Star Wars Battlefront II : la campagne solo si attendue est-elle à la hauteur ?

Geoffrey Crété | 28 novembre 2017
Geoffrey Crété | 28 novembre 2017

C'est la grande nouveauté de Star Wars Battlefront II : une campagne solo, qui permet de plonger le joueur dans l'univers créé par George Lucas aux côtés d'une nouvelle héroïne, qui vivra des aventures tonitruantes du côté de l'Empire dans les recoins bien connus de la galaxie, entre Le Retour du Jedi et Le Réveil de la Force. Test de la campagne très attendue, sur Playstation 4.

ATTENTION SPOILERS

LA REVANCHE DES ÉTOILES

La machine de guerre des étoiles est en marche. La sortie de Star Wars : Battlefront en novembre 2015, un mois avant Star Wars : Le Réveil de la Force, l'a prouvé. Celle de Star Wars Battlefront II, qui coïncide avec Star Wars : Les Derniers Jedi, le rappelle encore une fois. La franchise créée par George Lucas est repartie sur les chaînes de production des usines depuis le rachat par Disney fin 2012, avec une nouvelle trilogie et des spin-offs. Rogue One : A Star Wars Story en décembre dernier a ouvert les festivités.

Battlefront II commence d'ailleurs dans un contexte qui rappelle le film de Gareth Edwards avec Felicity Jones : dans l'ombre d'une Etoile de la mort, il y a une héroïne emprisonnée, au caractère bien trempé et dont le père œuvre pour le Mal. Sauf qu'ici, elle est du côté de l'Empire. Iden Versio (même la sonorité rappelle Jyn Erso) dirige l'escouade Inferno, qui affronte les forces rebelles pour l'Empereur, et cherchera à venger sa mort à travers la galaxie après Le Retour du Jedi. Le côté obscur de la Force est donc très fort dans Star Wars Battlefront II.

 

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 Iden Versio, héroïne contrariée de Battlefront II

 

LE RÉVEIL DE L'EMPIRE

C'est la première chose qui excite : le choix d'une héroïne placée du côté obscur de l'échiquier Star Wars. Dès sa première mission, elle s'échappe de sa cellule et arpente les couloirs d'un vaisseau rebelle pour tuer sans pitié ses adversaires, afin de leur voler des données sensibles pour l'Empire et s'échapper. Star Wars Battlefront II ne va pas jusqu'à obliger le joueur à tuer de l'Ewok, mais il lui faudra vaincre des hordes de rebelles, sur la terre ferme ou dans les étoiles, afin d'avancer.

Il y a le plaisir immédiat d'œuvrer pour l'Empire dans une campagne solo, et pas uniquement dans un affrontement mécanique et impersonnel. Piloter un TIE pour attaquer un vaisseau rebelle, tenter de les stopper sur Endor, observer avec tristesse l'Etoile de la mort exploser : le jeu offre une perspective fascinante sur l'univers, et les montées d'adrénaline sont fréquentes.

 

 

LE BEAU CONTRE-ATTAQUE

Malgré ses limites, Star Wars : Battlefront enthousiasmait par son ambiance fabuleuse, ses effets sonores et ses graphismes fantastiques, qui permettaient d'emblée une immersion étourdissante. Battlefront II marche dans la même direction. Des coursives métalliques des vaisseaux aux forêts d'Endor, des explosions spatiales au-dessus des planètes aux décors exotiques alien, des sables de Jakoo à la lave d'une usine de l'Empire, le jeu est d'une beauté sidérante, avec une somme affolante d'images magiques.

Avec une palette de couleurs d'une richesse extraordinaire, un sens aigü du spectaculaire et un désir évident de contenter le fan, Star Wars Battlefront II se présente comme un best of de la saga. Rien que la campagne solo déploie une énergie considérable pour aligner les séquences d'anthologie, entre ciel et terre, hommages et cadeaux, regards tournés vers le passé et l'avenir. Que Luke, Leia, Han Solo, Lando Calrissian et même Kylo Ren aient droit à leur mission compte finalement moins que la dimension terriblement épique des batailles, où le chaos est enchanteur.

 

PhotoLa mission de Leia

 

En reprenant sans surprise les effets sonores, les musiques, la mythologie et divers élements de la saga, Star Wars Battlefront II offre un rêve : celui de participer à la grande aventure de l'espace, de prendre part à une épopée grandiose, en ayant la sensation d'être un protagoniste à part entière, et pas un soldat anonyme dans le grand tableau des batailles. C'est cette approche relativement plus intimiste qui confère au jeu une certaine magie, et des frissons terriblement beaux lorsqu'il faudra par exemple tournoyer dans les airs pour éviter un missile.

Rarement la sensation de planer aura été si bien retranscrite, Battlefront II orchestrant des missions de pilotage d'une beauté fulgurante, où la maîtrise de l'espace procure un plaisir fou. De quoi contrebalancer un rythme pas très harmonieux, et des transitions très brutales (notamment lors des cinématiques) qui témoignent d'un manque de finesse.

 

PhotoLes missions dans les airs sont visuellement ébouriffantes 

 

UN NOUVEAU DÉSESPOIR 

Sauf que cette approche globale a des limites énormes par rapport aux ambitions affichées. Le mode multijoueur reste la priorité, et la campagne solo se révèle bien trop courte, simple et limitée pour pleinement satisfaire. Avec environ 6 ou 7 heures, l'aventure ressemble finalement plus à un gadget qu'à une facette majeure du jeu, une quantité non négligeable de personnages, armes et bidules étant non nécessaire à la partie.

Si la campagne est un régal pour les yeux, elle est désespérément simplette dans son architecture. L'héroïne Iden Versio souffre terriblement de ce travail sans grande finesse, qui la condamne à être trimballée d'une mission à une autre sans transition réelle, sous les yeux d'un joueur qui perd peu à peu le lien qu'il espérait construire avec elle - logique dans une campagne de ce type.

Sa prise de conscience est à ce titre parlante : Iden réalise soudainement que l'Empire est une force de destruction lorsque sa planète est menacée, après avoir été non pas une sous-fifre mais la commandante d'une unité d'élite. En quelques scènes, cette femme impitoyable vire donc de bord, désobéit aux ordres avec une empathie inattendue, et se retrouve enrôlée par les rebelles.

 

PhotoIden Versio et son père : une facette peu mémorable du jeu

 

Le souci d'efficacité dans l'enchaînement des missions est bien sûr louable, voire nécessaire pour une production de ce calibre, mais difficile de prendre très au sérieux cette histoire vu le peu d'attention apporté au personnage. L'intrigue d'Iden et son père, amiral impérial, manque elle aussi d'ampleur, et semble traitée à la va-vite. Le climax, où l'héroïne va tenter de le sauver pour l'entendre lui aussi exprimer ses regrets, est loin de provoquer l'émotion attendue. La pyrotechnie prend le relais, avec un Stardestroyer qui explose de tous les côtés tandis que le joueur doit se frayer un chemin vers la sortie, mais elle masque difficilement la tiédeur. Que la séquence d'après montre Iden embrasser son collègue Del Meeko (qui a lui aussi viré de bord) sur le champ de la bataille victorieuse, n'arrange rien.

 

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L'AVENTURE FANTÔME

Ce sentiment de grande coquille étincellante au contenu un peu simplet et expédié se confirme mission après mission, au-delà de l'histoire. Si la dramaturgie est aisément perçue comme un élément mineur dans un jeu si orienté action, la limite navrante des cartes rappelle trop vite l'illusion de grandeur. Contourner un bâtiment, grimper dans la forêt, voler en direction d'un vaisseau : des choses ordinaires pour le joueur un minimum curieux et excité, que Battlefront II empêchera très régulièrement avec un affreux écran grisâtre et un compte à rebours qui le somme de revenir vers la zone de combat prévue.

La montée d'adrénaline, la musique épique et l'immersion réjouissante seront ainsi souvent abîmés par les limites manifestes et à peine camouflées d'un jeu qui vend beaucoup de rêve. Et visiblement trop : chaque mission a beau se dérouler dans un espace magnifique aux dimensions titanesques (les rues d'une ville, un désert à perte de vue, une planète colorée, ou tout simplement l'espace), la zone d'action offerte au joueur est immanquablement reserrée par des murs invisibles parfois désespérément proches d'un point incontournable.

Le côté très répétitif du gameplay, qui ne cherche pas suffisamment à varier le plaisir de l'affrontement au-delà du changement de décor et quelques parenthèses enthousiasmantes, et des phases très plates (Luke affronte des insectes pendant que Del répare un machin pour avancer), accentuent l'aspect un peu grossier du jeu.

 

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Il y a aussi la sensation d'une légère arnaque après une poignée d'heures clôturées par un épilogue, qui permet d'incarner Kylo Ren lors d'une amusante séquence fantaisiste, où il plonge dans l'esprit d'un personnage. Qu'il soit à la recherche d'un Skywalker, que Del Meeko soit devenu père, et que les personnages évoquent clairement un personnage féminin pour laisser planer le doute sur le lien avec Rey, héroïne de la nouvelle trilogie, laisse dubitatif.

Difficile d'imaginer qu'une information si importante ait été livrée dans un jeu, et pas dans un film. Difficile aussi de ne pas penser que la machinerie bien huilée de Star Wars profite de sa popularité pour alimenter les débats et théories, laissant ainsi les fans nourrir la promo du prochain blockbuster à coups de vidéos et articles "révélations". Toujours est-il que Star Wars Battlefront II se termine sur un cliffhanger qui laisse un amer goût en bouche, rappelant bien la dimension industrielle de la chose, indéniablement plus importante que la satisfaction réelle. Des défauts qui écrasent un peu trop la magie de l'aventure, qui se rêve parfois Mass Effect mais qui redonnera surtout envie de replonger dans les vieux jeux vidéo de la saga.

 

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Résumé

La très attendue campagne solo de Star Wars Battlefront II laisse un étrange arrière-goût. D'un côté, l'aventure est visuellement magnifique, aligne les séquences d'anthologie, et donne souvent le tournis devant un quota de spectacle fantastique. De l'autre, elle reste paradoxalement petite dans ses ambitions, et bien trop linéaire et cadrée pour satisfaire.

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commentaires
Yonxxi
03/01/2020 à 15:35

C’est une très belle campagne graphiquement, les missions sont bien en elles-mêmes mais j’ai mis moins d’une semaine pour finir la campagne solo sachant que je n’y jouer que 1:00/1:30 par jours et que faisaient genre 50 minutes de campagne. Je suis franchement déçu, je donne un 14/20 car c’est beaucoup trop court.

Atréides
04/02/2018 à 12:51

@tak

Bah ouvre les yeux pour bien voir l'avertissement spoiler en lettres capitales dans l'intro
Et puis bon, faudra peut-être réaliser que lire un test d'un jeu qu'on n'a pas fait c'est comme lire la critique d'un film qu'on n'a pas vu : si y'a des éléments spoil, c'est pas LA surprise du siècle

tak
04/02/2018 à 06:05

Moi qui n'avait pas encore fait la campagne, f*ck you so much à l'auteur de l'article pour le spoil de fin sans prévenir !!!

Val
06/12/2017 à 16:04

Se qui m'a énervété c'est qu'on ne puisse pas faire nos choix. J'aurais aimé rester pour l'Empire jusqu'à la fin

Et non on passe du côté rebelle tellement moins intéressant que j'ai hésité à continuer la campagne

Shepard
03/12/2017 à 13:09

@Po1977

Ce sont deux choses distinctes. Y'a la carte pour retrouver Luke (qui n'a pas compris ça, vu comme c'est explicité lourdement...), et la mention de la paternité de Del, la mention d'une "elle".

Sur le web, des tonnes de fans parlent de ces questions, élaborent des théories, en article ou en vidéo... Donc à moins de croire que tu as tout compris et que tous ces gens sont dans un "manque de rigueur et/ou compréhension", un peu d'humilité, tout simplement.

PO1977
29/11/2017 à 06:28

Retour = Rey

Désolé pour mon auto-correcteur de *#!×∆!!

PO1977
29/11/2017 à 06:26

Ce que Kylo Ren cherche c'est la carte qui mène à Luke, donc un lien avec l'épisode VII. Il n'est nullement question de Retour, même pas implicitement. Donc toute cette analyse sur l'entretien de spéculation et bla bla bla... ce n'est en réalité qu'un manque de rigueur et/ou de compréhension de la part de l'auteur de cet article.

RJ MacReady
28/11/2017 à 17:59

À noter que le scénariste du jeux est celui de Spec Ops The Line, donc vu ses capacités, j'ai été déçu de l'écriture de la campagne :/

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