Bande originale : Sin city

Erwan Desbois | 19 mai 2005
Erwan Desbois | 19 mai 2005

Comme c'est devenu pour lui une habitude, Robert Rodriguez a une nouvelle fois tenu tous les rôles sur Sin city : réalisateur, producteur, cadreur, monteur, scénariste (non crédité) et compositeur. Une telle concentration des tâches a ses avantages (gain de temps et d'argent, unité de la vision) et ses inconvénients, puisqu'il est utopique d'espérer atteindre l'excellence dans tous ces différents domaines. Dès lors, tout comme le scénario et la mise en scène de Rodriguez se contentent d'être des copies conformes de l'œuvre dessinée de Frank Miller, sa musique reprend avec application mais sans génie les motifs et les ambiances des genres auxquels en appelle Sin city (films noirs des années 50, polars, films d'horreur).

Rodriguez s'est assuré pour cette bande-originale le concours de deux compositeurs chevronnés et qui travaillent tous deux à Hollywood depuis plus de dix ans : John Debney (Relic, Le Roi Scorpion - photo ci-contre) et Graeme Revell (Une nuit en enfer déjà avec Rodriguez, et plus récemment Les chroniques de Riddick ou Assaut sur le central 13 - photo au paragraphe suivant). Chacun d'entre eux a eu en charge un segment précis du film – «Le grand carnage» pour Debney, «Sin city» pour Revell –, Rodriguez s'étant occupé du dernier («Cet enfant de salaud») et d'assurer une certaine unité à l'ensemble, puisqu'il a co-écrit trois morceaux avec Revell et deux avec Debney. Cette unité représente l'ambiance propre à Sin city, la ville du péché, qui exhale en permanence un sentiment cauchemardesque de franche claustrophobie, propice tant au désespoir qu'aux hallucinations. La bande-originale exprime tout cela dès le thème d'ouverture «Sin city» composé par Rodriguez (morceau n°1), avec ses violons à la fois envoûtants et inquiétants, ses cuivres déchirants et son envolée lyrique aussi puissante qu'inattendue.

Le décor est posé, et ne changera plus jusqu'à la fin du disque. Tous les morceaux partagent en effet cette atmosphère inquiétante, qui pèse sans interruption sur les protagonistes du récit. L'ensemble finit malheureusement par peser également sur nos oreilles à force de redites. Pour rendre cette bande-originale incontournable et passionnante à écouter même en dehors du contexte du film, il manque un leitmotiv musical fort et qui reviendrait de segment en segment, de la même manière que des «refrains» sont présents à l'intérieur de chaque histoire. Introduits via le thème de chaque personnage principal (morceaux n°4, 10 et 22), ces phrases musicales expriment la révolte de ces hommes contre la malédiction de Sin city ainsi que le violent désordre qu'ils amènent dans la ville, chacun à sa manière : la force brute pour Marv (qui se traduit par une ligne de basse dévastatrice), la folie imprévisible pour Dwight (un superbe solo de trompette), et enfin la progression presque tranquille et apaisée d'un homme sûr de la justesse de ses actes pour Hartigan (quelques notes d'un piano presque nostalgique).

Ces thèmes apportent un peu de la variété qui fait défaut à cette bande-originale, tout comme le font les deux morceaux non composés par le trio Rodriguez – Debney – Revell : l'énergique chanson «Absurd» du groupe Fluke (morceau n°19), et l'instrumental virevoltant «Sensemaya» du compositeur mexicain Silvestre Revueltas (morceau n°23). Tout comme la séquence dirigée par Quentin Tarantino qui mettait en lumière les lacunes de la mise en scène de Rodriguez, ce morceau d'une grande richesse musicale et rythmique, qui date de 1938, agit comme une bouffée d'oxygène au sein d'une bande-originale qui ne parvient en définitive jamais à réellement décoller.

Track listing

1. Sin City (Rodriguez)
2. One Hour to Go (Rodriguez)
3. Goldie's Dead (Revell)
4. Marv (Revell/Rodriguez)
5. Bury the Hatchet (Revell)
6. Old Town Girls (Revell/Rodriguez)
7. The Hard Goodbye (Revell)
8. Cardinal Sin (Revell/Rodriguez)
9. Her Name Is Goldie (Revell)
10. Dwight (Debney)
11. Old Town (Debney/Rodriguez)
12. Deadly Little Miho (Debney/Rodriguez)
13. Warrior Woman (Debney)
14. Tar Pit (Debney)
15. Jackie Boy's Head (Debney)
16. The Big Fat Kill (Debney)
17. Nancy (Rodriguez)
18. Prison Cell (Rodriguez)
19. Absurd (Fluke)
20. Kiss of Death (Rodriguez)
21. That Yellow Bastard (Rodriguez)
22. Hartigan (Rodriguez)
23. Sensemaya (Silvestre Revueltas)
24. Sin City End Titles (Rodriguez)

commentaires

Aucun commentaire.

votre commentaire