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Mignonnes : le distributeur réagit à la délirante polémique américaine

Par La Rédaction
16 septembre 2020
MAJ : 17 septembre 2020
20 commentaires
Affiche officielle

Depuis plusieurs semaines, le film Mignonnes est frappé par une campagne délirante et diffamatoire, qui a embrasé jusqu’aux politiciens américains. Le distributeur du film vient de s’exprimer. 

C’est dans les colonnes de Variety que David Grumbach, à la tête de Bac Films, qui a distribué le long-métrage en France, a pris la parole, tant pour défendre l’œuvre que rappeler en quoi la polémique qui l’entoure relève plus de l’hallucination collective et de la manipulation que de quoi que ce soit d’autre. 

Pour mémoire, la carrière du premier film de Maïmouna Doucouré s’annonçait sous les meilleurs auspices. Produit en France pour le cinéma, vendu dans le reste du monde à Netflix, il a été applaudi à Sundance et à Berlin, où il a récolté respectivement le Prix de la mise en scène et la Mention spéciale du Jury International. Reçu en France par une presse et un public très favorable, Mignonnes a déclenché rapidement un vif “débat” outre-Atlantique. 

 

photo, Fathia Youssouf AbdillahiL’impressionnante Fathia Youssouf Abdillahi

 

En effet, quand Netflix a commencé sa promotion internationale, mettant en avant une affiche aussi laide que douteuse, en contradiction totale avec l’esprit du film et son contenu, les réactions outrées ne se sont pas fait attendre, notamment sur les réseaux sociaux. L’essentiel des intervenants confondant allègrement l’œuvre, sa promotion, son autrice et la plateforme le distribuant hors hexagone, Mignonnes et sa cinéaste n’ont pas tardé à être accusés de pédopornographie. 

La sortie du film sur Netflix a remis une pièce dans la machine, les commentateurs les moins bien intentionnés n’hésitant pas à extraire du film des morceaux de séquence, les tronquant volontairement, afin de souligner leur propos et valider leurs accusations. D’où une tempête médiatique ahurissante, qui pousse aujourd’hui David Grumbach à prendre position dans une interview de Variety

Il s’est tout d’abord exprimé sur le choix de Netflix comme distributeur international du film, rappelant son positionnement. 

“Nous voulions que Mignonne bénéficie de la plateforme la plus importante qui soit, pour maximiser son impact et attirer l’attention sur le problème de l’hyper-sexualisation des enfants. Netflix semblait la solution idéale parce que c’est un film pensé pour un large public, quand bien même il adresse un sujet difficile, il demeure une œuvre accessible – certainement pas pour les enfants, mais pour les adolescents et les adultes.” 

 

photoUn film qui monte sur ses grands cheveux

 

L’occasion également de rappeler que la polémique actuelle repose essentiellement sur une double manipulation : accuser une œuvre d’être coupable de sa promotion par un acteur économique qui lui est étranger, et la manipulation de séquences du film afin d’en pervertir le sens. 

“Il est scandaleux de nous accuser de promouvoir la pédopornographie. J’ai été sidéré par la quantité de fake news qui ont été répandues au sujet du film. Nous ne nous attendions pas à ce qu’il soit utilisé par des politiciens dans la course électorale américaine.” 

En effet, le sénateur républicain Ted Cruz est monté au créneau sur Fox News pour protéger ses concitoyens, accusant le film de relever de la “pornographie”, menaçant ses producteurs et distributeurs de poursuites pénales et garantissant que le métrage attirerait les pédophiles du monde entier.

Le niveau d’ignominie n’en est pas resté là, puisque la contributrice de la chaîne Rachel Campos-Duffy a publié une tribune où elle établit un lien vaseux entre l’ex-première dame américaine et le sujet, qualifiant Michelle Obama de « complice dans l’exploitation par Netflix du pédopornographique Mignonnes ». Une position qui pourrait prêter à sourire, si elle ne venait pas valider un mouvement complotiste américain, né durant la première campagne présidentielle de Donald Trump (et largement encouragé par lui), selon lequel les édiles démocrates manipuleraient un vaste réseau d’exploitation sexuelle de mineurs.

 

photo, Fathia Youssouf Abdillahi, Medina El AidiQuand trois twittos névrosés ont décidé de se passer les nerfs sur ton travail

 

Une « théorie », un temps connue sous l’appellation « Pizza Gate », déjà responsable de plusieurs actes violents aux USA, régulièrement brandie par les ambassadeurs de QAnon, mouvement né sur la toile et progressivement digéré par le parti républicain, qui voit dans l’actuelle polémique une manière de raccrocher les wagons entre le parti démocrate, les ténors de l’industrie hollywoodienne volontiers démocrate, et les caciques du parti.

Une logique pour le moins non sensique, d’une violence extrême, pensée pour abattre une oeuvre d’art et une artiste, au nom d’une actualité politique particulièrement tendue, à quelques semaines de l’élection présidentielle américaine. Un emballement généralisé, qui oublie un peu la question du cinéma et des sujets qu’il peut aborder, ainsi que le rappelle Grumbach.

“Pensez à Jodie Foster, qui avait 12 ans quand elle interprété une prostituée dans Taxi Driver, ou à Little Miss Sunshine, ou aux innombrables films qui devraient être boycottés si nous devions nous soumettre à ce type de conservatisme. Nous ne pourrions plus traiter de questions telles que l’avortement, la violence, etc., parce que pour dénoncer quelque chose, il faut le montrer.” 

En France, Mignonnes est sur les écrans depuis le mois d’août, et notre critique se trouve par ici.  

 

affiche française

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Ouloulou

Il est quand même aberrant que l’on puisse reprocher à un film ou toute autre forme d’art de montrer ce qu’il critique. Cela démontre une fois de plus la stupidité (et l’hypocrisie) du puritanisme américain…

Greg

En effet sur Twitter et Reddit, ça prend des proportions dingues. Il est noté 1.5/10 sur IMDB et a moins de 5% d’avis positifs du public sur Rotten Tomatoes, probablement par gens qui ont pas vu le film (ce qui est aussi mon cas).

Kyle Reese

Sérieusement ?
Entre ceux qui y croient vraiment, ceux qui se font manipuler en quelques Tweet et ceux qui manipulent à des fins politiques … c’est aberrant, atterrant et pleins de mots finissant en ant.
En espérant déjà que le locataire actuel du fauteuil de la Maison Blanche se face comme il se doit remercier pour ses services bien pourris rendus à l’Amérique et au monde le 3 novembre prochain. Mais rien n’est moins sûr.

Mwaiman

Et oui faire des campagnes trash pour des trucs censés dénoncé le truc ça peut se payer cher, avis aux publicistes amateurs.

Y’a quelques semaines un fabricant de modélisme avait aussi utilisé ce type de campagne trash dans le cadre d’un livre de tuto de peinture pour faire des œuvres inspirées des pires crimes de guerre de l’humanité pour les dénoncer, mais ils ont eu la mauvaise idée de sortir des images, des vidéos sans contexte clair ou en montrant des images en comparaison du livre, ça a donné l’impression aux gens d’une agression, qu’on leur disait qu’il se délectaient de la guerre comme des wehraboo, que le fabricant soutenait ces crimes, et en moins de 6h, temps de présence ils ont supprimé toutes leur pubs, suffisament de temps pour qu’un millier de clients sur les 130K fassent un scandale et qu’une dizaine de distributeur annoncent leurs arrêt de collaboration.

Netflix a eu une très mauvaise idée avec son affiche, après ça fera plus voir le film, car si pour le mag espagnol qqe milliers de clients sont partis, il y’a toujours des gens pour venir voir le truc ou sur-acheté s’ils estiment que ça aide leur idéologie voyez l’ex de j’accuse (en géné c’est l’ED).

coco

C’est à l’époque où nous vivons, un monde « réactionnaire », un type qui n’a rien compris ou a été trompé par une mauvaise info (ici l’affiche ) vient gueuler sur le tribunal du net (plus le coté buzz « justicier du net » que ca lui apporte), les gens qui ne vérifient même pas l’infos et reprennent en masse et ca devient un mouvement.

Surtout au USA j’ai envie de dire (mais je suis pas un pro) où les manigance politiques sont légions

Voila comment un mensonge ou une tromperie devient une vérité.