Last Chance U : Basketball - critique du prochain phénomène sportif de Netflix

Arnold Petit | 11 mars 2021
Arnold Petit | 11 mars 2021

Après avoir consacré cinq saisons aux équipes universitaires de football américain dans Last Chance U et repris le même modèle pour Cheer, une série-documentaire sur le cheerleading, Greg Whiteley, Daniel McDonald et Adam Lebowitz démontrent une nouvelle fois tout leur talent dans un nouveau spin-off autour du basketball universitaire, Last Chance U : Basketball. Un petit bijou disponible depuis le 10 mars sur Netflix.

SHOOTERS GOTTA SHOOT

Last Chance U est sans nul doute un des meilleurs programmes originaux de Netflix. Pendant cinq saisons, la série-documentaire a parcouru le Mississippi, le Kansas et la Californie pour suivre le quotidien de différentes équipes de football américain universitaires de la National Junior College Athletic Association (plus couramment connue sous le nom de JuCo).

Une ligue rude et pénible, faisant office d'anti-chambre de l'élite, où atterrissent les joueurs en difficulté scolaire, passés par la prison ou venant d'un milieu difficile. Des gamins à la recherche d'une opportunité, qui s'en sont remis au sport pour les sortir de la pauvreté, s'éloigner de la criminalité ou tout simplement reprendre leur vie en main et essayer d'accomplir leur rêve.

 

photoBreakfast Club

 

La rigueur et la sensibilité dont font preuve Greg Whiteley, Daniel McDonald, Adam Leibowitz et toute leur équipe leur ont à chaque fois permis de s'adapter à l'équipe, l'environnement et la communauté dans lesquels ils ont installé leurs caméras pour en tirer des histoires aussi captivantes que poignantes, chacune avec des personnalités et des trajectoires bien distinctes.

À l'instar de Cheer, qui suivait la meilleure équipe de cheerleading universitaire des États-Unis, Last Chance U : Basketball reprend à la lettre ce qui a contribué au succès de sa grande soeur et l'applique au basketball universitaire, toujours avec une réalisation, un montage et une narration d'une impressionnante maîtrise.

Et même si quelques éléments rappellent des souvenirs des terrains de football américain, la série-documentaire délivre un récit à la fois familier et pourtant différent de ce qui a été fait auparavant. Elles continuent de mélanger les scènes du quotidien avec des séquences de match électriques et immersives filmées sous tous les angles, mais avec un regard encore plus intime sur la vie des joueurs, des entraîneurs et de tous ceux qui apparaissent à l’écran.

 

photoWhen in doubt, shoot the ball

 

SO HELP ME GOD

Cette première saison de Last Chance U : Basketball s'intéresse aux Huskies de l'East Los Angeles College (ELAC) pendant la saison 2019/2020. Une équipe avec un potentiel immense, entraînée par John Mosley, un coach qui a relancé l'équipe de l'université et peut se montrer aussi tendre que sévère avec ses joueurs. Un père de famille également diacre et prof de sport ayant préféré sacrifier sa carrière dans les grandes équipes des quatre coins du pays pour rester auprès de ses trois enfants et de sa femme en Californie.

Avec une croyance sans faille et des crises de nerfs dignes de Samuel L. Jackson, il tente lui aussi de gérer les crises d'égo et les troubles au sein de son effectif, composé de jeunes espérant décrocher une bourse ou être repérés par les recruteurs de première division pour pouvoir, un jour peut-être, fouler les parquets de la NBA.

 

photoFather Figure

 

Comme les membres des équipes de Last Chance U, ceux de l'East Los Angeles College veulent fuir leur passé ou bâtir leur avenir et n'ont pas eu d'autre choix que de passer par la JuCo pour panser leurs blessures. Des joueurs qui deviennent cruellement attachants à mesure que la caméra capte leurs sentiments lorsqu'ils sont sur le terrain ou quand ils se retrouvent face à elle : la détresse de Malik Muhammad, un pivot dont le potentiel est seulement limité par sa fainéantise ; la peine de Deshaun Highler, un arrière brillant qui a perdu sa mère et tente de se reconstruire grâce au soutien de sa petite-amie ; ou encore la détermination de Joe Hampton, un ancien prodige du lycée ayant purgé une peine de prison, capable de porter l'équipe vers des sommets, mais aussi de l'emmener au fond du trou à la moindre frustration.

Avec un style propre aux productions de Greg Whiteley, la série-documentaire bénéficie toujours d’une composition aussi sobre que magnifique. En revanche, la musique de Yuri Tománek se distingue de la bande-son habituelle et apporte encore plus de mélancolie à certains plans, tandis que des morceaux de Funkadelic, Roy Ayers, Kool & The Gang ou de rappeurs comme Kendrick Lamar, SchoolBoy Q et Freddie Gibbs viennent ponctuer les matchs et les moments de répit.

 

photoNonstop

 

Good Kid, M.A.A.D City

Contrairement à la cinquième saison de Last Chance U, qui avait profité de la pandémie de Covid-19 et de l'annulation d'une partie de la saison pour aborder la gentrification d'Oakland et s'intéresser d'autant plus à cette Amérique oubliée, qu’elle soit rurale ou urbaine, Last Chance U : Basketball reste pour l’instant focalisé sur l’université et la vie des joueurs. Le tournage a quand même été marqué par la disparition de Kobe Bryant, une icône pour beaucoup de jeunes ayant grandi à Los Angeles et supporté les Lakers depuis leur enfance. De façon inattendue, la fin de cette première saison permet aussi d’aborder le début de la crise sanitaire et les annulations des compétitions sportives.

 

photoTill I Collapse

 

Cependant, les personnalités qui composent le vestiaire des Huskies sont suffisamment riches et singulières pour offrir une histoire qui n'a rien à envier à la fiction, avec tout un passage dédié à la foi de John Mosley ou encore un cinquième épisode hilarant où le groupe part en retraite dans un ranch au beau milieu de la forêt pour entretenir la cohésion d'équipe.

Last Chance U reposait essentiellement sur des individualités qui écrasaient les autres par leur aura. Ici, les joueurs de l’East Los Angeles College se construisent ensemble autour de leurs atouts et de cette figure paternelle que représente John Mosley, celui qui continuera de croire en eux, même si tout le monde a déjà abandonné, y compris eux-mêmes.

 

photoIt Was a Good Day

 

Last Chance U : Basketball sait également tirer profit du changement de sport. La nervosité et l'intensité des matchs de basketball s'adaptent encore mieux à la réalisation que le football américain et permettent d'amener encore plus d'émotion. Les effectifs et les terrains sont moins grands, les visages ne sont pas cachés par un casque et les caméras peuvent donc encore mieux capturer chaque détail, chaque sensation liée à la moindre action de jeu.

Les équipes de basketball disputent plus de matchs que celle de football américain, ce qui permet également à la narration d'avancer à son rythme et de créer des séquences typiques du genre sportif à base d’entraînement, de matchs et de séances de musculation, tout en maintenant la tension de voir l'équipe se qualifier pour les playoffs et décrocher le titre.

Et c'est probablement là où réside toute la puissance de Last Chance U : Basketball (et de Last Chance U et Cheer) : parvenir à nous faire rire, pleurer, trembler et lever de notre canapé pour chaque tir de dernière seconde. Un peu comme s'il représentait autant pour nous que pour cette équipe qui nous était encore totalement inconnue avant le premier épisode.

Last Chance U : Basketball est disponible en intégralité sur Netflix depuis le 10 mars 2021 en France

 

Affiche officielle

Résumé

Même si elle n’a pas la même portée que sa grande sœur, Last Chance U : Basketball marche directement sur les traces de sa réussite et prouve que Greg Whiteley, Daniel McDonald et Adam Lebowitz peuvent vraiment s’emparer de n’importe quel sport pour en tirer un drame humain aussi fascinant que déchirant.

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commentaires
Un Admirateur Secret
14/03/2021 à 01:11

Que d'émotions j'ai ressenti en dévorant cette série !
Il ne faut que très peu de temps pour s'attacher à ces petits jeunes que la vie a essayé de broyer.
Et ce coach... Quelle énergie débordante ! Quel charisme ! Quelle belle aura ! Ces sermons m'ont presque convaincu de me convertir ^^

Metuxla
13/03/2021 à 08:18

J'ai commencé et c'est vraiment top (j'en suis au 4eme épisode). J'ai adoré "cheers" l'année dernière, mon top 3 série de 2020, et la on est dans le même veine, l'originalité du sport en moins. C'est attrayant par le format du docu-série, on a le droit a de vraies tranches de vies, des gueules cassées des héros, des loosers, des moments de complaisances de détestations des comportements. On est dedans. Ce que j'adore par dessus tout c'est que malgré le coté jeunesse difficile et cas sociaux ca n'est jamais larmoyant ou voyeur, les réalisateurs arrivent a respecter cette barrière et c'est pour moi ce qui fait que ca reste un plaisir de côtoyer ces équipes durant ces quelques épisodes.

bxl
12/03/2021 à 20:37

Je viens de terminer cette saison et je trouve que c'est la meilleure de la série. Le fait que le groupe de joueurs soit plus limité que pour le football américain permet de vraiment découvrir les membres de l'équipe même si on se focalisera davantage sur certains joueurs.
Comme indiqué dans la critique, on passe par toutes les humeurs possibles. C'est très bien filmé et mis en scène. Enfin, beaucoup moins de vulgarité que dans certaines saisons précédentes.

Moi
12/03/2021 à 12:52

La grosse différence avec les saisons précédentes, c'est que là où le foot US brasse énormément de joueurs (une centaine par fac sur minimum 5 promo) avec une probabilité faible mais réelle de tomber sur des pépites dignes de la NFL dans des community collège, le basket est bien plus limité dans l'ouverture aux talents "perdus". Au mieux, les meilleurs joueurs auront une bourse partielle dans une petite fac de 2e division. Ça réduit vachement l'enjeu.
Après, il est évident que le basket est plus vendeur à l'international et plus facile à filmer (groupe restreint, pas de casque ...) et que la série devrait avoir un succès plus important

bof
12/03/2021 à 07:12

Sur ma liste! Cette série était complètement passée sous mon radar.

beyond
11/03/2021 à 17:55

Superbe critique. Ca donne envie.

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