American Crime Story : pourquoi la saison 2 sur l'assassinat de Gianni Versace n'est pas le chef d'oeuvre attendu

Alexandre Janowiak | 18 janvier 2019 - MAJ : 18/01/2019 17:32
Alexandre Janowiak | 18 janvier 2019 - MAJ : 18/01/2019 17:32
Photo Penélope Cruz, Édgar Ramírez, Darren Criss, Ricky Martin
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La saison 2 d'American Crime Story consacrée à l'assassinat de Gianni Versace est terminée. Ses promesses ont été tenues ? Verdict.

ATTENTION QUELQUES SPOILERS !

 

 

DE QUOI ÇA PARLE ?

Après s’être intéressée à l’Affaire O.J Simpson lors d’une première saison extrêmement réussie et au casting en or (John TravoltaCuba Gooding Jr.Sarah Paulson…), la série anthologique créée par Ryan Murphy (American Horror StoryNip/Tuck) se concentre cette fois sur l’assassinat du célèbre couturier Gianni Versace.

C'est l'acteur vénézuelien Edgar Ramirez qui entre dans la peau du styliste italien. Penelope Cruz, elle, incarne Donatella Versace, la sœur du couturier tandis que Ricky Martin s'immisce dans la peau d'Antonio d'Amico, le compagnon du couturier. Enfin, le talentueux Darren Criss interprète le tueur en série et assassin de Gianni Versace : Andrew Cunanan.

Cette saison composée de neuf épisodes (dont nous avions fait un premier bilan ici) s'intéresse donc au déroulé de l'assassinat de Gianni Versace, ses conséquences mais surtout les raisons qui ont poussé le jeune Andrew Cunanan à commettre cet acte.

 

Photo Ricky Martin, Édgar RamírezEdgar Ramirez et Ricky Martin

 

POURQUOI C'EST RÉUSSI...

A première vue, on imaginait que la série tournerait plus autour de la famille Versace que d'Andrew Cunanan lui-même. La vie sulfureuse du couturier pouvait être un terrain de jeu fabuleux pour Ryan Murphy avec ses créations clinquantes, ses couleurs acidulées, son excentricité et son univers vernis dans le Miami bling-bling des années 90. Pourtant, étonnamment, la série va prendre totalement le contrepied de ce qu'on pouvait en attendre.

Loin de se consacrer au couturier, la série va surtout s'intéresser au parcours du tueur en série Andrew Cunanan (Darren Criss). Ici, ce n'est pas la chasse à l'homme relancée contre Cunanan après l'assassinat de Versace qui est au centre des attentions, puisqu'elle ne fera finalement l'objet que de deux épisodes : le premier et le dernier. Au contraire, ce sont les raisons qui ont poussé le jeune homme de 28 ans à réaliser ce crime qui sont étudiées de manière antichronologique.

  

Photo Édgar RamírezEdgar Ramirez endosse le rôle de Gianni Versace

 

Ce choix de narration judicieux va permettre à la série de recroiser les histoires du tueur en série et les événements qui ont forgé son identité. Une manière d'analyser la psyché du personnage dans ses moments d'ombres, de doutes, de dépressions répétées... mais aussi sa sensibilité, sa détermination ou ses amours difficiles.

Mieux, il va surtout être un parfait moyen de développer nombre de thématiques sociales et culturelles tout au long de la saison dans une Amérique encore très attachées aux moeurs et aux valeurs traditionnelles. Ainsi, l'homosexualité (et par extension l'homophobie) est au centre de la série et de l'étude poussée des Etats-Unis, d'Andrew Cunanan ou encore Gianni Versace, ouvertement gay.

Au-delà, la dépression, la solitude, la prostitution, la création, la destruction, le besoin de reconnaissance, la popularité et la célébrité sont autant de thèmes et sujets largement exploités à travers le prisme du serial killer Cunanan.

 

Photo Darren CrissUn serial killer au passé troublant (mais pas si original)

 

Enfin, cette deuxième saison fonctionne avant tout grâce à son acteur Darren Criss. Si l'Américain a tourné dans American Horror StorySupergirl ou encore The Flash, il était surtout connu en France par les fans de Glee où il interprétait Blaire Anderson, un personnage ouvertement gay membre du groupe adverse du Glee club. Dans American Crime Story, il propose une performance totalement dingue et s'enracine profondément dans la peau de son personnage assassin. Il réussit en quelques secondes, grâce à un changement de gestuel, de regard ou de ton... à passer de l'homme touchant, dépressif et émouvant qu'est Andrew à l'assassin froid et psychopathe qu'était Cunanan.

Avec cette prestation exceptionnelle et constante sur l'ensemble des neuf épisodes, le jeune comédien s'ouvre sans doute les portes d'une carrière prestigieuse à Hollywood dans les années à venir.

 

Photo Darren CrissL'incroyable Darren Criss, l'atout majeur de la série

 

... MAIS PAS TOTALEMENT

Malheureusement, American Crime Story : L'assassinat de Gianni Versace n'est pas forcément le chef d'oeuvre que l'on pouvait espérer obtenir après son sublime pilote et son ouverture meurtrière à la fois intense, colorée, dynamique et percutante. A contrario de la première saison consacrée au procès de l'ancien champion de football américain O.J. Simpson qui montait crescendo pour terminer sur un final puissant et essoufflant, cette saison 2 perd en qualité au fil des épisodes.

La faute à plusieurs données. La première : la narration anti-chronologique. Si ce choix permet de développer profondément la psyché du personnage de Cunanan comme on le disait plus haut, elle provoque dans le même temps un désintérêt profond du récit pour le célèbre couturier Gianni Versace. Toute son histoire et l'importance que la série aurait pu lui porter sont donc très vite enterrées au profit de Cunanan. Ainsi, à l'exception de quelques jolies séquences, le passé de Versace ne passionne pas, ses problèmes quotidiens, amoureux, sexuels, médiatiques ou créatifs étant mis en avant trop brièvement au milieu des aventures d'Andrew Cunanan.

 

Photo Penélope Cruz, Édgar RamírezGianni et Donatella, une relation conflictuelle pas inintéressante sur le papier mais mal exploitée 

 

Deuxièmement, à l'exception de Darren Criss, les prestations de l'ensemble du casting de cette nouvelle saison font bien pâle figure en comparaison de la saison 1. Edgar Ramirez manque cruellement d'ampleur dans la peau de Gianni Versace et Penelope Cruz manque de justesse dans le rôle de Donatella Versace et a tendance à en faire beaucoup trop avec son accent italo-américain. Quant à Ricky Martin, il manque de présence et reste le plus souvent transparent à chacune de ses apparitions. Une désillusion globale donc après la folle distribution d'O.J. Simpson menée par Sarah PaulsonCourtney B. Vance ou Sterling K. Brown.

Enfin pour terminer, cette saison 2 n'aura pas su gérer complètement un point important de son récit. En mêlant fiction et réalité dans les premiers épisodes, Ryan Murphy nous présente ainsi Andrew Cunanan de bien belle manière en jouant sur ses rêves de grandeur et sa mythomanie. Cependant, si le procédé fonctionne un temps, il finit par s'essouffler avant de devenir totalement obsolète voire artificielle dans ses derniers instants.

 

Photo Ricky MartinRicky Martin

 

La saison 2 d'Americain Crime Story dégageait une ambiance à la fois sombre et colorée, calme et impétueuse voire épique et poétique dans ses premiers épisodes. Malheureusement, la force initiale de son récit ne tient pas sur toute la longueur et finit par perdre en intensité et efficacité. Reste avec bonheur la performance choc et saisissante de Darren Criss pour garder l'attention des spectateurs. 

La saison 2 d'American Crime Story est disponible en intégralité sur Netflix depuis le 18 janvier 2019. La saison 1 est aussi disponible sur la plateforme.

 

Affiche

commentaires

Marion
29/01/2019 à 22:37

Et bien moi j'ai adoré ! La musique, l'ambiance, les décors, les acteurs.

addicted2chaos
18/01/2019 à 17:58

En même temps Versace...

Antoine
07/05/2018 à 08:48

Pour moi le gros point noir de cette série est la façon non chronologique du récit. Je m'y suis carrément perdu en me demandant quand est ce que les scènes se passaient. Vraiment dommage.
Cela dit ça ne pouvait être que moins bien que l'histoire de Simpson car ce meurtre / procès dépasse l'entendement.

Baneath88
06/05/2018 à 19:47

La saison 2 n'est pas aussi étincelante que la première. Cela dit, comment le lui reprocher, The People v. O.J Simpson étant réussie sur tous les plans (à l'exception peut être du surjeu de Cuba Gooding Jr)? Je trouve néanmoins courageux de braquer le projecteur sur une face peu reluisante d'une Amérique où la réussite prédomine, qu'importe les disparités et illusions qu'elle entretient et le malheureux-ses qui en souffrent.
Sous cet éclairage aussi nocif que salvateur, Andrew Cunanan devient une figure double du bourreau/martyr. Autant produit de cet environnement sectaire et superficiel que martyr de ses propres déconvenues. Personnalité duelle, complexe et contradictoire; une figure tragique comme la télévision en offre rarement. Et Darren Criss s'en saisit avec grâce.
Après, il est vrai que les moments consacrés à la famille Versace ne sont pas des plus fascinants, malgré quelques miroirs tendus avec Cunanan assez saisissants.
Mais je trouve que cette saison 2 demeure une très belle proposition de la part de Ryan Murphy.

Garisson
06/05/2018 à 19:42

Oui, Judith Light, vraiment impressionnante...

Hank Hulé
06/05/2018 à 18:22

C'est le titre qui est mauvais et trompeur. Pas la série.
Moins réussie que la saison 1 ceci dit.
Et tout le côté "à rebours" fait gimmick inutile

Alcatrazz
06/05/2018 à 17:51

Il faut aussi souligner la superbe interprétation de Judith Light, particulièrement émouvante!

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