Venise 2010 : Jours 8 et 9

Laurent Pécha | 10 septembre 2010
Laurent Pécha | 10 septembre 2010

Chose promise, chose due, nous sommes bien allés voir la Vénus noire d'Abdellatif Kechiche. Et... patatras! Le réalisateur adoré des critiques qui avait créé l'événement avec L'Esquive nous fait ici le portait en long (2h40 !), en large et en travers de Saartjie Baartman dites  la "Vénus Hottentote" avec un manque certain de simplicité. Cette femme callipyge avait fait le bonheur des anthropologues du XIXème siècle qui la considéraient presque comme un chainon manquant entre l'homme et le singe. On vous explique pourquoi Vénus noire est un Graine et le mulet raté dans notre critique, ici. (2,5/5)

Mais mercredi fut la journée des surprises. Très bonnes même quand il s'agit du Japon. Le petit réalisateur (par la taille) mais grand par le talent, Sono Sion, nous apporte le choc de ce festival grâce à son film quasi-parfait, Cold Fish. Traitant d'un fait divers des années 80, le long-métrage devient une œuvre transcendante sur la chute du modèle patriarcal, la crise de la cellule familiale et la complexité des relations humaines. Porté par un casting dément, Cold Fish est cette bouffée d'air nécessaire dans un festival aux films parfois pompeux. On vous en parle (beaucoup) plus longuement sous peu avec, en prime, une interview du génie himself. (5/5).

Japon encore avec un Takashi Miike en triple programme aujourd'hui. Rediffusion de Zebraman 1 et découverte de l'inédit Zebraman 2, ce dernier redéfinissant le concept du film Z (une nouvelle lettre s'impose dans l'alphabet). Mais la vraie claque est son nouveau film, 13 Assassins, remake somptueux qui rend un hommage magnifique au film de samouraï. On explique comment dans notre critique détaillée. (4,5/5).

Asie toujours avec The girl in yellow boots (et non boobs comme l'avait compris notre Seb qui a vite déchanté une fois le générique amorcé), film indien relativement anodin qui doit beaucoup à la jolie prestation de Kalki Koechlin (une demoiselle à suivre). On retiendra toutefois de cette histoire de famille à propos d'une jeune fille cherchant son père en Inde, un final inattendu, glauque et pervers. (2,5/5).

Déception, par contre, du côté des States avec le nouveau film de Ben Aflleck. Réalisateur prometteur depuis Gone baby gone, Aflleck n'arrive pas à atteindre le deuxième effet kiss cool avec The Town, bon polar des familles. Basé dans le quartier irlandais de Boston, Charlestown, l'histoire adaptée d'un livre de Chuck Hogan raconte la vie d'un gang de voleurs de convoyeurs. Pour en savoir plus sur cette histoire mêlant amour, fraternité et trahisons, c'est par ici. (3/5)

Jeudi : autre jour, autre genre. Plus auteurisant cette fois. Cette journée marque le grand retour de Monte Hellman après quasiment 20 ans d'absence (du moins avec un film "notable"). Grand pote de Tarantino avec qui il a coproduit Reservoir Dogs, le « Malick des années 70 » grâce à son Macadam à deux voies revient en grande-pompe ave Road to nowhere. Malheureusement, jamais film n'aura aussi bien porté son nom tant le cinéaste s'est perdu avec ce film lent, vide et relativement incompréhensible. Mêlant fait divers politique et tournage virant au drame, Hellman s'amuse (mais pas nous) à brouiller les pistes. Décodage (ou plutôt tentative), ici. (1/5).

Autre film de la compétition qui ne risque pas de faire des étincelles : Drei de Tom Tykwer. De retour dans son pays, après les joies hollywoodiennes (le très moyen L'Enquête), le réalisateur allemand a semble t-il perdu l'ambition et le souffle de ses débuts (Cours, Lola, cours). Non pas que sa singulière histoire d'amour à trois (un couple va avoir comme amant le même homme sans le savoir) se montre souvent très juste mais l'ensemble a du mal à dépasser le cadre du film mis en boîte avec application. Quelques heures après la projection, il ne reste pas grand-chose dans nos têtes si ce n'est ce joli plan final, bien plus en accord visuellement avec ce que Tykwer savait proposer dans le passé. (3/5).

Et pour finir, un miracle ! Le truc que l'on attendait plus : un film italien qui respire le cinéma par tous ses pores. Ca s'appelle, La Solitude des nombres premiers (titre magnifique) et c'est juste une histoire d'amour hors normes. A partir d'un générique tout droit sorti de chez Argento, le réalisateur, Saverio Costanzo, joue la carte d'une mise en images baroque pour nous faire entrer dans l'intimité de deux êtres détruits par la vie. A grands coups de flash-back qu'il n'a de cesse de croiser avec le présent, Costanzo nous entraîne sur trois décennies dans la vie de Mattia et Alice, tous deux traumatisés par un sombre événement survenu dans leur enfance et qui vont devenir amis. Bien sûr, ces deux-là sont faits pour être ensemble mais le récit va s'évertuer à prolonger l'instant grâce à une qualité visuelle et sonore détonante (sublime bande originale tendance giallo et films d'horreur). Sublimé par les interprétations de ses comédiens (on n'est pas prêt d'oublier la fragilité du regard de Alba Rohrwacher), La Solitudine dei numeri primi fait admirablement amende honorable pour la pauvreté de la sélection transalpine. Un prix au palmarès serait tout sauf usurpé. (4/5).

Demain, dernier jour pour l'équipe d'Ecran Large et rendez-vous samedi soir pour la palmarès du jury présidé par Tarantino. Quelques heures avant, on vous proposera notre palmarès.

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