The Crown saison 4 : critique confidence royale sur Netflix

Alexandre Janowiak | 15 novembre 2020 - MAJ : 16/11/2020 18:56
Alexandre Janowiak | 15 novembre 2020 - MAJ : 16/11/2020 18:56

Alors que l'immense Mindhunter est à l'arrêt complet après l'overdose de boulot de David Fincher, Netflix peut heureusement compter sur son autre très grande série pour venir redorer son catalogue : The CrownSa quatrième saison est sans aucun doute une des meilleures vues sur le petit écran en 2020, notamment grâce à son triple arc narratif féminin saisissant autour de Elisabeth II, Margaret Thatcher et Lady Diana.

LADY MANIA

Lorsqu'on évoque la royauté britannique, plusieurs noms ressortent avec insistance : celui de la Reine Élisabeth II évidemment, ceux de William et Kate ou du prince Harry... mais si l'un infuse encore bel et bien les esprits de nombreuses générations c'est celui de Lady Diana Spencer. Et dans cette saison 4 de The Crown, c'est justement elle qui fait le mieux rayonner la royauté britannique tout en en montrant les pires facettes.

Son histoire, contée en fil rouge durant ses dix épisodes (dont près de la moitié est consacrée à son évolution au sein de la famille royale), est passionnante. Après une troisième saison fantastique, souvent considérée (à tort) comme la plus faible et largement critiquée pour sa mollesse et sa lenteur, l'arrivée de la jeune princesse de Galles illumine de nouveau la création de Peter Morgan.

Il faudra attendre la prochaine saison pour (re)découvrir la fin tragique de Lady Di, même si elle est largement insinuée à travers les flashs incessants des photographes. Toutefois, sa vie entre 1976 et 1990 (période couverte par cette saison 4) regorge d'instants passionnants, terrifiants, cocasses et surtout attristants qui permettent d'ores et déjà de mieux sonder cette âme troublée.

 

Photo Emma CorrinDerrière la superstar...

 

Car le conte de fées espéré par la jeune Diana Spencer (parfaite Emma Corrin) lorsqu'elle rencontre, à tout juste 19 ans, le Prince Charles (plus âgé de 13 ans) en 1980, va très vite se transformer en véritable cauchemar lourd, insurmontable et phobique. Le montage formidable de l'épisode 2, et notamment sa séquence finale, annonce d'ailleurs la couleur : Diana ne sera qu'une proie sans défense au milieu de cette horde de prédateurs, et son destin semble d'ores et déjà scellé (cette tête de cerf qui en dit long).

Ainsi, le palais opulent et glorieux de Buckingham devient, au fil du temps, une prison dorée où la solitude de la jeune princesse est aussi grande que le vide entourant sa relation avec le Prince Charles. Le fameux "ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants" des contes Disney est loin et, au contraire, ce sont les disputes, les tromperies et les crises de boulimie qui animent les tristes journées de Diana, derrière l'idéal de glamour imaginé par les médias et le public.

Sa personnalité fragile offre une dose émotionnelle sans pareille à la série, depuis ses débuts. Seul personnage capable de montrer ce qu'elle ressent au plus profond d'elle-même, elle est une lueur humaniste, émouvante et tendre. Sans doute trop au coeur de cette famille si froide, austère et insensible. Le Prince Charles (fabuleusement incarné par Josh O'Connor) en prend d'ailleurs pour son grade, lui pour lequel on avait pourtant tant d'empathie dans la saison précédente, mais s'élève en véritable figure shakespearienne, prisonnier, lui aussi, d'une situation qui le dépasse.

 

Photo Emma Corrin... une âme très esseulée

 

LA DAME (ET MÈRE) DE FER

Une autre figure majeure du Royaume-Uni dans les années 80 vient faire rayonner la série, et ce, loin des joyaux royaux : Margaret Thatcher. De retour au premier plan grâce à Sex Education sur Netflix début 2018, Gillian Anderson se glisse admirablement dans la peau de la Dame de Fer, singeant sa posture et sa voix à merveille. Et de manière assez étonnante, la première Première ministre britannique est présentée sous un jour particulièrement humain, elle qui est tout aussi adulée que détestée, pour ses réformes économiques ultra-libérales et ses différents positionnements politiques.

Le moyen parfait de visiter de multiples facettes de l'éminente conservatrice, notamment lors de l'épisode 4 où son fils "favori" disparaît en plein Paris-Dakar. Une immixtion au coeur de l'intimité de Margaret Thatcher qui permet de mieux sonder la personnalité complexe de cette fille de commerçant partie de rien, ayant gravi les échelons à la seule force de sa détermination face au patriarcat aigri, devenue la femme la plus puissante du pays (politiquement parlant) tout en faisant la cuisine à son mari et à ses collaborateurs en pleine réunion de crise au 10 Downing Street.

 

Photo Gillian AndersonGillian Anderson fascinante en Thatcher

 

Cet acharnement quotidien et travail de tous les instants pour évoluer, grandir dans la société, vient, avec brio, se confronter tout au long des dix épisodes au destin tout tracé de la reine Élisabeth II (encore et toujours sublime Olivia Colman). De toutes les relations entre un Premier ministre et la Reine, celle des deux femmes est à ce jour la plus puissante et captivante qui nous ait été donnée à voir dans la série Netflix.

Leur confrontation sur tous les sujets nationaux (IRA, crise économique, grèves, chômage...), internationaux (la guerre des Malouines, l'Apartheid...) et intimes (leurs enfants) fleure l'amour de l'Histoire. Entre jalousie et admiration, les deux éminentes figures du peuple britannique se jaugent, se testent, à longueur de rencontres et de réunions à travers des dialogues ciselés et des joutes souvent jubilatoires.

Et finalement, de cette relation délicate et difficile entre ces deux femmes proches (elles ont six mois d'écart), mais que tout oppose (Thatcher alimente le débat public quand la Reine doit s'en tenir éloigné ; leurs parcours) naîtra un immense respect l'une envers l'autre. La remise de l'ordre du mérite à Maggie par la Reine (distinction accordée à la seule discrétion du souverain) emplit le dernier épisode d'une belle mélancolie, saluant surtout la volonté d'une femme à prendre les commandes d'un monde politique trop souvent dévolu exclusivement aux hommes (la seule véritable tâche qu'elles semblent avoir en commun).

 

Photo Gillian AndersonLa première femme, épouse et mère Première ministre du Royaume-Uni

 

TROIS FEMMES

Avec les présences de Lady Diana et Margaret Thatcher au centre de cette saison 4, la famille royale est donc presque mise de côté dans ces dix épisodes. C'est bien simple, le prince Philip (charismatique Tobias Menzies) est quasiment absent de cette quatrième saison tandis que l'intrigante Margaret (Helena Bonham Carter) n'a le droit à la lumière que dans un maigre (mais poignant) épisode sur l'un des sombres secrets de la famille royale.

Même la Reine Élisabeth II semble largement en retrait dans cette nouvelle salve d'épisodes, dépassée par la beauté de sa jeune belle-fille Diana et la force politique de Margaret Thatcher. On pourra d'ailleurs regretter qu'Olivia Colman, oscarisée en reine dans La Favoriteait été aussi peu exploitée, par rapport à Claire Foy en saisons 1 et 2, dans cette quatrième saison alors même qu'elle signe la fin de son règne dans la série Netflix, elle qui sera remplacée par Imelda Staunton pour les saisons 5 et 6.

Malgré tout, cette quatrième saison lui offre de jolis moments, surtout quand la série continue à allier les petites histoires à la grande. Les saisons précédentes l'avaient fait admirablement à travers plusieurs épisodes qui permettaient, loin des préoccupations familiales ou royales, de mieux appréhender le rôle de la reine, ses doutes et ses inquiétudes. L'épisode 5, concentré sur le désespéré Michael Fagan, un citoyen britannique s'étant infiltré dans le palais royal pour réveiller la reine et lui parler, est sans doute le plus marquant de cette quatrième saison.

 

Photo Tobias Menzies, Olivia ColmanUne période compliquée pour la reine

 

Pour Peter Morgan et ses scénaristes, c'est le moyen de dresser le portrait d'un homme victime des politiques austères du gouvernement conservateur de Margaret Thatcher, et donc celui de millions de travailleurs en difficulté. Le portrait de ce seul homme permet de décrire le quotidien des gens normaux, ceux qui vivent en dehors de Buckingham, loin des salons luxueux et du faste de la royauté, dans un pays en pleine réforme, touché par un chômage de masse et une crise économique monstrueuse.

Et si l'abysse qui sépare les citoyens de la famille royale est connu du monde, les Windsor, eux, en semblent souvent déconnectés. Un gouffre dont Élisabeth II prend conscience, à travers cette intrusion pacifique et insolite, qui viendra marquer son esprit durablement pour la suite de son règne, comme l'ont déjà souvent permis d'autres événements plus ou moins tragiques. Car c'est aussi et surtout ça The Crown : la mise en lumière du monde réel derrière sa fausse perfection. Brillant.

La saison 4 de The Crown est disponible en intégralité sur Netflix depuis ce 15 novembre 2020. Les trois autres saisons sont disponibles sur la plateforme. Les saison 1, 2 et 3 sont également disponibles, fait rare pour une série Netflix, en DVD et Blu-ray chez Sony Pictures.

 

Affiche US

Résumé

Difficile de trouver des défauts à The Crown tant l'alliance de sa beauté, sa densité et sa pertinence en font indiscutablement un des joyaux de Netflix (et du petit écran tout court).

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Lecteurs

(4.8)

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commentaires
francisp
01/01/2021 à 19:27

On peut déjà dire merci à prince harry pour la saison 5 .

Eddie Felson
16/11/2020 à 09:25

@Kyle Reese
« What do do »?
Plonge dedans, s’il y avait un guide Michelin de la série TV, celle-ci aurait ses 3 étoiles haut la fourchette!

ABSFABULEUX
16/11/2020 à 05:14

Du 5 étoiles bien sur !

ABSFABULEUX
16/11/2020 à 05:00

Une saison 4 encore une fois réussie, ce mélange d anecdotes familiales à la rencontre de la grande histoire, le jeu des actrices absolument sublimes, du so british à tous les étages, mais que demande le peuple ? Une saison 5 aussi captivante ! God save the queen et vive le théâtre vivant de Shakespeare...

Kyle Reese
15/11/2020 à 20:23

Rah dilemme pour moi aussi.
Je n'entend que du bien de cette série, mais toutes les histoires et chichi autour de la couronne d’Angleterre me gave en réalité. J'ai regardé du coin de l’œil à une certaine époque des images de la deuxième saisons (tout en jouant aux jeux vidéos) et c'est vrai que ça avait l'air très qualitatif. L'intérêt étant j'imagine de voir les différentes époques avec les grand événement du siècle dernier que la royauté traverse. J'avais bcq aimé l'actrice qui jouait la sœur de la reine qui était son opposé, totalement libre. Bref ... what to do ?

Ozymandias
15/11/2020 à 19:02

Cool je vais la retenter alors !

Numberz
15/11/2020 à 15:40

A cause de la belle deuche qui est cucul sur tout ce qui est famille royale et qui m'en a dégouté à vie (15 ans après avoir fait sa connaissance, j'en cauchemarde encore), ma femme s'est lancée dans cette série sans moi. Et elle adore. Je regrette du coup d'avoir pensé que cette série s'adresse avant tout au fans des histoires des reines et aux hystériques de Stephane Bern tant je vois des éloges.

Du coup, je me referais secrètement la série dans mon coin et bien fait pour mes pensées pleines de préjugés...

Eddie Felson
15/11/2020 à 15:10

Une très grande série, à tout les étages : réalisation, photographie, jeux des acteurs, écriture... un régal! Le meilleur de Netflix, de loin. La S3 était pour moi aussi la meilleur et son épisode 3, « Aberfan », qui retrace l’histoire de la catastrophe d’Aberfan, ayant fait 144 morts en 1966, un vrai joyaux télévisuel.

CINETIM
15/11/2020 à 14:24

@Ozymandias Bien sur que tu peux que regarder les saisons indépendamment, car c'est quasiment calqué sur une vérité historique. Après c'est plus sympa de les voir dans l'ordre pour voir la progression mais sinon oui tu peux commencer par la saison 4 puis regarder la 2 etc...

maxleresistant
15/11/2020 à 14:08

série exceptionnel, parce que l'idée de départ est juste excellente.
L'idée de faire une fresque à travers les âges, qui se concentre sur beaucoup d'événements marquant de l'histoire de cette famille mais aussi du pays. Voir l'évolution de cette monarchie archaique dans un monde moderne qui s'accélère de plus en plus est vraiment passionnant.

J'ai été attiré par l'aspect plastique de la série qui est d'un très très grand niveau, mais je suis resté pour la qualité d'écriture, de la réalisation et du jeu des acteurs.

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