Rick et Morty Saison 4 : critique inter-dimensionnelle

Mathieu Jaborska | 16 juin 2020 - MAJ : 16/06/2020 14:37
Mathieu Jaborska | 16 juin 2020 - MAJ : 16/06/2020 14:37

Dire de cette saison 4 de Rick et Morty qu'elle était attendue relève de l'euphémisme, au sens extraterrestre du terme. En trois saisons, la série frénétique de Dan Harmon et Justin Roiland a laissé une marque indélébile sur la pop-culture et a propulsé ses auteurs au rang de stars de la comédie. Un succès mérité, puisque les 31 épisodes ont réussi l'exploit de convaincre absolument tout le monde, du grand public à la critique, en passant par une belle brochette d'artistes considérant désormais le show comme une référence absolue. La saison 4 découpée en deux parties (la première arrive ce 16 juin sur Netflix) est-elle à la hauteur ? Les avis divergent. Verge.

DE LA DIFFICULTÉ D'ÊTRE GÉNIAL

Certes motivée par un succès d’estime grandissant et une communauté de fans ultra-enthousiastes, la saison 4 de Rick et Morty souffrait dès le début de l’apothéose de la saison 3. Comment se renouveler après 31 épisodes de plus en plus inventifs, culminant dans une fin de saison exploitant, au maximum de ses capacités, un univers d’une richesse presque abstraite ? Clairement, Justin Roiland et son équipe de scénaristes se sont creusés la tête, mais ils semblent totalement conscients d’être parvenus à un standard insurpassable.

Quelque peu prisonniers de leurs propres cliffhangers (Evil Morty est aux abonnés absents), les artistes désormais figures de proue de la pop-culture mondiale ont d’ailleurs démarré la saison avec un aveu de faiblesse éblouissant. Au risque de frustrer des fans aux yeux rivés sur la narration globale, ils se lancent dans un maxi-best-of des thèmes et des tours de force de la série, réexploitant une structure type infaillible, l’infusant de parodies blasées, d’idées de science-fiction brillantes et d’un humour nonsensique redoutable.

 

photoAkira mieux qui rira le dernier

 

A l’instar des 9 épisodes qui suivront, Edge of Tomorty se cherche constamment, entre abandon total et désabusé de l’intrigue développée dans la saison 3, expérimentations en contre-temps et redite efficace de ses acquis.

Bien sûr, la série Adult Swim aurait pu diversifier un peu ses approches pour une nouvelle salve d’épisodes aussi attendue. Cependant, l’aspect bien huilé de la mécanique l’emporte. La parodie reste partout, du déclencheur d’intrigue à la blague en coin de champ. Comme toujours, plutôt que d’égrener bêtement ses références pour faire mousser son public, l’écriture préfère les assumer, quitte à les nommer, afin de construire un univers conçu comme une déclinaison extrême et maladive des thèmes de la science-fiction.

Le rire est familier, donc, mais il est bien présent. Pastiche survolté d’Ocean's Eleven, civilisations de serpents, révolte de campeurs bâtards, armures de Saint Seya jurant dans un univers parasitaire et quêtes médiévales s’enchaînent au rythme habituel de la série, c’est-à-dire sans le moindre temps mort, ou presque. Un sursaut de classicisme forcément décevant ? Pas sûr…

 

photoL'espion qui en savait trop

 

TWILIGHT ZONE

Si le premier épisode représente bien une quatrième saison assumant son incapacité à faire suite aux délires trans-dimensionnels passés, le deuxième révèle des tâtonnement si passionnants et surtout si prompts à bousculer les habitudes des fans qu’ils ont provoqué leur ire. Rick se trouve un coin de paradis pour se soulager de la part de naturel en lui, paradis bientôt souillé par un inconnu, avec lequel il entame une compétition inhabituelle et à double-tranchant. A travers cette histoire volontairement bas du front, les scénaristes se lancent paradoxalement dans une quête inattendue : l’humanisation de Rick.

Ce n’est pas une mince affaire, et l’exercice se passe finalement très bien, avec à la clé un plan final presque bouleversant, un cas d’école dans une saga jusqu’ici centrée sur un duo ne tolérant pas ce genre de sentiments. En cassant de temps à autres la dynamique sur laquelle s’est conçue la narration de Rick et Morty (le grand-père sarcastique et le petit-fils benêt), ces quelques morceaux d’épisodes font part d’une volonté de secouer un peu un cocotier justement déjà déraciné.

 

photo"Ploc"

 

Par conséquent, certains personnages jusqu’ici attentistes ou tout simplement stupides (Beth, Summer, Morty évidemment), sortent de leur état pour un peu voler la vedette à un génie plus en difficulté que jamais auparavant.

Loin de totalement définir ces 10 épisodes, la proposition dérange autant qu’elle enchante, et met en valeur la solution trouvée par Roiland et Harmon pour sortir de leur propre piège : casser un peu les codes pourtant choyés par le public et faire évoluer plus en profondeur les personnages, mais surtout le format, qui ne se contente plus dès lors d’exploiter jusqu’à la moelle un concept de science-fiction précis.

 

photoLe choc des titans

 

DAYS OF FUTURE PAST

Pas très franche à ce niveau, la saison s’est quand même permise des écarts assez notables pour modifier le ton de l’humour, agaçant au passage profondément les fans. Alors que le monde attendait enfin un retour des arcs narratifs des saisons précédentes, Adult Swim a fait le choix de débuter la deuxième session par un épisode aux limites de l’expérimental, cessant de s’attaquer à des concepts scientifiques pour décortiquer sa propre écriture.

Blindé de références au monomythe et autres théories de scénaristes, Never Ricking Morty chamboule toutes les conventions pourtant établies par les premières aventures du duo. Amorce d’un changement radical dans le nature des thématiques explorées ou simple audace effrontée ? Difficile à dire pour l’instant. En effet, ces ruptures, parfois nettes, parfois très complexes et parfois même plutôt émotives, sont clairement trop éparses pour traduire un vrai changement de camp, mais assez présentes pour interroger quant à la suite des opérations.

 

photoLa vraie Space Force

 

Si on exclut un dernier gag post-générique aussi outrageusement long qu’hilarant, la saison se termine sur une note douce-amère et l’une de ces ruptures de continuum tonal introduites avec l’épisode 2 : une remise en question, miraculeuse, de Rick, situation impensable lors des premières aventures de Rick et Morty, où le grand-père tyrannique avait tous les pouvoirs… Cette fin d’épisode cependant blindée d’action et touchante (même si la parodie n’est jamais loin, via la musique), agit presque comme la dernière matérialisation des doutes des créateurs de la série qui ont décidé de creuser lorsqu’ils étaient dos au mur.

Le délire de science-fiction devra-t-il changer pour son propre bien, et passer par une période de confusion nécessaire ? L’avenir nous le dira. Un avenir pour l’instant théoriquement empli de 60 nouveaux épisodes, c’est-à-dire largement assez pour élargir un peu les horizons du show et fuir l’enfermement dans une formule prémâchée, au grand dam de certains fans. Moins de rots et plus de larmes ? Le pari est lancé.

L'intégrale de Rick et Morty est disponible sur Adult Swim (accessible en France via Molotov). La première partie de la saison 4 arrive sur Netflix le 16 juin.

 

photoRencontres du troisième trip

Résumé

Capable de se réfugier dans la formule classique de la série ou de la transgresser avec aisance, cette saison 4 est une transition qui ne s'assume pas complètement. La marque d'une volonté de renouveau obligatoire, mal assurée mais - rassurez-vous - toujours foutrement jouissive.

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commentaires

Gregdevil
17/06/2020 à 10:35

Oui c'est moins bon que les saisons précédentes mais c'est quand même le pied.

Bofbof
16/06/2020 à 16:57

Final space saison 2 etait un carnage, la saison 4 de rick et morty n’est pas autant loupé mais il y a tres clairement quelque chose qui manque. L’alchimie n’y est plus, le rythme, la subtilité, la dynamique des personnages...
Les episodes sont ok mais il n’y a pas cette touche geniale des autres saisons

Skippy
06/06/2020 à 11:13

Cette dernière saison est affreuse, et gênante à regarder. Rien ne va, on enchaîne des épisodes sans cohérence ni contexte.
Je suis extrêmement déçu. Les scénaristes auraient pu pousser l'histoire avec Evil Morty, ou Bird Man devenu un robot, pour créé de vrais aventures qui auraient pu faire évoluer les personnages.
Mais non, à la place, on a des dragons accro au sexe qui se baladent avec des godes au bout de leurs bâtons et une parodie bien bien trop pompeuse d'Ocean Eleven...

syroz
06/06/2020 à 06:22

Une saison dans l'ensemble moins bien construite, inégale et un peu foutraque. A force de cassé le 4ieme mur à coup de boulet de démolition, la cohérence incroyable de la série en prend un coup.
Un peu dommage cette obsession du contre pied permanent, quand il retrouve leur basique (épisode 8 incroyable, un super épisode final) ça envoie toujours autant du lourd.

alex000
05/06/2020 à 12:11

Bien plus décousue que les saisons précédentes, celle ci enchaine les coups de folies sans se soucier de son audience, ils sont en roues libres, ils peuvent ainsi arrêter la série pour plusieurs mois et repartir pour quelques épisodes avant une nouvelle interruption, le contexte familial est passé à la trappe. Personnellement je préférais celles d'avant, mais c'est leur marque de fabrique et les fans sont acquis quoiqu'il arrive

Brick
04/06/2020 à 17:32

J'ai largement préféré cette saison à la troisième,au final.

Et l'épisode avec "la télécommande pour sauvegarder" est directement rentré dans les meilleurs de la série,toutes saisons confondues.

Je ne peux que me réjouir des futures saisons.

Même si c'est parfois limite "bordélique et trop rapide",je trouve vraiment que ça s'améliore de saison en saison.

Définitivement culte,quoi qu'il arrive.

Greg
04/06/2020 à 16:00

Encore un must. Parfois très dur à suivre, mais tellement généreux dans l'écriture et la mise en scène... ce qu'ils arrivent à faire tenir en 20 minutes, c'est très très fort.

Alfred
04/06/2020 à 15:51

Dur de critiquer une série qui passe son temps à se déconstruire, se parodier, s'analyser, se foutre de la gueule des fans et de la critique aussi, etc.
Reste l'émotion que l'on ressent devant. Et c'est pour moi un grand kif.
Et si je doute que les soixante épisodes à venir pourront garder un tel niveau et un tel rythme, c'est pas très grave. Ces 31 épisodes se regardent sans fin.

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