The Haunting of Bly Manor : critique avec fantômes mais sans spoiler sur Netflix

Simon Riaux | 9 octobre 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Simon Riaux | 9 octobre 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Deux ans après The Haunting of Hill House, Netflix et Mike Flanagan reviennent avec un nouveau spectre sériel : The Haunting of Bly Manor. Le réalisateur de Jessie et Doctor Sleep y adapte simultanément Le Tour d'Ecrou de Henry James et Les Innocents de Jack Clayton. Pour nous offrir un nouveau miracle de terreur ?

THE HAUNTING OF MIKE FLANAGAN 

Le défi que devait relever The Hauting of Bly Manor était double. D’une part, ne pas démériter, deux ans après le succès public comme critique de The Haunting of Hill House, d’une autre, s’imposer comme une mini-série fantastique digne de ce nom, quand l’exercice demeure ô combien périlleux. Deux épreuves dont la nouvelle création de Mike Flanagan sort essentiellement victorieuse, sans doute grâce aux partis pris forts effectués lors de sa production. La première saison avait vu le showrunner se reposer sur une équipe de scénaristes pour assurer l’entièreté de la mise en scène et il a ici choisi de faire l’inverse, écrivant tous les épisodes, mais ne dirigeant que le premier, avant de confier à un panel de réalisateur la mise en image de l’ensemble. 

Un choix payant, tant ce nouveau récit semble plus personnel et connecté aux thématiques qui affleurent depuis quelques années dans le corpus de Flanagan. Focalisé sur le motif de l’amour et de ses conséquences, il explore ici différentes incarnations romanesques du sujet, toutes dévastatrices. Amour partagé, amour trahit, amour transcendé, amour oublié... tous les personnages, finement écrits, se répondent et se font écho à la faveur d’un scénario complexe, qui fait toujours la part belle aux ravages émotionnels qu’il narre. 

 

photoRien ne sert de courir, il faut mourir à point

 

Un peu en retrait côté mise en scène, laquelle ne se repose plus en premier lieu sur des tours de force techniques (ne guettez pas les époustouflants plans-séquences qui firent l’impact de Hill House), Mike Flanagan n’en fignole pas moins la dimension plastique de l’ensemble. Niveau photo, il renonce largement aux teintes orangées et bleutées, ainsi qu’à la ouate numérique qui composaient jusqu’alors sa signature. Le résultat est plus sobre, plus précis également. 

Mais c’est surtout en matière de montage que The Haunting of Bly Manor épate. Soignant ses transitions avec un soin maniaque, se réservant des effets d’écho, de vertige ou des séquences à interprétations multiples, l’agencement des différentes séquences est ici l’objet d’un soin et d’une réussite particulière. Et c’est bien le montage qui permet à la série, notamment à son impressionnant épisode 5, de rebattre régulièrement ses cartes et de générer de si puissantes émotions. 

 

photo, Victoria PedrettiOn avait dit qu'on ne tournait pas le dos aux poupées...

 

FAIS-TOI PEUR 

Très clairement, Mike Flanagan n’a pas souhaité émuler les ressorts horrifiques de la saison initiale, et plutôt que de parsemer les épisodes de longues plages horrifiques, il fait le choix d’émailler ses chapitres de très brefs éclats d’effroi. Systématiquement réussis, dosés avec un doigté rare, ses incursions dans l’angoisse ou plus rarement dans l’horreur fonctionnent, mais sont ici systématiquement au service de la dynamique romanesque et tragique de la saison, jamais son point d’orgue ou son cœur palpitant. 

 

photoNouvelle maison, nouveaux secrets...

 

Les amateurs de sensations fortes le regretteront peut-être, mais l’intelligence poétique dont fait preuve le showrunner pour tisser une toile touchante et redoutable force le respect. C’est tout particulièrement le cas durant les segments consacrés au passé de Dani (superbe Victoria Pedretti), qui allient avec grâce concept visuel (ces lunettes vous hanteront un moment), ingénierie scénaristique, et cruauté narrative. Il en va de même pour les nombreux spectres ou reliquats cauchemardesques qui peuplent le récit, tous visuellement inquiétants et portés par une sensibilité terrassante. 

C’est cette dernière qui confère à la seconde moitié de la saison sa très grande puissance. Grâce à une galerie de comédiens impliqués, son profond romantisme refuse toute mièvrerie, toute mansuétude à des héros rongés par leurs démons ou leurs appétits. Et ce, jusqu’à un double épisode final qui abat successivement toutes ses cartes, fantastiques, symboliques et finalement humaines, qui nous laisse le cœur chancelant, se demandant qui, de l’oubli ou du néant, est le meilleur ennemi. 

 

photoUne petite fille qui cache bien son jeu

 

POIRE ET BLANC 

Cette saison est-elle pour autant une totale réussite ? Non malheureusement. Pour élégante et maîtrisée visuellement qu’elle soit, elle prend le risque de ne pas marquer aussi puissamment les spectateurs. Les réalisateurs prenant la suite de Flanagan ne déméritent pas, mais ne s’avèrent pas en capacité de tout à fait sublimer la partition tendue par le showrunner, Paramount TV et Netflix. Et avec un premier mouvement qui opte pour une narration toute en modestie et maîtrise de ses effets, certains spectateurs risquent de regretter l’ouverture de The Haunting of Hill House, ou son orientation plus foncièrement horrifique. 

Enfin, on sait gré à la série, pour se frotter à l’une des deux œuvres qu’elle adapte (Les Innocents de Jack Clayton), de se risquer à proposer un chapitre presque intégralement en noir et blanc. L’occasion était belle d’offrir au spectateur un flashback aussi consistant scénaristiquement que plastiquement, mais on sent le budget bien trop limité et la maîtrise photographique des artistes investis bien trop fragile pour aboutir à autre chose qu’un coup d’épée dans l’eau. Un ratage qui arrive tardivement dans la saison et nuit indiscutablement à l’immersion, sans toutefois lacérer la grâce de l’ensemble.

The Haunting of Bly Manor est disponible en intégralité sur Netflix depuis le 9 octobre 2020

 

photo, Victoria Pedretti

Résumé

En privilégiant l'émotion à l'épate, le romanesque à l'horrifique et la tristesse à l'horreur, The Haunting of Bly Manor prend le risque de surprendre et de désarçonner, mais réussit le plus souvent à émouvoir, en trouvant sa propre voie dans les ténèbres qui peuplent les cœurs de ses personnages.

 

Autre avis Geoffrey Crété
The Haunting of Bly Manor se termine dans un discret feu d'artifice émotionnel, où le vrai visage de ce cauchemar terrassant se montre, enfin, dans toute sa belle mélancolie. Dommage qu'avant ça, la série se cache si longuement derrière l’esbroufe un peu facile d'un programme convenu, et une narration trop éparpillée.
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Lecteurs

(4.1)

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commentaires
Kyle Reese
11/01/2021 à 01:44

Très beau retour de Flanagan pour cette deuxième saison. Je suis ravis car c’est bien différent et du coup pas vraiment de comparaison possible. Ok c’est moins angoissant mais c’est très beau, touchant, sensible, poétique, intelligent. Victoria Pedretti est encore une fois hyper touchante, elle a un jeu incroyable. Le cast est de toute façon très bon. Je suis aussi en désaccord avec la critique sur le fameux 8 ème épisode que je trouve absolument somptueux, une histoire gotique tragique et terrifiante à lui tout seul.
Bref c’est un must. En espérant qu’une nouvelle saison bien différente encore puisse se profiler rapidement à l’horizon.

Mokuren
08/11/2020 à 12:53

Belle critique, qui reflète en grande partie ce que j'ai ressenti avec cette série (même si je suis encore plus enthousiaste) et en plus très bien écrite, ce qui est bien agréable.

J'ai un point de désaccord concernant le flashback que vous évoquez à la fin, et que j'ai au contraire trouvé très réussi. Pour quelle raison dites-vous qu'on sent le budget bien trop limité? Est-ce parce qu'il n'y a pas une multiplicité de décors et d'effets? Selon moi, c'est un parti pris volontaire.

SPOILER ALERT à partir de là :
N'oubliez pas que la personne centrale de ce flashback passe plusieurs années recluse à cause de sa condition et que son âme se retrouve piégé dans un espace confiné. Logiquement, le flashback se cantonne à ce qui se produit dans la propriété, dans ce petit univers étriqué formé par ces quatre personnages. Tout ce qui se passe en dehors de la propriété est hors champ, parce que ça n'a pas d'intérêt. C'est peut-être ce côté claustro qui vous donne une impression de manque de budget, mais pour moi c'est un choix conscient de la part des réalisateurs. Cela reflète la prison mentale dans laquelle se trouve cette personne.

Carli Bruna
18/10/2020 à 17:30

J'avais adoré la 1ère saison mais celle-ci m'a laissé de marbre. Réalisation pataude, scénario inutilement alambiqué doublé d'incohérences (la sœur décédée qui oublie qui elle est et à quoi elle ressemble alors qu'un énorme portrait d'elle orne le hall d'entrée pendant des siècles), c'est une relecture qui dilue le bref chef-d'œuvre de Henry James fonctionnant par son épure et ses ambiguïtés dans un gloubi-boulga de twists incompréhensibles et lassants. Tout ceci donne ainsi lieu à une saison bancale et soporifique qui ne fait presque jamais peur, tout juste sauvée en revanche par des interprètes impeccables. Quelle déception !

captp
12/10/2020 à 22:23

Une belle histoire pleine d'émotion, d'amour et de tristesse qui m'a rappelé, dans certains aspects, the leftovers.
Dommage que pour la partie "horreur" après un 5ème épisodes d'une grande puissance qui laisse présager quelque chose de grandiose on retombe finalement sur du assez banal.
La série se récupère bien par la suite mais manque un peu, pour moi, d'inatendu.
Mais je boude pas mon plaisir et ça reste de très très bonne qualité.
Par contre rassurez moi, Ramin Djawadi à fait la musique ou touche au moins des droits car sinon c'est un énorme plagiat de la musique de westworld.

sylvinception
12/10/2020 à 13:21

Je l'ai fini, et c'est effectivement d'une facture beaucoup plus classique et sobre que Hill House - ce qui ne veut pas dire que c'est raté. C'est très romanesque, poétique et assez triste aussi, je me suis souvent surpris à avoir le "bourdon", surtout dans la deuxième partie de la saison, et la fin est assez bouleversante. L'épisode 5 retourne bien le cerveau - un peu trop à mon goût, et j'ai d'ailleurs parfois dû m'accrocher pour ne pas lâcher l'affaire face à ces histoire d'"absorption" et de rêves.
Par contre désaccord total concernant l'épisode en noir et blanc, quasiment le sommet de la série pour moi, tout simplement sublime.

Ce serait vain de comparer Hill House et Bly Manor, elles sont très différentes, et dans un sens assez complémentaire.
Une autre belle réussite à mettre au crédit de Flanagan en tout cas.


11/10/2020 à 22:43

série nul a chier,y a rien qui fait peur et ces mou du genou,. Et pourquoi qualifier cette série d'horreur alors qu'à aucun moment elle ne sucite l'effroi. On est lassé dès le 2eme épisode, jamais vu une série aussi lente, l'idéal pour s'endormir.

alulu
11/10/2020 à 15:25

The Haunting of Lexomil Manor.

Miju
10/10/2020 à 23:29

plutôt déçu de cette saison si on part sur le côté horrifique. Mais je dois avouer que l'histoire est prenante et le doute est souvent présent . je vais terminer la saison pour voir, mais à priori, je préfère la 1e saison.

Tonton
10/10/2020 à 17:08

J'adore la saison 1. J'aime encore plus celle ci après 5 épisodes. Question d'émotion je pense, l'amour y etant plus présent et fort. C'est un ressenti personnel. En tout cas, Flanagan est vraiment un très grand auteur et le démontre à nouveau

Kelso
10/10/2020 à 00:34

Après 3 épisodes mon ressenti est plus d'ennuis que d'intérêt. C'est très très classique, il n'y à rien d'effrayant pour le moment et visuellement c'est nettement moins beau que la saison précédente, sans doute moins de moyens mis à disposition. Apparemment la série prend son temps pour installer l'ambiance mais bon faudrait pas trop étirer l'histoire non plus, j'espère un peu plus de rebondissements et de frissons par la suite car pour le moment c'est très plat tout ça et ne renouvelle en rien un genre éculé jusqu'à la corde. J'espère que ça s'améliore par la suite car pour le moment c'est une déception, bien loin de la bonne surprise de la première saison.

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