BIFFF 30 ans! Part I: Troll party et autres biffferies

Patrick Antona | 9 avril 2012
Patrick Antona | 9 avril 2012

Délaissant Paris,  sa morne ambiance pré-électorale, son temps pluvieux d’avril pour se retrouver à Bruxelles, y retrouver une autre ambiance post-crise politique, son temps pluvieux d’avril, vous me direz quelle drôle idée de "spring break". Mais c’est oublier que dans cette période bénie entre le 5 avril et le 17 avril 2012 se tient la 30° Edition du BIFFF, oui 30 ans de Brussels International Fantastic Film Festival, avec sa programmation improbable, ses invités impayables et surtout son indescriptible public, aka "les Bifffers", véritable institution et ciment de cette manifestation qui s’est hissée parmi les plus courues du cinéma de genre mondial. Mettant les petits plats dans les grands, les organisateurs des festivités ont axé cette année leur programmation sur un melting-pot assez foutraque qui va du film de monstres au wu-xia pan numérique, en passant par le torture-porn et le thriller politique, témoin d’un domaine qui a désormais bien évoluer en 30 ans et qui déborde largement du simple cadre de l’irrationnel.

 

Désormais adoptée et choyée par l’organisation locale, dont la charmante équipe des bénévoles toujours là pour nous arranger le coup, la Team EL (qui pour le moment se réduit à ma seule pomme) a tout le plaisir de se partager entre ces 4 compétitions, plus une dédiée au court-métrage, regroupant 67 long-métrages (dont les avant-première de  L’Ombre du Mal et du très attendu Cabin in the Woods) et ses invités de prestige comme William Friedkin et Barbara Steele, le tout prenant place sur le site de Tour & Taxis. Autre innovation et de taille pour cette 30° année, le BIFFF a décidé de passer à l’ère de la 3D en se dotant d’un magnifique écran aux normes, et qui permettra de se prendre en pleine poire les lames du Flying Swords of Dragon Gate de Tsui Hark ou de gouter aux effets in vivo des champignons hallucinogènes du One Way Trip.  Et tout ceci en n’oubliant pas de se préparer quelques interviews avec les invités de marque, d’échanger avec les réalisateurs venus défendre leurs bébés ou avec le public toujours présent, le tout autour d’un verre de Troll, la bière locale qui est un peu la Potion Magique du lieu, indispensable pour enchaîner à la suite la série des projections qui vont de 14h à Minuit.

Déçu de ne pas être arrivé à temps pour la première de L’Ombre du Mal de James McTeigue, qui selon les festivaliers est à ranger dans les bons produits hollywoodiens sans véritable surprise,  la Team EL put se mettre dans l’ambiance rapidement avec la projection du sublime Himizu de Sono Sion, déjà chroniquée dans ses pages et dont on attend toujours désespérément qu’un distributeur digne de ce nom s’en occupe proprement , ainsi que des nombreuses pépites de ce réalisateur injustement boudé en France depuis des années.

 


 

Malgré la présence de Barbara Steele en tête d’affiche dans un film d’horreur, The Butterfly Room est une relative déception pour qui fantasmait sur le retour d’une des reines de l’horreur des sixties. Pétri de références  giallesques , le premier film américain de l’italien Jonathan Zarantonello a beau s’ enorgueillir  d’avoir à son cast non seulement la Steele mais aussi Heather Langenkamp, Ray Wise ainsi qu’une apparition de Joe Dante, rien ne fonctionne vraiment dans ce thriller horrifique qui suit les agissements pervers d’une marâtre qui ne conçoit les relations mère-enfant  que sous l’angle de l’ entomologiste prêt à épingler un joli spécimen pour en conserver sa prime beauté et sa fraîcheur. Barbara Steele a beau se faire une tête qui rappelle Cara Calamai dans Les Frissons de l’Angoisse, la sauce ne prend vraiment pas et on se prend souvent à regarder sa montre, jusqu’à un final qui se perd en péripéties redondantes, histoire de redonner du rythme à un film qui en a bien manqué.

Inutile de revenir sur la Bessonnerie du moment, l’improbable Lockout qui nous fait regretter Fortress, voir même Los Angeles 2013, ce qui est peut dire, et découvrons avec bonheur  la première véritable première surprise du BIFFF, à savoir le slasher Truth or Dare, habile variation du genre qui à partir du simple jeu que tout ado à pratiquer en groupe avec une bouteille vide dévie rapidement sur le torture-porn rigolo et qui tache. Rondement mené avec des dialogues qui font mouche, correctement interprété (un bon point pour les comédiennes sur qui repose l’essentiel de l’intrigue), ce huis-clos non seulement tient la route avec efficacité mais réussit par un ton vraiment iconoclaste (loin de l’hypocrisie des Saw et autres Hostel) à se démarquer et donne envie de voir le réalisateur Robert Heath s’attaquer à "Caillou Papier Ciseau" pour être sûr de s’en payer une nouvelle bonne tranche de rigolade gore.

 


 

La Fantastic Night qui suivit ne permit pas de se mettre du bien consistant sous les dents, l’adaptation US  de la bande-dessinée italienne Dylan Dog est un beau ratage, qui n’est même pas sauvé par l’interprétation altière de Brandon Routh qui doit se désespérer de jouer dans une production qui soit à la hauteur de son talent, et le boursouflé et chiantissime City Under Siege du hong-kongais Benny Chan, qui veut nous refaire le coup de ses Gen-X Cops des années 90 mais sans avoir compris la raison. Qu’il semble bien loin le temps de Big Bullet, voire de New Police Story 

 Le Dimanche semblait parti sur de nouvelles augures avec la première projection en 3D du festival, le Don Quixote chinois, transposition du roman de Cervantès dans la Chine du X° siècle. Las, partagé entre un design numérique hideux, qui semble être la trademark des productions chinoises qui tentent sans succès de tenir la dragée haute à Hollywood, et un humour mi-potache mi-décalé qui ne peut faire rire que les chinois peut-être (votre serviteur n’étant pas moins un fan absolu de Stephen Chow et de Herman Yau, donc pas d’ethnocentrisme à craindre de ma part), cette nouvelle production voulue "de prestige" nous fait regretter le temps béni des  Wu-Xia Pan endiablés de la Film Workshop des années 80-90. À moins que la projection du Flying Swords of Dragon Gate de Tsui Hark dimanche prochain permette de remettre les pendules à l’heure sur une nouvelle tendance  chinoise qui ne cesse de nous décevoir.

 


 

Plus réussi, le puzzle cinématographique Pig  est à ranger dans les bonnes surprises de ce début de BIFFF. Au croisement du 127 heures de Danny Boyle (pour l’isolement en plein désert) dans sa première partie et du Memento de Nolan pour le reste du film (l’amnésie comme ressort du récit est particulièrement maitrisé), cette quête d’identité aux accents ésotériques tient plus que la route, malgré un début qui tarde à entrer dans le vif du sujet, et son côté auteurisant mais néanmoins  respectueux du genre en fait le parfait film de festival , dont on reparlera bien vite.

Ce premier week-end de BIFFF se termina sur deux relatives déceptions. On n’attendait pas grand-chose du Julia X de P.J. Pettiette, qui nous promettait quand même de nous régaler du spectacle de l’affrontement sanglant entre deux bimbos blondes passablement énervées et un Kevin Sorbo pour qui le temps de Hercule semble bien loin. Il y a malheureusement tromperie sur la marchandise car, à part quelques effets 3D marrants et un début survival dans la bayou qui flirte avec le rape-and-vengeance à la Mother’s Day ou I Spit on your Grave, le reste du métrage est un barbant du jeu du chat et de la souris entre féministes hardcore et ex-vieux beau reconverti en serial-killer qui fait dans le répétitif. Pire, la pruderie affichée des deux anges exterminateurs (pas un bout de sein à l’horizon !) qui rend le métrage encore moins érotique qu’un épisode de Beverly Hills finit par gonfler sérieusement, et l’on  finit par prendre partie pour ce bon vieux Kevin et son envie de bouffer de la pouffiasse accro à la drague sur le net,  donnant au demeurant une prestation plus que correcte.

 


 

Plus problématique est la présence du petit dernier d’Alex de la Iglesia, le drame La Chispa de la Vida. Décevant son audience bruxelloise en ne venant pas pour présenter son film, n'envoyant pas non plus ses comédiennes Salma Hayek et Carolina Bang,  le réalisateur ibère a néanmoins conquis un public qui est pourtant peu clément quand on lui présente un film non-fantastique. À la différence d’un Balada triste de Trompeta ou d’un Crime Farpait que nous avons défendu dans nos colonnes avec conviction, cette satire cruelle et bien sentie de la médiatisation des drames humains (inspirée par les faits divers des mineurs chiliens et autres calvaires passées en boucle à la TV) manque cruellement de souffle pour se révéler vraiment pertinente. Un peu comme si Alex de La Iglesia était paralysé par la teneur politique de son récit, qui dresse un constat édifiant de la situation économique et sociale du pays, il reste bien trop à la surface des choses et ne réussit pas à transcender son sujet, ne se haussant pas à la hauteur du Network de Sidney Lumet ou du Gouffre aux chimères de Billy Wilder, auxquels cette  Chispa de la Vida (traduit en VF cela donnerait Le Peps de la Vie) fait penser par certains aspects. Le gros point positif est de retrouver Salma Hayek enfin dans un rôle consistant, entrant avec aisance dans la peau de cette mère courage pugnace. Voilà qui présage d’un nouveau départ pour cette superbe comédienne qui semblait abonnée ces derniers temps aux apparitions de luxe et autres participations TV.

L’autre grand évènement de ce premier week-end fut la diffusion de l’intégrale des courts-métrages du Collectifff, regroupant cette engeance de jeunes réalisateurs et créateurs belges qui gravitent  autour du festival bruxellois depuis des années. Destinés à être diffusé en préambule des films en compétition, ces œuvres fun et déjantées ont permis à un public conquis d’avance (dont votre serviteur) de se régaler  d’actioner carpenterien, de slapstick zombiesque ou de portnawak spécifiquement belge, dont le trait d’union est cette appartenance au BIFFF et son atmosphère si particulière. Nous reviendrons plus longuement sur quelques uns de ces courts-métrages dont la moindre des qualités est d’avoir été conçue par des amis d’Ecran Large, à savoir Olivier Merckx, Youssef Seniora et bien sûr notre chouchou à nous, la tendre et belle Katia Olivier.

 


 

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