Critique : Road to nowhere

La Rédaction | 10 septembre 2010
La Rédaction | 10 septembre 2010

S'il y a bien un réalisateur adulé et attendu - son dernier vrai film de cinéma date quand même de 30 ans -, c'est bien le père Hellman au patronyme prophétique. Figure de proue du cinéma indépendant des années 90 (Tarantino et Gallo lui doivent beaucoup), le réalisateur a brillé par son silence cinématographique... Plus ses projets abandonnés se multipliaient, plus son aura grandissait aux yeux des cinéphiles (avec la ressortie multiple de ses précédents films) attendant le retour tant annoncé du maître.

D'où l'embarras que suscite son dernier film au titre prophétique Road to Nowhere. Car Hellman arrive un peu après la bataille avec son histoire improbable de réalisateur qui se perd dans le tournage de son film, adaptation d'un fait divers mettant en scène LA femme fatale ultime : Velma Duran. Film dans le film, fantasmagorie, mise en abîme du travail de cinéaste, le film cumule les pistes mais ne choisit d'en emprunter aucune et assène au passage un grand nombre de clichés sur l'artiste, le tout émaillé d'extraits plein écran (Bergman et Sturges en tête) et de placements produits (Apple, Canon) d'un goût douteux...et la désagréable impression de voir le film de fin d'étude d'un jeune étudiant en cinéma prétentieux.

Malheureusement pour lui, Monty Hellman arrive après David Lynch et Mulholland Drive qui a emprunté les mêmes sentiers avec la réussite qu'on lui connaît. Quant à la technique numérique révolutionnaire employée pour tourner le film et monté en épingle par une partie de la presse (un appareil photo) : manque de chance, Quentin Dupieux a déjà marqué l'essai avec Rubber. Si les intentions sont louables et le début prometteur (le film démarre par les 10 premières minutes du projet tourné par l'alter ego d'Hellman - chassé-croisé nocturne entre une femme aux aguets et un homme en fuite se concluant par un accident spectaculaire),  les enjeux narratifs faibles et l'interprétation improbable empêchent toute forme d'adhésion autre que l'ennui et le désarroi. C'est bien peu au regard des attentes que le film a engendré. On espère juste ne pas avoir à attendre encore 30 ans avant de revoir un film d'Hellman, un vrai, et de pouvoir enfin affirmer fièrement que Monty est fidèle à sa légende.

Sébastien de Sainte Croix

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