Mortal Kombat avec Freddy, Jason, Alien... le fantasme ultime des fans d'horreur ?

La Rédaction | 2 mai 2021 - MAJ : 05/05/2021 12:08
La Rédaction | 2 mai 2021 - MAJ : 05/05/2021 12:08

Non contente de repousser régulièrement les limites du gore, la série Mortal Kombat brosse les fans de cinéma d'horreur dans le sens du poil.

En VOD le 12 mai, la nouvelle adaptation de la saga vidéoludique Mortal Kombat risque de se lâcher sur les torrents de sang. C'est en tout cas ce que promettent la promotion et les critiques américaines. Si personne ne prévoit autre chose qu'un pur film d'action mâtiné de violence, les jeux se sont déjà régulièrement vautrés dans l'horreur pure, que ce soit à travers leurs fameuses fatalities, leurs décors, certains des aspects de leur narration ou, bien sûr, l'import de personnages directement issus des franchises horrifiques les plus célèbres.

 

 

Freddy, Jason, Alien, Predator ou encore Leatherface se sont par exemple invités dans le tournoi à de multiples reprises sous la forme de DLC. Et leur présence parait assez naturelle au sein d'une saga qui ne s'est jamais prise au sérieux. Et si finalement c'était la clé pour concevoir le crossover le plus généreux de l'histoire du genre ?

 

photoQuand ton personnage préféré est annoncé dans un DLC

 

horreur inée

La saga Mortal Kombat n'a pas attendu le règne des DLC pour flirter allégrement avec l'horreur pure. En réalité, si le jeu original était d'abord pensé comme l'adaptation d'un film d'action (Bloodsport), on sait que ses créateurs Ed Boon et John Tobias connaissaient bien le cinéma de John Carpenter, car ils se sont inspirés des Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin, à l'époque très peu considéré, et d'un de ses méchants, pour créer le personnage de Raiden.

Leur amour pour le cinéma horrifique et le mauvais goût qui en découle parfois transparait dès la première itération, à travers - bien évidemment - les fameuses fatalities, exécutions finales gorissimes qui ont assuré le jeu d'un succès véritable et les comités de censure d'un burn-out généralisé. Renvoyant directement à la tradition du splatter tel que Sam Raimi (avec Evil Dead 2) et Peter Jackson (Avec la trilogie Bad Taste / Les Feebles / Braindead) l'ont popularisé dans les années 1980 et 1990, elles témoignent d'un intérêt pour la provocation inoffensive de l'époque, régnant en maître sur le rayon "horreur" des vidéo-clubs.

 

photoUne colonne dans nos colonnes

 

En plus de l'inventivité des saynètes, impliquant parfois de la stop-motion, le jeu mise sur une générosité sanglante très cinématographique. Comme dans une partie du cinéma d'exploitation du moment, chaque coup provoque des giclées de sang surréalistes, que certains censeurs essaieront de camoufler en sueur. Chaque nouvel opus repoussera encore plus la limite (excepté le crossover avec DC), jusqu'au dernier, qui ira jusqu'à figer le supplice des vaincus avec un sadisme ahurissant.

Au-delà d'une violence omniprésente, se jouant de ses détracteurs (le pied de nez des Friendships et Babality dans Mortal Kombat II reste toujours aussi savoureux), la franchise semble baigner entièrement dans une ambiance délicieusement horrifique. L'esthétique des niveaux, par exemple, parfois directement mise à contribution pour découper les kombattants, fait évidemment du pied aux décors des pires méchancetés sur pellicule. D'ailleurs, les plus cultes des stages tranchent radicalement avec l'exotisme de Street Fighter. En haut ou en bas d'un fossé hérissé de pieux, au sein d'une cave pleine d'acide ou au beau milieu d'une forêt démoniaque, on se bat rarement dans un environnement accueillant.

 

photoOn est pas bien, là ?

 

Enfin, beaucoup de personnages en eux-mêmes n'ont rien à envier aux plus cruels des boogeymen découpant de l'ado au sein des années 1980, que ce soit au niveau de leurs looks ou de leurs histoires personnelles. Du monstre pur (Reptile, Goro, Kintaro, Baraka, Meat, D'Vorah, immonde insecte des deux derniers opus) au tortionnaire sadique (Kung Lao, Ermac, Kabal, Kollector), tous les goûts sont dans la nature. Traumatisés, condamnés à des abîmes de noirceur, les personnages de Mortal Kombat sont déjà souvent des incarnations horrifiques évidentes.

Preuve en est d'un personnage comme Mileena, clone génétique douteux d'une princesse auquel on a insufflé l'essence d'une race de monstre aux dents acérées. Sadique dans son apparence même, issue d'un compromis morbide, portant sur son visage terrifiant les stigmates de sa naissance, elle symbolise la méchanceté générale de la saga, surtout quand elle use de sa dentition... fournie pour dévorer les organes de ses adversaires. Aussi bien inspiré des films de baston hongkongais et américains que des exactions du cinéma d'horreur de l'époque (ce qui le différencie de ses concurrents), Mortal Kombat était destiné à accueillir des entités directement issues du 7e art.

 

photoBad tripes

 

Slashers : les mondes parallèles

En tant que reboot de la franchise en 2011 sur PS3, Xbox 360 et PC, Mortal Kombat 9 a eu le mérite d’opérer un véritable retour aux sources grand-guignolesque, tout en étant libéré par les capacités de la HD. À l'occasion de son premier guest en DLC, NetherRealm s’est tourné vers Freddy Krueger, le célèbre croque-mitaine des Griffes de la nuit. Un choix on ne peut plus logique, puisque cette figure du slasher a toujours opéré dans le monde des rêves pour éventrer des adolescents en rafale.

Du coup, pas bêtes, les développeurs ont justement joué de cette dimension alternative pour justifier l’arrivée de notre homme ganté préféré dans l’univers de Mortal Kombat. Tout droit sorti du “Dream Realm”, Freddy a littéralement ouvert la porte (ou le portail du moins) pour que n’importe quelle icône filmique puisse rejoindre la bagarre avec une introduction plus ou moins capillotractée.

 

photoBonne nuit les petits !

 

Dès lors, Mortal Kombat X s’est engouffré dans cette joyeuse brèche spatio-temporelle, en introduisant quatre nouveaux personnages fantasmatiques dans l’arène, à savoir Leatherface, Jason Voorhes, le xénomorphe d’Alien et le Predator. Dans la même envie de surenchère, Mortal Kombat 11 s'est éloigné de l’horreur pure pour piocher dans un cinéma d’action bourrin et violent, en convoquant le Terminator, RoboCop et Rambo.

Si les jeux vidéo ont toujours arboré l’héritage d’un certain cinéma bis des années 80 et 90, cette démarche pourrait bien refléter la générosité globale de la franchise Mortal Kombat. Quand bien même ces nouveaux venus débarquent de manière tout aussi débile que les autres, les gars de NetherRealm sont clairement des passionnés, qui affichent à chaque instant un immense respect pour les licences investies. Dès le cas Freddy, où l’équipe a demandé au mythique Robert Englund de doubler à nouveau le personnage, le studio a su dépasser le simple gimmick, et transformer cette mine d’or en véritable fantasme de geek, réfléchie à travers la moindre attaque, ou la moindre réplique introductive.

 

photoDes cervicales ? Pour quoi faire ?

 

Des pièges de Rambo au rire du Predator lorsqu’il active sa bombe, le gameplay de Mortal Kombat est plus que jamais devenu une foire aux easter eggs, tout en donnant l’impression de nous lâcher un coffre à jouets sur la figure. Alors même que les franchises concernées ont toujours mis en scène une certaine idée de l’entropie accélérée, les jeux leur ont permis de pousser encore plus loin une brutalité inventive. Si RoboCop peut réaliser une fatality en tirant dans les parties génitales de son adversaire (comme dans le film), il le fait après avoir lâché une munition de lance-grenades, qu’il fait exploser au même moment pour défragmenter le corps de l’opposant.

Finalement, derrière la blagounette facile, NetherRealm a fait preuve ici d’un grand savoir-faire, capable de créer quelques belles surprises ultra-jouissives. Par exemple, si le Terminator se retrouve enflammé par une attaque de Scorpion, le jeu s’amuse à brûler la peau synthétique du T-800 pour le faire combattre dans sa célèbre armature métallique. Bourrés de ce genre de références, les derniers Mortal Kombat ont su se démarquer par la passion évidente de ses développeurs.

Alors que le médium vidéoludique s’est de plus en plus tourné vers une transmédialité facile, en faisant raquer le client à coups de skins quelconques, Warner et NetherRealm ont su choisir des licences cohérentes avec le postulat de leurs jeux, tout en leur rendant un vibrant (et sanglant) hommage.

 

photoPromo pour Terminator Dark Fate : check !

 

the biggest crossover event in the history of ever

Certes, l'accueil d'un tel bestiaire dans la série doit beaucoup à la cinéphilie des gars sûrs de chez NetherRealm. Mais c'est surtout la légèreté inhérente à Mortal Kombat qui rend la chose naturelle. Dès ses débuts, la licence a assumé d'adapter une intrigue volontiers nanardesque aux besoins de ses audaces visuelles. L'histoire se construit toujours autour du charisme des personnages, les véritables stars de ce spectacle de violence. Loin d'essayer de cacher leur absurdité, les jeux préfèrent se pasticher eux-mêmes, se jouer des règles narratives pour mieux faire preuve de sincérité.

C'est particulièrement le cas dans la dernière trilogie, où les résurrections les plus improbables côtoient les manipulations temporelles les plus pernicieuses. Sans trop de logique, usant des univers parallèles à leur guise, les développeurs assument et développent le second degré des premiers opus, ce qui les honore autant que ça justifie leur succès. La présence de monstres de l'espace, de boogeymen sadiques ou de robots tueurs n'a donc rien de trop absurde, quand bien même leur royaume de référence est bien plus solennel.

 

photoÉvincer la satire, garder la violence

 

Peut-être est-ce là le secret d'un crossover réussi. Contrairement à certains films, qui tentent vaguement de légitimer une rencontre à grands coups de théories foireuses (au hasard, Alien vs. Predator), la licence accepte d'importer via un quelconque portail mystique les personnages d'origine, et de les convertir à leur grande fiesta d'hémoglobine. Évidemment, l'opération est plus aisée pour un jeu de baston, dont l'intérêt principal réside dans son gameplay et ses possibilités d'affrontement.

Et si c'était l'étape suivante pour NetherRealm ? L'équipe également derrière Injustice: Gods Among Us vient de clôturer son acte narratif dans l'extension Aftermath de Mortal Kombat 11. Les amateurs de combos et d'horreur attendent impatiemment d'avoir des nouvelles de leur prochain projet, même s'il est possible que le dernier chapitre joue encore les prolongations, boosté par la mode du "game as service". Et si ces passionnés livraient un véritable crossover aux proportions inédites, épaulés par la puissance du studio Warner ?

 

photoScorpion, invité surprise d'Injustice

 

Un article de BloodyDisgusting plaide en sa faveur, soulignant avec justesse qu'une fois l'épineux problème des droits réglés (chaque personnage doit être loué à son propriétaire, ce qui expliquerait l'absence de Freddy aux côtés de Jason dans Mortal Kombat X), NetherRealm serait le mieux placé pour confier au monde une Battle Royal de psychopathes légendaire, respectant les licences et leur accolant un gameplay à la hauteur.

Par ailleurs, le studio n'a, semble-t-il, jamais prévu d'abandonner cette ligne éditoriale, puisque la rumeur d'un DLC comportant le Ash Williams d'Evil Dead n'a cessé de venir et revenir ces dernières années, à travers différentes fuites et maladresses. De plus, il a prouvé avec les deux derniers volumes qu'il était capable de se contenter d'un roster moins fourni (et donc moins cher en droits), grâce au système de variations, permettant de jouer un même kombattant de plusieurs façons différentes.

 

photoAsh dans Mortal Kombat 11 ? Groovy !

 

Fantasme de gorophile ou réelle possibilité ? En 2016, alors que Mortal Kombat X ravit les joueurs, le site GameInformer pose directement la question à Ed Boon. Sa réponse fait saliver : "Oui, oui ! Vous savez, alors qu'on les accumulait, cette idée est revenue de plus en plus fréquemment. Vous en avez parlé et quelques autres personnes en ont parlé, en disant : 'pourquoi vous ne feriez pas un jeu de combat inspiré des films d'horreur ?' Peut-être qu'un jour nous le ferons".

Pour l'heure, certaines rumeurs à prendre avec des pincettes évoquent une potentielle rencontre entre l'univers de Mortal Kombat... et celui de Marvel. Clairement pas prévu pour demain, le crossover vidéoludique horrifique de la décennie n'est cependant toujours pas complètement exclu. On croise les doigts, et on attrape sa manette.

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