Barack Obama salue la puissance du cinéma américain

Simon Riaux | 27 novembre 2013
Simon Riaux | 27 novembre 2013
Barack Obama s'est rendu cette semaine en visite officielle en Californie, afin de participer à plusieurs levées de fond à l'intention du parti démocrate, avant de visiter les studios Dreamworks et de s'exprimer sur la portée du cinéma américain. Ses propos peuvent surprendre, voire choquer le spectateur et cinéphile hexagonal, habitué à voir les pouvoirs publics se pencher sur la question du cinéma à travers le seul prisme culturel.

« Le divertissement fait partie de notre diplomatie, c'est ce qui fait de nous une puissance mondiale. Quand on dit que la force soit avec vous, les étrangers savent de quoi vous parlez. Des centaines de millions de personnes n'ont jamais mis les pieds aux États-Unis, mais grâce à vous, elles ont fait l'expérience d'une petite partie de ce qui rend notre pays particulier. Ils ont appris quelque chose de nos valeurs. Nous avons façonné une culture mondiale grâce à vous. »

 

Inutile de préciser que l'on imagine difficilement notre actuel président (ou l'un de ses prédécesseurs) louer face à des représentants du milieu français l'influence économique et diplomatique de leur travail. De telles déclarations seraient évidemment absurdes, l'influence du cinéma français continuant de décroître hors de nos frontières, mais seraient à n'en pas douter taxées du plus vil nationalisme, d'un dévoiement de l'art et d'une instrumentalisation de la culture. Afin d'entendre quelque chose aux propos de Barack Obama, il convient de préciser quelques particularités du système hollywoodien.

Tout d'abord, l'Amérique a toujours considéré (à raison) que la meilleure façon de vendre des jeans, était de propager préalablement des histoires de bonshommes portant des jeans, principe qui s'est avéré et s'avère encore exact, les biens de consommation américains étant systématiquement précédé sur les étals de nos magasins de leur représentation pelliculée. Après quoi il convient de rappeler que les structures de production et de distribution sont organisées selon un schéma radicalement différend de celui que nous connaissons. En France, un studio n'est finalement qu'une facilité technique, quatre murs au sein desquels se trouve du matériel, qu'une production loue et dans laquelle elle embauche ponctuellement, pour une durée très limitée dans le temps, des intermittents, dont elle paye les heures déclarées. Aux États-Unis, un grand nombre des personnes travaillant sur un film donné travaillent à l'année pour le studio, sont ses employés de manière pérenne. D'où un impact économique, la nécessité de produire en continu, et de produire des œuvres rentables à l'internationale, susceptibles de se rembourser, de permettre de payer un nombre très important de professionnels ne bénéficiant pas d'un régime comparable à celui de l'intermittence que nous connaissons.

 

 

« Tous les jours, vous vendez un bien fabriqué en Amérique au reste du monde. » Cette phrase pourrait nous évoquer le vœu pieu du « made in France », formulé en cœur par notre classe politique depuis des années. Plus qu'une volonté d'impérialisme, peut-être faudrait-il voir dans ces propos une véritable conscience du pouvoir du Septième art et de son influence, ainsi que de sa capacité à créer « des centaines de milliers d'emplois pour la classe moyenne. » Le cinéma étant bel et bien l'une des plus importantes sources d'exportation américaine, il ne faut pas voir dans ce discours grand chose de plus qu'une forme très abrupte de réalisme économique.

Enfin, il convient pour saisir la véritable portée des termes de s'en remémorer le contexte. Les partis politiques américains ne bénéficient pas de financements publics et reposent donc énormément sur les donateurs privés. Hollywood a toujours figuré pour des raisons idéologiques autant que financière parmi les mannes les plus importantes à disposition des acteurs politiques, souvent démocrates. Ainsi Jeffrey Katzenberg avait-il permis sur son seul nom de réunir quelques quinze millions de dollars en vue d'aider à la réélection de Barack Obama, en mai 2012. Si les communicants de la Maison Blanche se défendent d'avoir organisé cette visite et cette allocution devant les employés de Dreamworks à la manière d'un retour d'ascenseur, il semble évident qu'une logique de réciprocité est à l'œuvre. Comme précisé en début d'article, Obama est justement venu en Californie lever des fonds supplémentaires, et plus qu'une vision du cinéma américain, il s'est logiquement assuré que ses soutiens d'hier seraient ceux de demain, quitte à leur passer sur les paumes une trop douce pommade.

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