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Cinéma vs streaming : pourquoi les acteurs s’énervent face à la stratégie de Warner ?

Par Antoine Desrues
8 décembre 2020
MAJ : 9 avril 2021
11 commentaires
photo, Gal Gadot

La sortie des films de la Warner en salles et sur HBO Max sera sans nul doute un problème pour les exploitants, mais aussi pour les artistes. Explications.

Après avoir annoncé la sortie simultanée de Wonder Woman 1984 dans les salles de cinéma et sur sa plateforme de streaming HBO MaxWarner Bros. a affirmé que 17 de ses films, prévus pour sortir en 2021, profiteraient de cette même stratégie. Il est clair qu’avec cette démarche, que le studio a affirmé temporaire, les majors hollywoodiennes ont profité de la pandémie pour accélérer l’évolution de la distribution cinématographique, désormais tournée vers la SVoD.  

Si les exploitants de salles ont toutes les raisons du monde de s’insurger face à ces décisions, les artistes ont aussi commencé à hausser le ton. Christopher Nolan, l’un des auteurs chéris du studio, n’a pas hésité à sévèrement tacler sa maison-mère. Mais il est loin d’être le seul… 

 

Photo Christopher NolanChristopher Nolan, en train de retaper son CV pour les autres studios.

 

À vrai dire, l’un des premiers problèmes réside tout simplement dans la communication. Afin d’éviter les fuites, Warner a dissimulé son plan d’attaque jusqu’à la dernière minute, laissant de nombreux acteurs, réalisateurs ou encore producteurs dans une certaine incompréhension.  

Passée la surprise, la transition de la salle vers le streaming présente également un risque pour l’équilibre monétaire d’Hollywood. Après tout, l’ensemble des personnalités du cinéma ont pour intermédiaires des agents, qui touchent un pourcentage sur le salaire de celles et ceux dont ils protègent les intérêts. Au sein de cette balance, la compensation des artistes se résume souvent à deux méthodes, parfois complémentaires : un salaire défini pendant la production de l’œuvre, et un pourcentage sur les recettes globales d’un film. C’est pour cette raison que les acteurs et réalisateurs sont souvent très investis dans la promotion d’un long-métrage, car un succès en salle est alors synonyme d’une pluie de billets dans leur compte en banque.  

 

photo, Gal GadotÀ l’image de la stratégie de Warner, c’est ce qu’on appelle avoir le cul entre deux chars.

 

Et c’est là que le bât blesse. Avec ce système hybride de sorties, un studio n’a pas d’intérêt à maximiser le succès d’un long-métrage en salle, et il est bien plus difficile de quantifier l’importance d’un film sur les abonnements à une plateforme de SVoD.  

Selon le New York Times, Warner a donc essayé de contourner ce problème dans le cas de Wonder Woman 1984. Pour tester la viabilité de ce prétendu “one-shot”, la major a secrètement contacté les agences William Morris Endeavor et Creative Artists, qui représentent respectivement l’actrice Gal Gadot et la cinéaste Patty Jenkins. Le but : s’assurer que l’équipe créative du film défende la démarche du studio, et n’aille pas crier sur tous les toits que la sortie sur HBO Max est un affront.  

Pour compenser le pourcentage sur les recettes du long-métrage, forcément amoindri par la sortie bâtarde du blockbuster, il y a eu selon l’enquête du journal des négociations assez tendues. Au final, Warner a accepté de payer les deux femmes (ainsi que le producteur Charles Roven et quelques autres gros noms du générique) plus de 10 millions de dollars.  

 

photo, Gal GadotVoilà comment Gal Gadot a dépensé ses 10 millions de dollars.

 

Warner est encore l’un des derniers studios à défendre des visions d’auteurs fortes, notamment en donnant carte blanche à des cinéastes comme Nolan, Clint Eastwood ou encore Denis Villeneuve. Néanmoins, les récentes révélations autour de Wonder Woman 1984 ont commencé à inquiéter de nombreux agents, cherchant à comprendre pourquoi leurs clients n’auraient pas droit aux mêmes accords que Gal Gadot ou Patty Jenkins. Les représentants de Denzel Washington, Margot Robbie, Will Smith, Keanu Reeves, Hugh Jackman et Angelina Jolie se sont notamment fait entendre, alors que la Directors Guild of America (l’un des grands syndicats pour les réalisateurs) envisagerait un boycott de Warner Bros..  

Si certains ont considéré la stratégie du studio comme nécessaire, voire novatrice en ces temps incertains, difficile de ne pas y voir un plan sur le court terme pensé dans la panique, afin de sauver un maximum de l’argent que les blockbusters auraient dû rapporter en 2020. En se mettant une bonne partie de l’industrie à dos, c’est tout son prestige que Warner a mis en danger. En tout cas, pour mieux comprendre le bouleversement lancé par le studio, on a décortiqué les enjeux de cette nouvelle démarche de distribution.  

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Dx3néo

Peut importe la qualité du film, la qualité de votre tv ou projecteur ainsi que celle votre fauteuil ou canapé, rien ne remplace 1 film au cinéma! De surcroît 1 film à grand spectacle!

Kyle Reese

@LDR

Tu as tout à fait raison quand à la visibilité incroyable que permet youtube et Spotify pour les petits nouveaux artistes sans trop de moyen. C’est vrai que j’ai mis cela (volontairement) de coté pour forcer un peu le trait. Le merchandising et les concerts en ce moment c’est évidement pas ça, mais ça touche surtout en temps normale une forme de production plus orienté vers le live. Mais c’est vrai que la possibilité de se passer d’intermédiaires qui se gavaient au passage est en soit une très bonne chose. En tout cas le sujet m’intéresse car je produit de la musique dans mon coin en amateur pas vraiment adapté au live pour le moment mais vais surement tenter un jour de la diffuser d’une manière ou d’une autre. C’est clair en tout cas qu’après l’industrie musicale c’est au tour du milieu hollywoodien et du cinéma de manière générale de devoir évoluer, s’adapter voir muter.

LDR

@的时候水电费水电费水电费水电费是的 Kyle Reese

Tous les petits artistes ne sont pas perdant dans ce nouveau système. YouTube et Spotify permet une bien plus grande visibilité pour un jeune arrivant contrairement à l’époque où tout était gérer par les maisons de disque. L’ère est à la suppression des intermédiaires.
C’est évident que certains artistes gagnent moins d’argent qu’avant grâce aux albums.

Mais à côté de ce marché la, les gens continuent d’aller aux concerts (bon pas forcément en 2020 pour les raisons que l’on connaît) et à acheter les marques portées par leurs artistes préférés.

Le live et le merchandising font mentir tous les pronostics les plus pessimistes concernant le marché de la musique. Et puis les plateformes de streaming n’en sont qu’à leur début. Tout est en maturation encore.

Et par rapport aux films c’est un peu la même chose. Même si tout est bien plus complexe. Les gens continueront à payer pour voir des films au cinéma. Peut être moins qu’avant. Mais est ce que tout est quand certaines grandes société de production faisait la pluie et le beau temps du cinéma ? Avec Disney qui possède la plupart des licences les plus lucratives et qui sort des projets souvent très moyens (et qui là aussi, pour défendre certains de leurs choix, se sont sacrément cassés la gueule avec des projets originaux tel que John Carter ou Tomorrowland) ?

La situation n’est jamais aussi idyllique que l’on pense. Mais jamais aussi terrible non plus. Laissons le cinéma muter et voir la où il se dirige dans les années qui viennent.

Et concernant Nolan, c’est surtout le fait qu’on ne lui ai rien dit qui l’a énervé. Après Warner voulait éviter les fuites pour donner le plus d’impact à son annonce.

Free Spirit

excellente Analyse de KYLE REESE…

Cklda

Suis-je le seul pour qui tous ces enjeux ne révèlent surtout qu’un système économique et mercantile assez puant que le streaming a au moins, et avec le plus grand cynisme du monde, la décence de rendre plus explicite et assumé, à savoir que le cinéma reste avant tout un p*tain de business sacrément juteux – dont bcp d’artistes étaient les premiers a se plaindre et à vanter les mérites de l’indépendance des plateformes. Bien noté pour les points importants de Kyle Reese et Geoffrey (ceux qui pensent et écrivent encore menacés…) mais au delà et considérant les noms d’acteurs cités, je ne vais pas pour ma part les pleurer sachant les cachets qu’ils touchent et si ça peut éviter à la population mondiale qu’ils viennent leur bourrer le mou sur les télévisions avec leur propagande mielleuse durant les phases de promotion