Compte rendu du lundi 6 septembre

Laurent Pécha | 7 septembre 2004
Laurent Pécha | 7 septembre 2004

Après un week-end qui a laissé les festivaliers sur leur faim (est-on en train de fêter le 30e anniversaire du festival ?), la compétition a débuté ce lundi 6 septembre. Sans être exceptionnelle, la cuvée 2004 s'annonce sous de bons auspices.

Bacon prend des risques

Premier film de la compétition, The Woodsman réussit le tour de force de traiter d'un sujet on ne peut plus délicat et scabreux (la pédophilie), avec un sens de la retenue d'une grande noblesse. En décortiquant la difficile réinsertion d'un homme ayant fait 12 ans de prison pour attouchements sur mineurs, Nicole Kassell signe un film extrêmement sobre et réaliste (à quelques détails et seconds rôles près). Présenté avant tout comme un être humain avec des failles plutôt que comme un simple monstre, le personnage de Walter, campé par un formidable Kevin Bacon qui n'a pas peur de se mettre en danger, permet à la cinéaste débutante d'éviter tous les écueils qu'un tel sujet aurait pu laisser naître. À défaut d'attachement, on éprouve petit à petit de la compassion pour cet homme qui cherche fermement à reprendre le cours normal de sa vie, surtout lorsqu'il rencontre une jeune femme au passé presque aussi traumatisé (l'épouse de Kevin Bacon, Kyra Sedwick, particulièrement touchante). Avec une mise en images répétitive prenant le temps de montrer la progression mentale de son « héros », Nicole Kassell atteint des élans de vérité troublants, à l'image d'une séquence d'une rare pudeur entre Walter et une petite fille sur un banc public.
Film courageux, d'une grande maîtrise technique et narrative, et magnifiquement interprété, The Woodsman est une œuvre forcément forte.
L.P.

Bully light

À la lecture du synopsis, inutile de chercher bien loin de quel autre film, tiré d'un fait réel celui-là, se rapproche Mean Creek. Il s'agit bien sûr de Bully. Mais là où ce dernier n'y allait pas avec le dos de la cuillère, Mister Clark étant passé maître dans l'art de la provoc pour dévoiler au grand jour une Amérique d'ados dépravés, accros au sexe, à la drogue et à la violence, Mean Creek se veut beaucoup plus nuancé, mais pas pour autant moins dérangeant. Le début et la fin demeurent donc inchangés : une ouverture sur les comploteurs et le plan qu'ils ourdissent, et la culpabilité en conclusion. Et c'est finalement au niveau du noyau central que la différence se fait entre les deux films. En effet, dans leur périple nautique, les conspirateurs de Mean Creek vont peu à peu découvrir un nouveau visage à leur future victime, beaucoup moins « bête et méchante » qu'elle n'y laissait paraître de prime abord, qui les amènera alors à douter du bien fondé de leur punition. Une réconciliation absente dans Bully, qui a le mérite de rendre ce film plus accessible que celui de Clark, sous réserve de l'acceptation d'une certaine crudité du langage, mais qui a aussi l'inconvénient d'occasionner plusieurs longueurs dans cette partie centrale. Tout cela est heureusement rattrapé par le talent des jeunes acteurs, une photographie à la limite du docu amateur, et une BO au classicisme à cordes, tous trois parfaitement en phase avec la gravité du thème abordé : la cruauté adolescente poussée à son paroxysme.
S.A.

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