décors, l'environnement ferroviaire ne sert à rien). Il ne lui manquait plus qu'une touche de générosité qu'on entraperçoit dans les premiers épisodes, racontant une guerre éclair entre Layton et Wilford, certes improbable, mais assez épique, précédée d'une exploration bienvenue du monde extérieur. Moins contrainte par sa mise en scène télévisuelle, la série respire une fois à l'air libre.

Sauf qu'entre ces quelques épisodes prometteurs et ce final audacieux subsistent ses interminables sous intrigues. Rien ne nous est épargné, du mariage à l'accouchement, et ce toujours afin de nous émouvoir un minimum dans les dernières minutes de la saison. Sauf qu'aux vues du temps d'apparition de chaque protagoniste (mention spéciale à la fille de Roche, pourtant censée représenter un enjeu émotionnel) et du traitement lapidaire de leurs tourments personnels (mention spéciale au deuil de Roche, pur outil narratif camouflé en développement de personnage), on se moque bien de leurs mines éplorées. Seul compte le niveau de stupidité du prochain cliffhanger.

 

Snowpiercer : photo, Daveed Diggs, Mickey Sumner, Katie McGuinnessVivement la saison 9 dans l'espace

 

Alors qu'elle avait tout pour enfin sortir de ses rails, Snowpiercer ronge son frein et nous incite à faire de même, coincée dans les sempiternels décors de studio qu'elle rentabilise depuis deux ans déjà. S'il faut lui reconnaître une volonté d'aller de l'avant, saison après saison, elle a du mal à abandonner son confortable modèle économique, qui lui permet peut-être aussi de les enchainer aussi promptement. Les chaines de télévision américaines et les services de SVoD qui piochent dans leurs programmes sont désormais régis par la loi du flux, et nul doute qu'il y a des exécutifs pour lui attribuer son succès.

Avec sa stratégie, la série pourrait bien malmener plus brutalement encore le principe de suspension d'incrédulité dans le futur. Le double cliffhanger final, anticipant une saison 4 déjà annoncée, semble officiellement la lancer dans un dérapage incontrôlé lorsqu'il fait littéralement péter un missile au-dessus du Transperceneige. De l'autre côté du globe, nos héros sont à deux doigts de sortir la crème solaire, les transats et les mojitos. Plus le choix désormais : il faut abandonner ce décor inintéressant pour s'affranchir complètement du concept initial et pourquoi pas trouver une société secrète de reptiliens réfugiés au centre de la Terre. On ne serait même pas surpris.

Snowpiercer est disponible en intégralité sur Netflix depuis le 29 mars 2022

 

Saison 3 : Affiche officielle

Résumé

Snowpiercer roule allégrement sur la cohérence qui lui restait, mais rechigne à se séparer de ses sous-intrigues ronflantes et de son esthétique formatée. La prochaine sera la bonne !

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Lecteurs

(2.6)

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commentaires
cineman87
12/04/2022 à 15:42

Comment est-ce possible de consacrer autant d'énergie à écrire une critique aussi peu constructive. J'espère que vous vous sentez mieux après avoir descendu la série comme ça car c'est tout ce à quoi votre critique a servi.

Milo
04/04/2022 à 22:16

Totalement d'accord. J'ai enchaîné les facepalms durant les deux derniers épisodes. Une purge.

Johnyco
03/04/2022 à 15:42

Moi j'attends impatiemment la suite. C'est une bonne série. J'en tire beaucoup de leçons de la vie.

Kawak300
02/04/2022 à 19:57

Écranlarge est un gros troll , non mais sérieux, ça descend des films et séries très bien , et ce gratuitement, et ça en idole des médiocre ! Si vous voulez de vrais critique et analyse les gens , un conseil, allez voir ailleurs !

Dirk72
02/04/2022 à 03:02

Franchement je trouve le comédien principal dans charisme, wilford en roue libre totale... Et puis raz le bol des un coup on prend le contrôle du train, et bah non et bah si et bah non et bah si....
Autant se faire le film qui est quand même bien meilleur

Crazy
02/04/2022 à 01:13

Quel ramassis de conneries

Kessy
01/04/2022 à 18:21

Perso je l’a trouve divertissante et cela me suffit ….l

Toma le lecteur très intelligent
31/03/2022 à 23:23

Vous pointez crument mais justement les failles de la série. Mais y a un truc ou vous avez faux. C'est un peu banalement malin de ne voir un intérêt dans le train que s'il y a une métaphore et de l'horizontalité. C'est même un peu didactique comme idée de mise en scène. Quitte à faire simple, faisons vraiment simple. Les trains c'est cool. Un train dans un monde glacé, c'est une idée suffisamment poétique et fascinante pour garder les gens devant la télé pendant 3 saisons médiocres. C'est ce qui se produit sous nos yeux et il faut au moins le voir. Avec en plus quelques moments de dilemmes politiques réussis et le charme de Jennifer Connelly, le train évite de dérailler de justesse. Vous êtes malins, vous auriez du vous en rendre compte.

Simon Riaux - Rédaction
31/03/2022 à 18:35

@rom

Aucune idée.

rom
31/03/2022 à 18:32

Toujours les mêmes arguments bidon pour descendre une série plus que correcte. Qui a écrit cet article de merde ?

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