Bioshock : Gore Verbinski explique en détails pourquoi son film a été annulé

Antoine Desrues | 5 mars 2021
Antoine Desrues | 5 mars 2021

Longtemps fantasmé, finalement annulé, le film Bioshock de Gore Verbinski n’a pas fini de laisser entrevoir ses coulisses.

Après The Ring et les trois premiers Pirates des Caraïbes, le réalisateur Gore Verbinski a essayé de lancer l’adaptation cinématographique du jeu vidéo culte Bioshock. Malheureusement, la plongée dans la ville sous-marine de Rapture s’est rapidement transformée en arlésienne, bien que le cinéaste ait pu réexploiter certaines envies esthétiques et narratives sur son film d’horreur A Cure for Life.

Si Verbinski a souvent été un artiste mésestimé, sa vision pour Bioshock aurait sans doute pu réaffirmer ses talents de metteur en scène, d’autant plus que le scénario de son adaptation a fuité par le passé, se révélant à la fois fidèle et enthousiasmant.

Pour autant, le cinéaste a eu l’occasion de tourner la page, et s’est même lancé dans plusieurs projets, dont un film basé sur une nouvelle de George R.R. Martin. Au micro de Collider, Gore Verbinski a donné quelques détails sur ces propositions... mais est tout de même revenu sur Bioshock.

 

photoVague à l'âme

 

Il faut dire que le cinéaste s’est longtemps investi dans l’adaptation du jeu réalisé par Ken Levine, pitché à Universal pour un tournage prévu autour de 2008. Si le studio s’est d’abord montré intéressé, la nature violente du projet et son coût conséquent ont poussé la société à rapidement couper le cordon :

“On l’a présenté comme un seul film. Et c’était étrange. Lors de mon premier rendez-vous pour Bioshock chez Universal, on était assis et j’ai dit : ‘Salut, c’est un film Rated-R à 200 millions de dollars.’ Et la salle a été silencieuse. Je me souviens de mon agent qui m’a dit : ‘Pourquoi tu as dit ça ?’. Je lui ai répondu : ‘Parce que c’est le cas’. Pourquoi essayer de tuer un film qui n’a même pas débuté sa production ?”

 

PhotoLa Source Vive dans ta face

 

Verbinski a ainsi précisé que l’hésitation d’Universal a provoqué une réponse très tardive quant à l’annulation pure et simple du projet. Chose intéressante, le cinéaste a rappelé que Bioshock a tenté de se faire au moment de la sortie du Watchmen de Zack Snyder, véritable anomalie contemporaine dans le domaine des blockbusters coûteux ultra-violents. Selon lui, c’est l’échec au box-office de cette production qui a poussé les exécutifs de studios à privilégier le PG-13 pour des longs-métrages de ce calibre.

“Il y a ces gens qui traitent des données en permanence. Et de nouvelles données leur ont dit de ne pas faire le film. Très bien. Mais ce fut une glorieuse perte de temps parce que j’ai essayé d’être très clair et honnête : c’est Rated-R...”

Malgré cette mauvaise expérience, Gore Verbinski est revenu avec plaisir sur sa démarche créative pour ce projet complexe, tragédie d’horreur en grande partie fondée sur les livres de la philosophe Ayn Rand, le tout couvert d'une action pas piquée des hannetons (enfin, piquée de plasmides plutôt). Le cinéaste et son scénariste John Logan (Le Dernier Samouraï, Aviator) se sont certes basés sur certaines des scènes fortes du jeu, mais c’est vraiment l’arc narratif global de Jack (et même les diverses fins possibles de son histoire) qui les ont intéressés :

 

PhotoUnlimited poweeeeeeeer

 

“Je pense que [Bioshock] a l’une des rares narrations de jeux vidéo construites sur une grande histoire. C’est Œdipe. Il y a un vrai flow narratif. Il y a cette sorte de narrateur peu fiable. C’est moi qui ai approché John Logan avec ce script, et il a vraiment répondu à l’aspect dramaturgique de l’histoire. Donc on a passé beaucoup de temps à adapter cette histoire.

Bien sûr, le crash d’avion [au début du jeu] était un gros morceau, et l’entrée dans ce monde. Il y avait beaucoup de story-boards et de pré-visualisations. On s’est aussi demandé comment implémenter les deux fins. Je ne sais pas si vous êtes familier du jeu, mais on voulait disséquer la feinte de l’happy ending, tout en gardant la version déchaînée du final. On essayait d’y arriver, et c’était très excitant.”

En tout cas, Bioshock aurait sans nul doute été un projet d’adaptation fascinant, voire le film qui aurait pu briser la supposée malédiction des jeux vidéo transposés sur grand écran.

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commentaires
Flo
11/03/2021 à 14:23

@Maski mask Snyder n'a rien réussi pour "Watchmen": il a accepté le boulot grâce à ses deux précédents films, a suivi le script en l'illustrant à sa manière habituelle, a pu profiter de l'élan "dark" du Batman de Nolan qui a fait croire à la Warner qu'elle pouvait continuer à financer ce genre de film les yeux fermés... Total, c'est sorti sans une promo à la hauteur et ça a contre performé.
Deadpool lui coûtait moins (sans que ça se voit) et avait une promo au long cours rigolote grâce à Reynolds. Les spectateurs étaient préparés à le voir, ne serait-ce aussi que comme contrepoint aux autres super-héros officiels.
Aujourd'hui, tout le monde est préparé... Mais la rentabilité se fait moins sur grand écran, l'offre étant bouffée par les plateformes depuis bien avant la Pandémie - ce qui a fini par faire boule de neige avec encore moins de production "adultes" à gros budget pour le grand écran.

Systemshock
09/03/2021 à 13:57

Quel dommage !

Hellcow
08/03/2021 à 13:23

"Les Montagnes Hallucinées" de Del Toro et "Bioshock" de Verbinski : deux films qui ne se seront pas faits pour les mêmes raisons, avec des réalisateurs qui ont voulu rester droits dans leurs bottes.
Deux potentielles pépites étouffées dans l'oeuf...

Maski mask
06/03/2021 à 13:44

@Flo après c'était en 2007/2008 les film Rated R n'était pas a la page, ça commencé à être a la "mode" quand deadpool est sortie puis il y a eux une vague de mauvais film des comédie en particulier Rated R, puis il y a eu ÇA, a cette époque la financé un film a 200 millions de dollars Rated R c'était impensable meme du jamais vu, je ne sais pas comment synder a réussit pour watchmen.

J'espère vraiment qu'un autres réalisateur avec une autre vision proche de celle de verbinski (peut-être) propose quelque chose pour NETFLIX, parce que si il sont prêt donne 150 millions à Michael Bay et des millions sur film de très mauvais calibre, je pense que rien est impossible concernent ce film

Flo
06/03/2021 à 12:47

Faire du R Rated pour le R Rated... Il a manqué de subtilité là, il devrait savoir que ce processus se crée petit à petit, pour mieux être financé, et ensuite vendu à un large public qui ne sera pas celui qui vient compenser les coûts en venant en famille. Comme pour "Ça" par exemple, bien aidé par le côté (nostalgique) à la "années 80 et Stephen King".

Snake
05/03/2021 à 17:16

Verbinski semblait avoir parfaitement compris le matériau de base, c'est dommage....

Maski mask
05/03/2021 à 16:54

Ça fait mal d'étendre tout ses bonne idée, tout ce temps qu'ils a consacré afin d'adapter ce jeu
Gore verbinski est un peintre plus qu'un réalisateur et je l'ai vraiment remarqué en regardant "a cure for life" autre chef d'œuvre incompris ou comme c est dit dans l'article on sent un air de bioshock dans ce film.
J'espère que NETFLIX pourrait redonné une chance de faire ce film avec des nouvelles idée car malheureusement concept arts et scénario on fuité.

Jired
05/03/2021 à 16:20

Merci pour l'intégrité de Verbinski, du coup ! On a évité un massacre !

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