Shining : Shelley Duvall raconte le tournage traumatique du film de Kubrick

Antoine Desrues | 17 février 2021 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Antoine Desrues | 17 février 2021 - MAJ : 09/03/2021 15:58

L’actrice Shelley Duvall a accepté de revenir sur les conditions difficiles du tournage de Shining, notamment au vu du perfectionnisme de Stanley Kubrick.

Si Shining est devenu un film mythique de l’histoire du cinéma, c’est autant pour les merveilleuses ambiguïtés de la mise en scène de Stanley Kubrick que pour sa conception compliquée. Le réalisateur de 2001 : l'odyssée de l'espace a toujours été décrit comme perfectionniste, et son long-métrage d’horreur a atteint une dimension extrême puisque le tournage s’est étalé sur cinquante-six semaines (soit un an et un mois environ).

À cause de ce rythme effréné, certaines personnes ont souffert de cette expérience, à commencer par Shelley Duvall. L’interprète de Wendy Torrance a clairement marqué les esprits avec sa performance magistrale, mais la folie du personnage a fortement pesé sur l’actrice, d’autant plus que Kubrick se serait montré cruel avec elle pour renforcer son jeu.

Depuis, Shelley Duvall s’est petit à petit éloignée d’Hollywood, au point où elle n’a pas été aperçue au cinéma depuis 2002. Néanmoins, la comédienne a accordé une interview en 2016 à la fameuse émission Dr. Phil, dans laquelle elle a évoqué ses troubles mentaux, qui pourraient bien avoir été provoqués par le tournage traumatique de Shining.

 

photo, Jack Nicholson, Shelley DuvallHighway to hell

 

Désormais recluse au Texas, Shelley Duvall a été approchée par The Hollywood Reporter pour un portrait de vie, où elle a accepté de revenir sur l’expérience du film qui a fait d’elle une icône, pour le meilleur et pour le pire. La comédienne a principalement souligné la lourde charge émotionnelle du personnage de Wendy :

“[Avant de tourner une scène, j’écoutais] des chansons tristes. Ou je pensais à quelque chose de très triste, ou à mes amis et ma famille qui me manquaient. Mais au bout d’un moment, le corps se rebelle. Il dit : ‘Arrête de me faire ça. Je ne veux pas pleurer tous les jours.’

Et parfois, cette seule pensée pouvait me faire pleurer. En me réveillant un lundi matin, très tôt, pour réaliser qu’il fallait pleurer toute la journée parce c'était planifié - je me mettais à pleurer. ‘Oh non, je ne peux pas, je ne peux pas’. Et pourtant je l’ai fait. Je ne sais pas comment. Jack [Nicholson] me l’a dit aussi. Il m’a dit, ‘Je ne sais pas comment tu fais’.”

 

photo, Shelley DuvallUne performance incroyable... mais douloureuse

 

Par la suite, la comédienne est revenue sur la méthode très extrême de Kubrick, qui a accumulé jusqu’à 127 prises lors de la célèbre scène dans l’escalier, où Wendy menace avec une batte de base-ball son mari violent : “C’était une scène difficile, mais elle est devenue l’une des meilleures du film.”

Alors que le journaliste lui a montré une nouvelle fois la scène, Shelley Duvall s’est mise à pleurer :

“Nous avons tourné ça pendant trois semaines. Tous les jours. C’était très dur. Jack était si bon – si effrayant. Je ne peux qu’imaginer le nombre de femmes qui vivent ce genre de choses au quotidien. [...] [Kubrick] ne s’arrête pas avant au moins la trente-cinquième prise. Trente-cinq prises, à courir, pleurer, et porter un petit garçon, ça devient dur. Et la performance doit être au top dès la première répétition. C’est difficile.”

 

photo, Jake LloydShelley Duvall et Danny Llyod

 

Néanmoins, l’actrice a choisi de se montrer plus mesurée lorsqu’elle a évoqué le comportement du réalisateur. Même si elle a admis que sa rigueur pouvait être problématique, elle l’a décrit comme quelqu’un d’attentionné auprès de ses comédiens :

“Il était très chaleureux et amical avec moi. Il a passé beaucoup de temps avec Jack et moi. Il voulait juste s’asseoir et parler pendant des heures pendant que l’équipe attendait. Et l’équipe pouvait dire, ‘Stanley, il y a soixante personnes qui t’attendent’. Mais c’était un travail important pour lui.”

Ce nouveau témoignage édifiant interroge encore une fois la responsabilité de Stanley Kubrick face à la condition actuelle de Shelley Duvall. Avec le temps, peut-on décemment revoir Shining, aussi brillant soit-il, sans prendre en considération ce qu’a dû subir une partie de son casting pour atteindre ce niveau d’excellence ? A chacun de se faire une idée sur la question.

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commentaires
Chucky40
19/10/2021 à 08:50

Moi aussi je n’ai pas accroché à çe film çe shining l’enfant lumière,regarder pour la première fois au secondaire en fin de journée, pour avoir bien étudié, notre enseignante nous a fait une vidéo d’horreur un classique et après de l’avoir visionné,j’ai trouvé que c’était nul aucune peur et aucun d’angoisse,alors mon avis çe film est un petit thriller psychologique à la jack nicholson bien sûr vedette de l’heure donc pour moi le meilleur de Kubrick c’est orange mécanique 1971 chef d’œuvre.

Oleander
20/02/2021 à 09:57

L'orientation de votre article laisse songeur mais assez dans l'air du temps qui veut tout simplifier et rien nuancer.

Y'en a légion des métrages où en coulisses, on fait état de conditions difficiles de tournage, metteur en scène tyrannique, acteurs ou actrices difficiles, producteurs véreux ou dépassés. Et la finalité c'est quoi ? Quel est l'originalité du propos et sa mise en perspective ?

Ne doit-on pas un moment donné souffrir pour un résultat qui nous depasse ? Si Kubrick s'était contenté d'une seule prise, ou même de cinq, et que le résultat aurait été un bide critique et public, lui laissant des séquelles irréversibles, auriez-vous reconsidérer son film en le sachant ?

Non franchement ce formol dans lequel on essaie de nous induire, condamner la moindre difficulté pour une simplicité qu'on ignorerait, voir qu'on mepriserait.

evans16
19/02/2021 à 15:44

Je n'ai jamais compris le succès du film, je trouve le film ennuyeux, jack nicholson qui joue du Jack Nicholson et il le surjoue en plus, dire que ce film est un chef d'oeuvre me laisse pantois, le mieux c'est que les gens trouvent des théories pour expliquer les erreurs, et je ne parle pas même pas de l'agencement de l'hotel, il est partit au plus simple, et vu que le gars fait tout le temps des plan-séquences c'est normal qu'il aille au plus simple, et c'est aussi normal qu'il fasse plus de prise

Stephen King
18/02/2021 à 07:49

Je m'y ferai jamais... SHIT !

Internaute
18/02/2021 à 01:06

" Cronenberg critiquait beaucoup le film car Kubrick respectait pas le genre. Il explique (Bonello) que shinning enchaînait les grandes scènes cultes au détriment de la cohérence de l'ensemble balayant de ce fait d'un revers de la main tout les codes du cinéma d'horreur et fantastique. "

En attendant Cronenberg n'a jamais fait un seul film qui ai atteint le niveau de Shining... Je suis désolé mais on s'en fout tellement de ce genre de propos à la con...

Ray Peterson
17/02/2021 à 23:56

N'empêche qu'après The Shining, Shelley Duvall s'est faite trop rare au cinéma par la suite.
Je l'avais adoré dans les films de Robert Altman que ce soit l'excellent Nashville ou le super troublant 3 femmes. Cette expérience a dû être un véritable supplice pour elle. quelle dommage.

Pistolero
17/02/2021 à 20:58

[mode troll on]
Du coup on peut embaucher Joss Whedon pour la suite ?
[mode troll off]

Guigui2000
17/02/2021 à 20:47

@garm
En même temps j'aimerais bien voir ta filmographie pour la comparer avec celle de Kubrick :)
C'est tellement facile de critiquer 40 ans après la methode d'un mec qui a fait quasi un chef d'œuvre à chacun de ses films.

Garm
17/02/2021 à 18:14

oui bon t'as retenu la dernière phrase mais il y a tout un commentaire au dessus qui explique ca.

RobinDesBois
17/02/2021 à 17:59

@Garm "c'est pas "tu fais 100 prises parce que tu es méticuleux", mais plutôt "tu fais 100 prises parce que tu gère mal""

Si Kubrick "gère mal" alors qui gère bien ? Il est juste obsessionnel et c'est sa façon de procéder. Ce qui compte c'est le résultat final de toute façon.

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