Horseback : découvrez le premier western uchronique et sauvage du Label 619

La Rédaction | 11 septembre 2020 - MAJ : 11/09/2020 12:50
La Rédaction | 11 septembre 2020 - MAJ : 11/09/2020 12:50

Le western est un des genres les plus usités de la bande-dessinée, notamment européenne, qui a pris ses aises dans le genre, y injectant les fantasmes et les influences de plusieurs générations biberonnées par des décennies de culture populaire américaine. Mais quand une œuvre tente d’approcher le genre selon un angle nouveau, elle attire instantanément l’attention. 

L’uchronie est un sous-genre populaire, en littérature comme en BD, qui s’est souvent penché sur l’histoire nord-américaine, en revisitant l’issue de ses grands conflits. Mais le premier western de Label 619, s’il revendique cet imaginaire, le déplace avec malice dans un contexte à la fois plus complexe et inattendu, qui l’autorise à rejouer les grands motifs de cet univers et en avancer de nouveaux. 

 

photoLe jour se lève sur le premier western du Label 619

 

UNLEASHED STATES OF AMERICA 

États unifiés d'Amérique, 1861. Après le Texas et l'Oklahoma, c'est le Kansas qui devient le 34e État de l'Union. Après une décennie de Guerres indiennes, l'assassinat d'Abraham Lincoln, la réélection houleuse du Président Richard L. Clarks et sa politique d'expansion agressive, le spectre d'un conflit fratricide n'a jamais été aussi présent. L'opposition naturelle entre les États nordistes et sudistes semble s'être déplacée. C'est l'Union entière qui s'apprête à envahir les territoires de l'Ouest.

Dans le tumulte ambiant, une société de convoyage tire avantage des difficultés de liaison entre les deux blocs. Non loin de Topeka, la capitale du Kansas, la Randall Delivery s'est installée dans le fort abandonné de Hill Haven. Redford J. Randall, son propriétaire, ancien chasseur de primes renommé, mais retraité, va accepter un contrat qui risque de changer le destin du pays tout entier. C'est toute son équipe qui se retrouve empêtrée dans une sordide affaire de génocide indien... 

Voilà pour le décor. Il pourra sembler compliqué sur le papier pour qui n’est pas familier de l’Histoire américaine, mais Horseback a l’intelligence d’y plonger son lecteur progressivement, en l’immergeant dans ce qui ressemble initialement une chronique assez classique de l’Ouest en cours de civilisation. Mercenaires, chasseurs de primes, fédéraux louches, on retrouve de prime abord quantité d’identités remarquables qui ont forgé cette imagerie, de John Ford à Clint Eastwood. 

Puis, c’est ici une ligne de dialogue, là un rapport de force, ou tout simplement l’issue d’une confrontation attendue, qui disséminent progressivement la singularité de cet univers, qui imagine des USA bien différents de ceux que nous connaissons. Progressivement, le scénario parvient à prendre de la hauteur (sans jamais renoncer au tempo fiévreux de son récit énervé) et réussit le tour de force de nous faire croire à des États-Unis aux lignes de force et de rupture radicalement différents de ceux que nous connaissons. 

 

photoUne troupe loin d'être mauvaise...

 

GUNSLINGER UNCHAINED 

En imaginant une Nation indienne structurée et puissante, Horseback s’offre une galerie de personnages et d’enjeux qui renouvellent plaisamment les classiques, et permet de mettre en lumière certains évènements rarement représentés de l’histoire américaine, comme la politique d’exactions sanglantes menée contre les natifs américains. On aurait tort de présenter le sujet comme un impensé total, le chef-d’oeuvre de Cormac McCarthy, Méridien de Sang, en témoigne avec éclat, mais examiner ces sujets via le biais de l’uchronie s’avère particulièrement payant. 

Hasteda, scénariste qui a déjà roulé sa plume du côté des excellents DoggyBags, trouve ici un tempo plus ample et maîtrisé, dans lequel il injecte pas mal de roublardise et de petites piques aiguisées. La comparaison avec les jeux historiques d’un Quentin Tarantino serait excessive, mais néanmoins, son influence, dans le traitement de la violence, le goût pour l’emphase et surtout la grande gourmandise narrative de l’ensemble y fait souvent penser. 

Et c’est cette liberté qui accrocheà mesure que le récit, conscient de son héritage, n’hésite pas à nous emmener dans des territoires accrocheurs, renouvelant plus d’une fois les attendus du western propre sur lui. 

 

photoUn Ouest sauvage et cramé par le soleil

 

ŒIL POUR ŒIL, TRAIT POUR TRAIT 

Ce qui fonde également la réussite de la bande-dessinée, c’est son identité visuelle. Alors qu’une grande partie du western couché sur papier a du mal à s’affranchir de l’héritage de Jean Giraud (porté haut par des artistes de la trempe François Boucq avec Bouncer), Horseback n’en a que faire et propose une vision qui ne doit pas grand-chose à ses aînés. 

L’expérience de Nikho dans l’animation se sent dans le dessin et le découpage, et pourra initialement surprendre. Répartition des cases assez éloignée des gaufrages classiques, dessins hésitants entre croquis, esquisses et captation du mouvement, les fondamentaux du western paraissent bien loin, parfois trop. S'y arrêter serait toutefois une belle erreur, car c’est le remarquable travail des couleurs qui donne à l’œuvre son punch caractéristique. De même, on sent Nikho plus intéresser par la dynamique globale d’une page, ou d’une séquence narrative, que le peaufinage de chaque case. 

L’effet sera surprenant pour l’aficionado un peu traditionaliste de la bande-dessinée européenne, mais permet à l’ensemble de se démarquer et de déborder d’énergie, deux qualités essentielles pour un récit qui a l’ambition de nous immerger dans un univers original et complexe. Tant et si bien qu’on se surprend à imaginer quel pourrait être l’avenir de cet univers, qui paraît petit à petit déborder des pages, et appeler moult relectures, développements et adaptations.

Ceci est un article publié dans le cadre d'un partenariat. Mais c'est quoi un partenariat Ecran Large ?

 

photoDans toutes les bonnes crèmeries le 11 septembre 2020

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