American Crime Story : Impeachment - critique du scandale Clinton sur Canal+

Alexandre Janowiak | 18 novembre 2021
Alexandre Janowiak | 18 novembre 2021

Ryan Murphy a quitté les rangs de Netflix le temps de quelques semaines pour revenir enfin à l'une de ses créations récentes les plus stimulantes : American Crime StoryAprès avoir retracé l'affaire OJ Simpson dans la saison 1 et l'assassinat de Gianni Versace dans la saison 2, avec plus ou moins de réussite, il s'embarque dans la très attendue affaire Monica Lewinsky dans cette saison 3 Impeachment, disponible sur Canal+ en France.

THE WRONG WING

La saison 3 de American Crime Story s'intitule Impeachment. De quoi laisser entendre aux spectateurs que la procédure de destitution (impeachment en anglais donc) du président Bill Clinton (incarné par Clive Owen, dont le travail sur la voix est impressionnant) sera au coeur de l'intrigue. Évidemment, cette nouvelle saison de ACS évoque régulièrement la procédure, notamment dans la dernière ligne droite des dix épisodes la composant. Pour autant, le récit ne viendra jamais la placer comme le véritable enjeu liant les personnages.

Au contraire, la question de la destitution de Bill Clinton ne sera que la dernière roue du carrosse jusqu'au dernier instant. À tel point que la conclusion de la procédure, même si connue de tous, ne sera jamais montrée à l'écran. Et si c'est plutôt étonnant par rapport au titre de la saison, ce choix scénaristique est tout à fait logique au vu de la volonté de la série.

 

photo, Clive OwenVous vouliez une série sur Bill Clinton ? Ce n'est pas le sujet 

 

C'est bien simple, American Crime Story : Impeachment n'a absolument aucune envie de faire de Bill Clinton la victime de son récit (et ça tombe bien, il ne l'est pas). Le monde médiatique et l'Histoire se sont déjà suffisamment tentés à l'exercice avec succès, alors même que le président démocrate était bel et bien coupable d'un sacré nombre d'actions amorales. Il n'y a qu'à voir la popularité de Clinton au moment de l'affaire, affichant une côte à 73% d'avis favorables de la part des Américains au moment même où sa mise en accusation était votée.

De fait, ce n'est donc pas le destin de Bill Clinton qui intéresse les scénaristes de la série (notamment Sarah Burgess qui a supervisé l'écriture de cette saison 3), puisque tout le monde le connaît, mais bien les véritables victimes de l'affaire (ou les déclencheurs). En dix épisodes, ce sont donc les agissements qui ont mené à cette conséquence politique qui sont au coeur de l'intrigue, permettant de proposer une approche novatrice de l'affaire Lewinsky.

 

Photo Beanie FeldsteinBeanie Feldstein impressionne dans le rôle complexe de Monica Lewinsky

 

THE STORY OF THESE WOMEN

Quelques années après la naissance de #MeToo, mouvement venu bousculer Hollywood, libérer la parole des femmes et leur donner l'importance qu'elles méritent, l'affaire Monica Lewinsky ne pouvait pas tomber plus à point tant ses réflexions sont tristement contemporaines.

Les scénaristes en avaient pleinement conscience tant les parallèles avec le monde d'aujourd'hui sont criants. C'est donc avec pertinence que les événements du "Monicagate" sont racontés à travers le regard des femmes qui étaient impliquées. Un choix narratif qui confère à la série toute sa puissance et son authenticité. Une manière surtout de complètement revisiter la perception de cette affaire mondialement connue, mais aux coulisses et rouages complètement tombés dans l'oubli par le grand public.

 

Photo Clive Owen, Edie FalcoLe personnage d'Hillary Clinton, trop rare, mais au coeur d'un des meilleurs épisodes

 

Parce que derrière l'affaire politique visant Bill Clinton, se cache surtout la relation complexe entre Linda Tripp et Monica Lewinsky. Si la série met en avant les personnages de Paula Jones (Annaleigh Ashford) - qui a mis sur le devant de la scène les comportements inappropriés du président démocrate - et d'Hillary Clinton (Edie Falco en épouse lésée et bafouée à laquelle les showrunners consacrent le passionnant épisode 8), elle se concentre surtout autour des deux collègues et confidentes.

D'un côté, Linda Tripp (incarnée à merveille par une Sarah Paulson métamorphosée), une ex-employée de la Maison-Blanche mise au placard, qui va devenir la confidente de Monica Lewinsky et révéler la relation secrète entre la jeune femme et Bill Clinton. De l'autre, Monica Lewinsky évidemment (touchante Beanie Feldstein), jeune stagiaire naïve éperdument tombée amoureuse du président démocrate. Se dresse alors un portrait passionnant de deux (quatre) femmes, dont la relation ambigüe va provoquer un des plus gros cataclysmes de l'histoire des États-Unis.

 

photo, Annaleigh AshfordPaula Jones, déclencheur périphérique du scandale

 

IT's A TRAP

Leur amitié sincère, de prime abord, va se muer au fil des épisodes en une véritable tragédie, notamment à cause de la trahison de Linda Tripp envers Monica Lewinsky et les secrets qu'elle pensait lui confier à l'abri des oreilles indiscrètes. Une amitié tragique qui vient bousculer durablement les tenants et aboutissants de ce scancale sexuel et de cette fronde politique pour en faire un véritable thriller sur fond de procès. Car les deux personnages sont en fait deux âmes perdues, manquant considérablement d'attention (plus professionnellement pour Tripp, et plus personnellement pour Lewinsky) et qui vont être victime de leurs propres obsession, candeur ou maladresse .

Alors attention, avec dix épisodes d'environ 1h au compteur, la série ne s'empêche pas grand-chose et forcément, elle prend énormément de temps pour contextualiser leur relation. Les deux-trois premiers épisodes pourront ainsi décontenancer avec leur rythme chancelant et leur folle densité (énormément d'infos et de personnages), mais ils sont essentiels à la bonne mise en place du récit et surtout à la caractérisation de Tripp et Lewinsky. 

 

Photo Sarah PaulsonDes enregistrements qui transforment le récit en véritable thriller

 

Sans cette introduction touffue, tout l'objectif de la série aurait probablement été vain. D'abord, parce qu'il aurait sûrement été encore plus difficile pour les spectateurs de véritablement comprendre tous les rouages de l'affaire, puis cela aurait sûrement empêché de développer avec brio le point de vue féminin des deux protagonistes.

Ainsi, Linda Tripp, victime depuis toujours de son apparence repoussante et persuadée d'avoir été vilipendée par le couple Clinton, pensait pouvoir se venger de Bill Clinton en balançant au grand jour son adultère avec Lewinsky, tout en pensant protéger Monica des malheurs que lui faisaient subir le président (la jeune stagiaire tombant régulièrement dans une spirale dépressive infernale à cause de lui). Mais évidemment, les deux étant aveuglées à différents niveaux (la vengeance pour Tripp, l'amour pour Lewinsky), Linda Tripp va finalement emporter sa jeune amie dans un tourbillon judiciaire dont Monica mettra des années à se remettre (elle n'a que 22 ans à l'époque).

 

Photo Sarah Paulson, Beanie FeldsteinUne amitié qui va exploser

 

Car les deux vont évidemment être l'objet de manipulation de la part de camps multiples. Monica Lewinsky est la victime évidente d'un Bill Clinton sournois profitant de sa naïveté. Le président américain est réellement présenté comme une sorte de prédateur avec la jeune stagiaire. La mise en scène étouffe régulièrement Monica Lewinsky face à Clinton et l'antre de son bureau ovale, imposante, se refermant sur elle-même. Mais elle dévoile aussi à quel point Monica, trop émerveillée, ne se rend pas compte du danger qui la guette.

Et une chose est sûre, si la réalisation met en avant la perception des femmes sur l'affaire, elle fait aussi de Clinton un véritable dominant, une personne intouchable aux yeux du monde de par son statut. Pour preuve, la quasi-ouverture de l'épisode 7 avec la déposition de Bill Clinton dans le procès le concernant avec Paula Jones.

Lors de son arrivée, la caméra tourne autour de la prestance du président, entouré par une horde de gardes du corps et avocats. En mouvement, il prend les commandes, accapare l'attention (en lieu et place de la victime) et s'impose finalement comme le leader de la pièce (devant la juge) en imposant le rythme (tout le monde s'assoit après lui et non après la juge), le tout devant les yeux perdus d'une Paula Jones désarmée et statique.

 

Photo Beanie Feldstein, Clive OwenComplexe d'infériorité et abus de supériorité

 

RAGE TO SURVIVE

Au-delà du personnage de Clinton, le récit va aussi montrer à quel point les femmes victimes de cette affaire (ou impliquées) vont être instrumentalisées par les adversaires politiques de Clinton (cet époustouflant épisode 6, la solitude de Paula Jones) pour espérer faire tomber le président, mais également subir l'horrible sphère des médias avides de scoops.

Alors certes, au milieu de ce regard acéré sur l'affaire, la série se perd parfois dans des sous-intrigues mineures à l'image des affres de la polémiste républicaine Ann Coulter ou des papiers volés-trompeurs de Matt Drudge. Non pas qu'elles soient complètement inutiles, puisqu'elles viennent pointer du doigt des enjeux très précis : des soutiens de façades pour Ann Coulter ne cherchant qu'à parvenir à ses propres desseins (aka l'impeachment de Clinton) et de l'autre, la prolifération de fake news avec Matt Drudge (ou plutôt d'un "journalisme" aux méthodes peu scrupuleuses).

Toutefois, elles sont presque anecdotiques dans la série. Tous les deux disparaissent pendant de nombreux épisodes avant de revenir sans avoir de véritables impacts sur le récit (si ce n'est en apportant une dose supplémentaire de mesquinerie plutôt plaisante). Rien qui n'empêche cela dit à la série de décrire de façon pertinente et captivante l'affaire Lewinsky et surtout de dévoiler l'envergure du scandale avec une force authentique, encore jamais vu à l'écran.

 

Photo Cobie SmuldersAnn Coulter, l'horreur à l'état pur

 

Il faut savoir que Ryan Murphy a contacté Monica Lewinsky en personne pour concrétiser la série. Et finalement, Monica Lewinsky, devenue productrice de la série, a pleinement aidé à la construction de cette saison 3 de American Crime Story, en puisant dans ses souvenirs et en s'assurant elle-même de la véracité des situations. Et si sa présence aurait pu venir menacer l'intégrité de la série et biaiser la reconstitution de l'événement, c'est un piège dans lequel ne tombe heureusement pas la série qui ne ménage jamais la jeune Monica.

Dépeinte comme une jeune femme douce et fragile, mais aussi obsessionnelle et ingénue, elle n'est pas épargnée par le récit. Cependant, en la mettant cette fois au centre de l'affaire et en la présentant comme la vraie victime de ce scandale,  la série est véritablement le moyen pour Monica Lewinsky de reprendre le contrôle d'un événement qui l'a totalement dépassée, il y a près de trente ans. Il était temps.

American Crime Story : Impeachment est disponible en intégralité sur MyCanal depuis le 18 novembre 2021

 

Affiche US

Résumé

American Crime Story revient en grande forme avec son excellente saison 3. Impeachment retrace avec minutie les ressorts politiques, judiciaires et médiatiques de l'affaire Lewinsky et réfléchit attentivement à l'impact sur la place des femmes, tout en étant un véritable thriller addictif.

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Lecteurs

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commentaires
Luci1
19/11/2021 à 12:40

Heu ... C'est quoi le projet au niveau du casting ? Choisir les acteurs qui ressemblent le moins possible aux personnages originaux ? Ca n'enlève pas leurs talents d'acteurs, mais ça reste perturbant quand même.

Clinton Loltita Express jet
19/11/2021 à 09:25

ah Monica, les relations "inappropriées" "non conventionnelles " etc...
20 ans avant les Strauss Khan les Weinstein et compagnie,
ils ont depensés plus de 200 millions de dollars à l'époque en frais en tous genre, en 2021 çà donne combien corrige de l'inflatiojn mdr?
Oubliez pas: Mais ils pensent à leurs femmes , à leurs enfants, a leurs proches et Blablabla comme dirait la petite Greta du Giec
en parlant de "reussite "economique; sous Clinton ; à fond dans l;ALENA equivalent de l'UE pour la France, donc un top ratage, un Socilaliste democrate qui torpilla les petites classes USA, pour les big Corp hein?

Kouak
19/11/2021 à 08:45

Bonjour,
@Numberz : PTDR...
Pour la suite des événements, non seulement Bill n'a pas été destitué mais il a été réélu haut la main...Car sa politique économique était bonne...
Quand il a vu ça, il a rit Clinton... ;-)

Numberz
19/11/2021 à 08:02

Nom d'une pipe, ça donne envie.

Keeedz
19/11/2021 à 00:36

Je l'ai trouvé excellente mais j'ai trouvé la fin bâclé j'aurais aimé connaître la procédure de l'impeachement , savoir ce qu'etait devenu Clinton, Linda trapp et Monica un écriteau m'aurait suffit là j'ai du faire des recherches pour avoir des réponses à mes questions. Je suis né après 2000 cette affaire je connaissais pas on l'apprend pas à l'école . Je pense que le public américain doit connaître toutes ces personnes donc il n'ont pas besoin d'explications d'où se partie prit

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