Manifeste du cinéaste (livre)

Patrick Antona | 6 septembre 2006
Patrick Antona | 6 septembre 2006

Dans le Manifeste du cinéaste, Frédéric Sojcher se livre à une double analyse des plus intéressantes. La première réside dans une étude sur tous les mécanismes qui participent à l'élaboration d'un film, de la rédaction du scénario jusqu'à la distribution et l'accueil public / critique, dans le but d'en faire une oeuvre d'art. Dans la seconde partie, Frédéric Sojcher s'attache à défendre l'idée d'exception culturelle qui devrait servir le cinéma, à l'opposé d'un modèle uniquement basé sur la rentabilité économique (Hollywood en somme) qui lui ne tendrait qu'à l'appauvrissement de la création.

Mais loin d'être une pensum didactique, Frédéric Sojcher (auteur du passionnant documentaire Cinéastes à tout prix consacré aux réalisateurs belges alternatifs dont le Ed Wood national, Jean-Jacques Rousseau) sollicite l'intelligence du lecteur en jouant sur une forme de ping-pong dialectique, avec au centre le réalisateur, chef d'orchestre d'un processus qui va du scénario au montage. Dans cette première partie, l'auteur énumère les principes généraux de création ainsi que les aléas (divergences artistiques, comédiens fragiles, problèmes de financement, etc…) qui font d'un film une œuvre à part, à la différence d'un livre ou d'une peinture, le comparant souvent à « un champ de bataille ».
Cette notion de lutte est encore plus présente dans la seconde partie, où Frédéric Sojcher donne une petite piqûre de rappel en nous remémorant les accords du GATT de 1992. En opposant et défendant une certaine forme de filmer « à l'européenne » (tout en se questionnant sur sa préservation) opposé au cinéma hollywoodien dont le seul credo est la rentabilité aboutissant à l'abrutissement des masses (« La tendance amenée par le Nouvel Hollywood consiste à transformer le cinéma en spectacle de son et lumière »).


D'autres aspects explorés dans le Manifeste du Cinéaste sont les rapports souvent antinomiques entre cinéma et télévision, la seconde finissant par annihiler la première, se déchargeant de sa mission éducative pour ne devenir que la fenêtre publicitaire de grands groupes. Car pour l'auteur, ces derniers se servent du « divertissement » uniquement comme un moyen supplémentaire pour « racoler » de nouveaux clients dans le grand marché globale qui se dessine.

Pour lutter contre ces menaces qui tendent à ne réduire le cinéma qu'à sa seule valeur commerciale, Frédéric Sojcher pose la cinéphilie comme acte de résistance, elle qui sauve de l'oubli des œuvres qui ont du sens, et espère que l'avènement de nouvelles technologies (caméras DV, Internet…) seront à même de revitaliser une forme de création qui se trouve être en berne. Frédéric Sojcher participe à ce combat en enseignant à la Sorbonne, où il dirige des ateliers de réalisation et n'hésite pas à tailler quelques costards à certains de ces collègues (Eric Rohmer pour ne pas le nommer) à qui il reproche des attitudes bien trop personnelles et détachées, là où l'union et une volonté commune seraient bien plus efficaces.

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