The Morning Show saison 2 : critique confuse sur Apple TV+

Alexandre Janowiak | 17 septembre 2021 - MAJ : 17/09/2021 17:30
Alexandre Janowiak | 17 septembre 2021 - MAJ : 17/09/2021 17:30

Après avoir subi les affres de la Covid-19 comme le reste d'Hollywood, les affaires reprennent pour Apple TV+. Après le retour de See, c'est maintenant la médiatique The Morning Show qui débarque avec sa deuxième saison sur la plateforme. Après une première saison très réussie, le retour tardif de Jennifer Aniston et Reese Witherspoon est-il à la hauteur ?

FAKE NEWS

Inutile de dire à quel point la saison 1 de The Morning Show avait été une vraie réussite pour Apple TV+. Si les premiers épisodes avaient eu du mal à convaincre, la façon dont la série montait crescendo en intensité lui avait permis de déployer des thématiques passionnantes et de finir dans une explosion salvatrice pour les femmes. Et au-delà, à l'image de la majorité des créations de la plateforme à la pomme, la série bénéficiait d'une direction artistique choyée, remarquable, dont le budget est visible à l'écran à chaque instant (et la saison 2 n'est pas en reste à ce niveau).

Après la déflagration du grand final de la saison 1, on attendait donc avec impatience cette saison 2. Parce qu'après la révélation des personnages de Jennifer Aniston et Reese Witherspoon sur Mitch Kessler (aka Steve Carell), The Morning Show s'ouvrait forcément les portes d'un nouveau monde. Mais malheureusement, jamais cette nouvelle salve d'épisodes n'arrivera à le mettre en place.

 

Photo Hasan Minhaj, Reese WitherspoonDes décors toujours aussi solides

 

Pourtant, dès son ouverture, la série semble mettre les choses aux clairs : il sera question de la Covid-19 dans le récit. Il faut dire qu'après avoir été obligée de stopper son tournage à cause de la pandémie, la série a été complètement réécrite par les scénaristes pour mieux refléter la réalité. Après une rapide conclusion à l'arc de la saison 1, la saison 2 commence donc sur des plans des rues new-yorkaises vides, avant un petit bond de trois mois en amont (fin décembre 2020 en gros) pour mieux mener à ce confinement mondial pas si lointain dans les esprits et l'impact du coronavirus sur la psychologie humaine.

Un préambule alléchant qui aurait donc pu (du) mener à une critique assez poussée de la manière dont a été traitée la pandémie, avec d'abord un regard lointain, désintéressé, voire moqueur, puis une gradation monumentale du danger à venir et une incompréhension/panique général. Et à quelques reprises, la série met bien en avant ce décalage soudain : les présentateurs dansent pendant que des bandeaux mortels du Covid défilent ; certains journalistes veulent couvrir la Covid, mais les dirigeants n'y voient pas son importance ; la Covid deviendra un show en streaming... Sauf que ce n'est qu'une parcelle de cette saison 2. 

 

Photo Jennifer Aniston, Billy Crudup, Reese WitherspoonDes retrouvailles mouvementées

 

BAD BUZZ

Évidemment, après une saison 1 quasi-exclusivement centrée sur le sexisme ambiant de la chaîne UBA et, généralement, sur la place des femmes dans une société patriarcale et la libération de la parole, The Morning Show ne pouvait pas mettre de côté toutes ces questions et réflexions. Mais dans cette saison 2, la série veut aussi parler d'inclusivité et de la place des minorités (ethniques, sexuelles, culturelles, religieuses) dans la société américaine.

Une multitude de sujets passionnants sur le papier, mais qui, traités ensemble, forment un immense bordel scénaristique. C'est bien simple, The Morning Show part dans absolument tous les sens dans cette saison 2. Et forcément, avec autant de thématiques balancées ici ou là, la série ne se confronte à aucune d'entre elles avec la puissance et l'énergie qui menait sa saison 1 et son désir de mettre fin au silence des femmes. Au contraire, elle en vient même à tout dévaloriser tant tout est jeté en pâture.

 

Photo Billy CrudupHeureusement qu'il reste le charisme de Billy Crudup

 

En passant du point de vue de Mitch Kessler et de sa rédemption aux questionnements d'Alex Levy (Jennifer Aniston) sur son véritable rôle dans l'affaire en passant par les doutes de Bradley Jackson et la gestion de Cory Ellison (Billy Crudup), le CEO d'UBA, sur la plainte des parents de Hannah Shoenfeld (la victime jouée par Gugu Mbatha-Raw), la série n'arrive jamais à garder un seul et même cap.

Pire, en changeant de regard à plusieurs reprises, elle finit par perdre de sa cohérence. Difficile de ne pas être dérangé par la manière dont le personnage de Mitch Kessler est écrit. Alors même qu'il est coupable d'agressions sexuelles, son personnage est en pleine rédemption et s'est installé à Rome en Italie, loin de la haine des Américains. Et avec son envie de changer, la série lui donne une voix plus importante que celle de ses victimes et va même jusqu'à carrément, par rapport à sa trajectoire, chercher à créer une certaine empathie envers lui.

Un choix qui veut certainement souligner l'idée que rien n’est tout blanc ou tout noir, que tout le monde a quelque chose à se reprocher (notamment dans la chaîne UBA) et que la cancel culture est un des pires fléaux du monde d'aujourd'hui (les backlash sur les réseaux sociaux au coeur d'une sous-intrigue affligeante). Malheureusement, cela amène essentiellement une ambiguïté un peu gênante au milieu de ce déluge originel de soutien à #MeToo et de sororité.

 

Photo Billy Crudup, Jennifer AnistonAlex Levy dans sa maison de campagne ou un cliché de l'horreur

 

SOAP À LA GRIMACE

La multiplication des personnages enfonce d'ailleurs un peu plus le show dans la panade (même Julianna Margulies déçoit). Suivre l'évolution personnelle des personnages à travers leur cadre professionnel donnait une certaine dynamique dans la saison 1, et c'est un peu le cas également dans cette saison 2.

Cette idée avait même du sens puisque la série faisait des coulisses de cette matinale télévisée un miroir de la société contemporaine américaine et de tous ses problèmes (dont les fausse-apparences). C'était donc le moyen de dénoncer des problématiques réelles et percutantes avec un récit presque meta jouant des codes du divertissement rendant addict.

Mais comme on le disait, cette saison 2 est bien trop bordélique, et elle finit par plonger dans un récit choral délaissant la silhouette de The Newsroom pour enfiler le costume des Feux de l'amour. Beaucoup avaient reproché à la série créée par Kerry Ehrin de sombrer, un peu trop régulièrement, dans le soap opera. Autant dire que ces détracteurs ne sont pas prêts pour cette saison 2 qui n'a quasiment plus rien de la série, un tant soit peu, journalistique de ses débuts.

 

Photo Julianna MarguliesJulianna Margulies à peu près inutile

 

Plutôt que ses thématiques, la série décide vraiment de se concentrer sur ses personnages et leur relation. De fait, il est surtout question d'amour, de désir, de secrets professionnels ou familiaux, de doutes, d'arrivisme... mais pas de grand-chose d'autre. Est-ce que Cory osera aller plus loin ? Alex dira-t-elle enfin la vérité ? Bradley règlera-t-elle ses problèmes avec son frère ? Yanko se sortira-t-il de sa polémique ? Des multiples sous-intrigues qui enlisent le récit dans un feuilleton barbant.

Comme n'importe quel feuilleton, les faux-rebondissements s'enchaînent et se multiplient jusqu'à carrément devenir ridicules. The Morning Show fait alors le grand saut, passant de la tragédie médiatique et sociétale au gros mélodrame lourdingue et pathétique. L'ensemble n'est pas aidé par une mise en scène très plate qui a très clairement subi la pandémie : tout est souvent fermé, ça manque de liberté (sauf dans les trois derniers épisodes) et avec autant de sujets agglutinés dans le même endroit étriqué, c'est la surcharge assurée.

Et enfin, difficile de comprendre comment il est possible que la série repose sur des prestations aussi désappointantes vu le niveau du casting : Reese Witherspoon est en roue libre, Julianna Margulies complètement oubliable et surtout Jennifer Aniston n'arrive jamais à transmettre les tourments d'Alex Levy à cause de son surjeu permanent. Sacrée désillusion.

Un nouvel épisode de la saison 2 de The Morning Show chaque vendredi à partir du 17 septembre 2021

 

Affiche

Résumé

Après sa remarquable saison 1 jonglant habilement entre le pamphlet féministe et le soap opera, The Morning Show s'égare complètement dans une saison 2 brouillonne et pathétique.

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commentaires
Sonny
18/09/2021 à 12:24

Apple TV est sous côté en terme de production de qualité c’est meilleur que Netflix actuellement

Alexandre Janowiak - Rédaction
17/09/2021 à 19:11

@pupett actrices

Covid est un acronyme qui signifie en anglais COrona VIrus Disease, soit la maladie du coronavirus en français.

Maladie étant féminin, Covid est devenue féminin.

pupett actrices
17/09/2021 à 17:31

oh mais elle mute la Jeniffer Aniston, est-elle une femme?
à propos de Covid, il ya un an on parlait de "le covid" et puis ils ont transformé çà en "La covid", Cuieux, une expilcation?
toujours à propos de ""la covid, j'ai vu que J Aniston a degagé tous ses amis, relations non vaccinees,
des sold out, comme toujours,le contraire m'eut etonné

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