The Expanse saison 4 : critique qui recharge son flingue

Lino Cassinat | 22 décembre 2019 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Lino Cassinat | 22 décembre 2019 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Annulée par SyFy alors qu'il restait cinq bouquins déjà écrits (ainsi qu'un dernier tome final à paraître en 2020) à adapter, The Expanse a été sauvée in extremis par Amazon Prime Video. Quel est le résultat de cette saison 4 qui aurait pu ne jamais voir le jour ?

THE EXPANSE, LA VRAIE CETTE FOIS

The Expanse redémarre quasi exactement là où on l'avait laissée en fin de saison 3. Grâce à la technologie alien des anneaux, l'Humanité s'apprête à devenir (inter ?)galactique. Les grands gagnants de l'affaire sont les Ceinturiens, devenus une quasi-nation crédible qui a officiellement un contrôle partagé de la station qui gère les anneaux, mais qui en est le gestionnaire de fait, tandis que Mars est plus ou moins revenue dans le giron de la Terre. De son côté, l'infernale protomolécule ne donne plus signe de vie.

Cette saison 4 s'ouvre donc sur de tout nouveaux thèmes pour la série et elle se referme sur la conclusion logique de ce constat introductif : The Expanse est en redémarrage système. D'où une saison entière de transition, plus politique, moins spectaculaire et moins palpitante : cette saison 4 est la moins bonne de la série jusqu'à présent. Attention, cela ne veut pas dire qu'elle est nulle pour autant, ou qu'il ne se passe rien. Au contraire d'ailleurs, il se passe beaucoup de choses, mais par nature les temps de paix sont plus difficiles à rythmer à l'écran que les guerres et les batailles.

 

photo, Cas AnvarOui, bonjour, ce serait pour commander de l'action à livrer

 

100 BALLES ET UN MARS

The Expanse arrive même à mettre sur pied un véritable paradoxe : son arc narratif le plus intéressant sur le fond est aussi le moins prenant. Cet arc, c'est celui de Bobbie, ancienne marine martienne laissée pour compte dans les oripeaux du rêve de la nation guerrière de Mars, devenu instantanément obsolète depuis l'ouverture des anneaux et l'accès à des planètes colonisables sans terraformation.

Mars est désormais un gigantesque chantier abandonné à cause de la découverte de nouvelles terres, une nation spartiate peuplée d'anciens combattants inutiles en temps de paix dont le peuple autrefois si rigoureux et dévoué à sa patrie se retrouve contraint de vendre ses infrastructures à la découpe pour survivre.

 

photo, Cas AnvarC'est moi ou ma planète a changé ?

 

L'arc martien et sa description des vétérans de guerre en plein déshonneur sont franchement passionnants, et reproduisent ce qui rend la SF de The Expanse si passionnante depuis ses débuts, à savoir une connexion très forte avec notre époque. Pourtant, il est trop séparé du reste des personnages et tributaire de l'immobilisme politique global. Les aventures de Bobbie se suivent mollement, malgré un plan-séquence d'action final qui vient dynamiser le tout au dernier moment.

Un plan-séquence assez spectaculaire rendu possible par l'allonge visible budgétaire qui a été accordé par le grand Satan Jeff Bezos lors du passage de la série sur Amazon Prime Video. Mais cette nouvelle manne est à double tranchant et pourrait, elle aussi, avoir contribué à l'alourdissement général du rythme structurel de The Expanse.

Plus de moyens signifient plus de décors, mais donc plus de dispersion narrative. La greffe de Ilos, nouvelle colonie humaine et quatrième grand théâtre de la série, se fait un peu au détriment des trois autres traditionnels. La bataille électorale de Chrisjen sur Terre ne manque pas d'attrait, mais elle est réduite au strict nécessaire. Quant aux embrouilles ceinturiennes, elles sont quasi-inexistantes et animés par un Marco Inaros, nouveau grand méchant beau gosse à mèche franchement peu saisissant.

 

photo, Dominique TipperLe conflit personnel de Marco avec Naomi est un peu simpliste...

 

ILOS À MOËLLE

Il ne faut donc pas beaucoup d'épisodes pour comprendre que le principal arc opérateur de la saison 4 est bien celui d'Ilos, tandis que la Ceinture, Mars et la Terre entrent dans un état larvé pour mieux préparer une saison 5 (déjà commandée), qu'on espère beaucoup plus explosive, ce qui risque bien d'être le cas vu la promesse de l'ultime image de cette saison 4.

Alors donc, pendant que tout l'univers recharge son flingue, peut-on se satisfaire de l'os Ilos, premier grand décor extérieur de la série et plus gros déploiement de moyens de la saison, afin de patienter ?

 

photo, The Expanse Saison 4Bienvenue sur Ilos

 

Globalement oui, même si c'est un peu mitigé là aussi. Personne n'est dupe, là encore, que The Expanse prend visiblement le temps de reculer pour mieux sauter (on l'espère), et que les péripéties qui nous sont jetées au visage cherchent surtout à nous faire patienter et balancer plus de symboles chrétiens que jamais.

Mention spéciale aux limaces de l'espace, aventure-diversion complètement inconséquente pour l'intégralité des personnages majeurs comme secondaires et ne sert qu'à bien faire comprendre au public que James Holden est bien un cosmo - Jésus Christ.

 

photoVous voyez cette colline là-bas ?

 

D'abord prometteuse, l'exploration d'Ilos perd en intensité dans sa seconde partie, et il faut bien admettre qu'une fois le mode survie enclenché, le spectateur n'est maintenu éveillé que grâce au nouvel antagoniste Adolphus Murtry. Un véritable serpent visqueux à l'énergie infecte, incarné avec brio par un Burn Gorman au top du numéro classique, mais toujours fondant du "méchant que vous allez adorer détester".

Son ingéniosité malveillante pousse le spectateur à ne jamais baisser sa garde, et avec en sus l'antagonisme fort et bien écrit qu'il crée avec Amos, Murtry porte un segment somme toute mené avec un classicisme SF un brin désuet. À tel point que le curseur de sa vilénie aurait même pu être poussé encore plus loin, et qu'on attend de pied ferme sa mue définitive en parfaite ordure.

 

photoBurn Goreman, ou LA tête de vilain

 

Burn Gorman s'avère un excellent maître des horloges pour les évènements d'Ilos, qui avaient bien besoin d'un coup de main. L'exploration de la planète et ses mystères était censée remplacer la guerre, mise en pause, mais le terrain pourtant gigantesque est assez sous-exploité.

Après une impressionnante catastrophe naturelle, le ralenti global de la saison vient contaminer également cet arc narratif, qui se retrouve littéralement à vivoter dans des ruines en attendant l'embrasement du dernier épisode, en compagnie de personnages secondaires temporaires trop minces (Okoye ou Felcia sont loin de Prax Meng et Jules-Pierre Mao) et avec pour seule toile de fond le sempiternel racisme entre Ceinturiens et Extérieurs. À l'aune de la saison entière, ce n'est certes jamais totalement ennuyeux, mais ce n'est clairement jamais totalement prenant non plus.

La saison 4 de The Expanse est disponible sur Amazon Prime Video

 

Affiche officielle

Résumé

D'abord intrigante, cette nouvelle portée finit par perdre un peu le fil. La saison 4 rebat les cartes à grande échelle et prend son temps, mais on peine à percevoir les conséquences concrètes, la faute à des arcs narratifs trop en vase clos. Cela produit malheureusement une certaine baisse d'implication, mais pas de vrai désengagement pour autant. On ne lâche donc pas la série, mais on espère que The Expanse a ralenti la cadence pour bien planter son décor et canarder un vrai feu d'artifice en saison 5, qui se doit de viser plus haut.

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Lecteurs

(3.5)

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commentaires
pb d'âge
12/02/2020 à 13:00

Bon la série est partie pour nous calquer les livres, ce qui implique suivre une évolution à la viking, hors à la fin de la saison, on peut remarquer le début d'un pb, avec le fait que nagata et inaros n'ont pas l'air assez vieux par rapport à leur gosse, surtout si on doit considérer qu'elle n'a pas eu son gosse à 10 ans. Si à la saison prochaine ils ne prennent pas un coup de maquillage vieillissant, ça va vraiment faire très étrange, comme dans les saisons vikings, où ont est jamais sûr si les mères des persos, sont pas plutôt leurs femmes, leurs soeurs, tellement ils sont sur la même génération.

Murray
28/01/2020 à 00:25

Mouais.. j'ai eu l'impression de voir un long métrage ou une trilogie en terme de durée, donc trop court pour une série, mais aussi trop lent, c'est mou bon sang ! Ça peut avoir son intérêt mais ici je trouve que ce n'était pas justifié, quand tu sais que t'as ton taf de narration à gérer sur dix épisodes, il faut trouver le moyen de faire durer le plaisir et ça nécessite un sens assez pointu du rythme, savoir parfaitement doser l'équilibre entre les temporalités du récits afin de donner le mieux possible l'illusion d'une saison plus longue et plus dense qu'une saison de dix épisodes, il faut savoir tricher avec notre cerveau et nous faire voyager à moindre frais, ici ça part vraiment trop dans tout les sens et ça aurait été génial sur une longue saison avec au moins le triple d'épisodes, je trouve que c'était vraiment pas malin de diviser autant la narration, il aurait été bien plus judicieux de se limiter à deux arcs narratifs parallèles maximum, et se contenter d'apparitions anecdotiques et brèves des personnages secondaires ou bien simplement de les intégrer à l'arc principal. Bref je trouve que d'un point de vue gestion du temps et du rythme cette saison cinq contraste beaucoup avec les précédentes qui étaient pourtant déjà passablement lentes et laborieuses, un peu comme les débuts de Dark Matter qui était pourtant tellement plus chouette et ultra prometteur, je suis vraiment dégoutté de voir que ce qui "remplace" en quelque sorte Dark Matter c'est cette série insipide et si peu innovante, en effet beaucoup de similitudes avec BSG et même Stargate SG1 par moment, on y retrouve même du Starship Troopers.. et puis cette hard SF qui n'en n'est pas du tout, rien n'est vraiment justifié scientifiquement, la science est à peine un background, un vague et lointain fond ambiant, nombre de questionnements sans réponse à ce sujet là, des incohérences fréquentes.. Et cette protomolécule (même le nom ne fait pas sens), un véritable gloubiboulga pseudo-scientifique, comme cette histoire de traitement anticancéreux qui serait la raison pour laquelle Holden n'a pas été affecté par le machin vert - qui ne sera d'ailleurs lui non plus pas expliqué - c'est gratuit, on n'aura pas d'explication, ta gueule c'est magique, le machin contre la cancer bha ça marche aussi contre le truc vert, voilà, je laisse finir le travail de narration j'ai un peu la flemme, déso pas déso.. bref, c'est pas ce que j'appelle de la hard SF désolé, il y a tellement de choses qui ne vont pas, des mouvements impossibles en impesanteur, les trajectoires courbes de certains objets sans qu'une assistance gravitationnelle ou autres ne puisse les expliquer, et je ne parle même pas des phénomènes mystérieux sur Éros, puis Ilos et simplement l'anneau et sa "station".. disons que ça fait partie de l'intrigue centrale mais c'est là encore une facilité qui m'agace autant qu'elle me désespère parce qu'une fois de plus, là où on pouvait peut être nous fournir des pistes d'explication scientifique, il n'y a rien du tout, c'est d'une gratuité insultante et cette facilité narrative qui m'exaspère car tellement fréquente... etc.. Et puis ce nombrilisme, cet ethnocentrisme suintant à travers une énième trame narrative sur fond quasi religieux, cette mission christique, mais que c'est chiant bon sang (et puis tellement pas discret en plus de ça) à toujours vouloir rattacher l'espace (qui devient alors un prétexte) aux dogmes transpirant le moralisme religieux, on ne pourrait pas avoir des personnages iconoclastes, plus complexes, plus imprévisibles, plus politisés, vraiment dans l'émancipation ou carrément anarchistes pour une fois, c'est trop demander de nous épargner ces ces marionnettes sans âme, ces personnages de surface caricaturaux, transparents, insipides et hélas encore si récurrents dans les séries, surtout lorsqu'elles se situent dans l'espace. Au final le seul personnage que je trouve vraiment intéressant c'est paradoxalement celui qui IRL me répugnerait le plus, et encore je suis presque sûr que c'est parce que je suis tellement désespéré que je compense et vois en ce personnage on ne peut plus vide qu'est Amos, quelque chose de passionnant alors qu'en réalité il est surtout très con, le type d'ordure pro-peine de mort et pro-armes et totalement désemparé et flippé dés lors qu'il ne peut plus tuer ou violenter autrui. Pourtant ce personnage m'a captivé car il est justement encore plus vide que les autres, ce qui invite à combler ce vide par l'imagination et la raison en y projetant nos fantasmes c'est un personnage ouvert, on peut encore y projeter pas mal de choses mais je doute que ce fut volontaire de la part des scénaristes et dialoguistes, on verra bien si son profil s'enrichit considérablement à l'avenir mais j'en doute, il semble avoir son rôle bien casé dans la sainte trinité du crew Rocinante.

Darth piem
27/12/2019 à 16:04

Pour les amateurs de sf "réaliste", cette série est un pur plaisir. Intrigue politique, conflit interplanétaire et technologies alien sont habilement extraites des livres et mises en scène à l'écran. La saison 4 marque un tournant à la série dont le conflit va prendre une toute autre envergure. Si elle peut sembler lente, ça parce qu'elle correspond aux tomes les moins bons de la série. Toutefois, si certains critiquent le manque de rythme de cette saison, c'est parce que nous sommes loin d'une série sf grand public et c'est justement ce qui fait la force et la beauté de thé expanse.

Nileju
24/12/2019 à 13:45

A mince !
J'avais abandonné la série, et je m'y suis tenu remis car les trailer étaient superbe.
Bon ceci dit c'est pas étonnant que cette saison soit moins bonne tout simplement parce que les bouquins le sont moins aussi, mais là bonne nouvelle c'est que les saison suivantes qui vont montrer les deux de cibola et les jeux de Némésis devraient être superbes, même si la protomolecule sera moins présente.
Je suis complètement fan des livres et je pense que la série auraient mérité un budget plus conséquent.
De meilleures acteurs aussi. Amos ne correspond pas du tout au Amos du bouquin, l'acteur qui joue Fred Johnson est très mauvais, le Holden de la série manque de charisme.
Bref lisez les bouquins.

Titange
23/12/2019 à 12:39

Le contexte est différent, plus centré sur les personnages principaux... C'est surtout ça, et ça va en comparaison avec la saison 3 qui intègre un enjeu intergalactique majeur.
Après je trouve toujours que la série garde son âme et devient de plus en plus grandiose. Le chef-d'oeuvre était déjà aux 2 premières saisons... La 3eme la rendait culte. Cette dernière saison pour moi, confirme bien qu'il n'y a pas eu mieux dans le genre... Et surtout a la télévision.

Kouak
23/12/2019 à 12:26

Bonjour,
effectivement un ton en dessous, mais la suite devrait "percuter"...
Ils avaient su, jusqu'ici, alterner scènes de dialogues avec petites scènes d'actions...
Ici les blablas s'enchainent et la perte de rythme se fait ressentir...
Mais bon...
Je suis toujours aussi fan...
Rien que pour le soin apporté aux détails...
Une fenêtre en arrière plan ; Il y a a toujours un truc qui passe...Au loin...
Des bestioles qui tombent du "ciel" : on prend soin d'en faire apparaitre sur les bâches qui protègent les gens... Etc...Etc...
C'est anodin, mais c'est ce genre de pt'ites choses qui prouvent que la production / réalisation ne se fout pas de nous...
Vivement la S5 !
Bref...

Benima
23/12/2019 à 01:34

Et dire que j'ai lu que la saison 4 faisait accéder la série au rend de chef d'œuvre... Je suis moi aussi plutôt réservé sur celle-ci. Et pourtant qu'est ce que j'aime cette série, son côté hard sf et l'aventure était bien dosé jusque ici. Mais là, on sort de la saison encore sur sa faim, avec l'impression d'avoir vu une demi saison en fait. L'exploration des nouveaux mondes est excitant, mais tellement réduit à juste survivre sans chercher à comprendre d'où viennent ces structures, que sont devenus les civilisations passés, et qu'est ce que c'est que cette planète et ces lunes finalement.... Et le "méchant".. Pff on croirait retrouver celui d'Avatar, juste un personnage antipathique sans cervelle. Rahhh pourvu que l'augmentation du budget ne rime pas avec plus de fx et moins de travail sur l'histoire !! Pour quand la s5 ?

Blue Walker
22/12/2019 à 21:20

J'ai lu les spoils des bouqins sur les wiki, et si on suit la trame canon, la série va adopter l'évolution scénaristique de la série Vikings, et je suis pas sûr que le niveau des personne qui s'occupe de jouer, de mise en scène, de réal, des dialogues, de découpage à l'intérieur des saisons, soit à la hauteur d'une telle évolution. Il n'y a rien dans l'écriture de la série et de la mise en scène qui démontre, que ces gens sont capables de réaliser une histoire qui va se dérouler sur des dizaines d'années.
Peut être qu'il aurait été mieux dès cette saison de s'éloigner des livres, ou de se focaliser sur cette période uniquement où l'humanité découvre d'autres galaxies. J'ai très peur de la suite, alors que j'ai toujours aimé la série, à quand le blu ray !! ^^

Thibob13
22/12/2019 à 18:40

C'est vrai que un peu en dessous des autres saisons mais comment faire après une saison 3 qui termine de façon si grandiose que forcément ça demande un redémarrage et une mis à plat des enjeux. Mais ça reste une excellente série...

syroz
22/12/2019 à 14:55

On est d'accord c'est poussif!
ça ressemble à une grande saison d'exposition pour mettre en place la suite.
L'action est poussive, les arcs narratifs ultra déconnecté et il y a beaucoup de remplissage dans les dialogues.
ça reste bien au dessus de la moyenne et toujours interessant dans son approche 'réaliste' de l'exploration spatiale et de son équilibre géopolitique. Et sur certains plans on voit que les moyens ont augmentés (illus est canon) mais c'est vraiment la moins bonne saison.
ça n'aurait pas étré idiot d'adapter 2 bouquins d'un coup, j'ai l'impression 'Les Feux de Cibola' étaient un peu légers pour tenir une saison.

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