Cursed : Jesse Eisenberg revient sur le désastre absolu de Wes Craven

Mathieu Jaborska | 17 octobre 2019 - MAJ : 17/10/2019 18:27
Mathieu Jaborska | 17 octobre 2019 - MAJ : 17/10/2019 18:27
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Cette news ne parle pas de Cursed. Elle parle du film qu'aurait pu être Cursed si Bob Weinstein ne s'en était pas mêlé.

Les quelques malheureux assez fous pour braver la critique assassine et aller voir Cursed en salles s'en souviennent encore. Présenté comme le futur du film de loup-garou, le projet s'est complètement vautré, la faute à un scénario inepte et à des CGI dans les choux. Si on en parle encore régulièrement, c'est parce qu'il fait partie de ces oeuvres à la genèse chaotique, complètement gâchées par de très mauvaises décisions.

 

photoVoilà voilà...

 

En 2000, Kevin Williamson a écrit le scénario de Cursed. En 2002, Bob Weinstein, de la compagnie du même nom, a annoncé le lancement du projet en grande pompe, avec la légende Wes Craven à la réalisation. À ce moment, le film devait sortir en août 2003

Quelques mois après le début du tournage, Bob Weinstein, dont l'avidité est célèbre à Hollywood (on connait les vices de son frère), s'est déclaré insatisfait du résultat. Alors que 90% des images avaient été tournées, il a exigé que le script soit réécrit et que le film soit retourné avec ce nouveau script. En décembre, les reshoots ont donc commencé, avec des changements d'acteurs histoire de pimenter encore un peu plus le tout.

En 2004, ce sont non pas une, mais deux autres sessions de reshoot qui ont eu lieu. La fin a changé trois fois. La date de sortie a été repoussée à octobre 2004. En automne, le film s'est fait classer R. Weinstein, forcément outré qu'un film d'horreur puisse être horrible a imposé des coupures, histoire d'obtenir un classement PG-13, ouvrant théoriquement le long-métrage à un plus large public (on a bien dit théoriquement). La sortie a été repoussée une fois de plus, forcément.

 

Photo Christina RicciChristina Ricci, elle aussi traumatisée par les CGI des années 2000

 

Le 25 février 2005, le film est sorti aux États-Unis et s'est étrangement éclaté les dents sur le box-office. Dans le monde, il a récolté 29,6 millions de dollars, pour un budget estimé à 38 millions. Dans les années qui suivirent, les raisons d'un tel fiasco sont apparues les unes après les autres. On a appris que le génie prosthétique Rick Baker devait s'occuper des effets spéciaux. Le maquilleur avait déjà une expérience non négligeable avec les lycanthropes, puisqu'il avait travaillé sur les deux sommets du genre que sont Le Loup-garou de Londres et Hurlements, tous les deux sortis en 1981. Mais avec Cursed, ses concepts avaient finalement été remplacés sur la version finale par des CGI.

La plupart des personnalités ayant travaillé sur le projet ont déjà donné leur version de l'histoire. Wes Craven a raconté son expérience douloureuse à Ain't It Cool News en 2009 quand Judy Greer et Christina Ricci se sont exprimées à ce propos en 2014 et 2018 dans Buzzfeed et The AV Club. Le moins que l'on puisse dire, c'est que ce n'est pas le rôle dont elles sont le plus fières.

 

Photo Christina Ricci, Jesse EisenbergQuand on t'annonce une troisième séance de reshoot

 

Il ne manquait donc plus que Jesse Eisenberg à l'appel. Ces petits malins de Bloody Disgusting s'y sont collés avec la ferveur qu'on leur connait, profitant de la promotion de Retour à Zombieland. L'acteur n'a pas hésité à balancer :

« Le premier film était plus intéressant et provocateur. Je ne sais pas pourquoi ça ne marchait pas. Maintenant qu'on sait ce qui se passait dans les coulisses de la compagnie Weinstein, un tel chaos fait sens. Qu'est ce que je peux vous dire de plus ? Ils ont filmé 90 % de la version avec un plus gros budget... le premier film était cette chose très éclaboussante. La deuxième a vraiment été tournée à l'économie de plein de façon différente. Et l'intrigue ? Je me disais que c'était tellement stupide. Je me disais que l'intrigue était tellement clichée. Ils ont fait de nous des frères et soeurs ? Les choses qu'ils ont gardées étaient des petits morceaux. Comme une voiture qui dévale une colline. Ils ont gardé ce plan.

 

Photo Jesse EisenbergJesse Eisenberg dans American Ultra

 

Le plus fou, c'est qu'après qu'on ait filmé la deuxième version du film en entier, on a dû y retourner pour un troisième reshoot qui a duré environ 20 jours. C'est la durée pour un film indépendant. Et puis on a dû y retourner une quatrième fois pour quelque chose comme 10 jours et ils avaient fait des tee-shirts qui disaient "Cursed 4 : encore de retour". »

L'acteur finit son interview en nous volant la vanne qu'on préparait depuis le début de cet article.

"Je ne suis pas un grand adepte de... qu'est-ce que c'est ? La sémantique ? L'étude des sens derrière les mots et les symboles ? Enfin bref, ne faites pas de film avec ce titre en particulier. [ndlr : "cursed" veut dire "maudit", ce qui qualifie parfaitement bien un tel tournage Cursed]"

On ne l'y reprendra plus. En attendant, on a vu Retour à Zombieland, forcément au moins un peu mieux, et on en parle ici.

 

Même la catchline semble parler du tournage

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commentaires

m@x
18/10/2019 à 11:42

je me rappel l'avoir vu en dvd import usa a l’époque et me dire cool un petit Craven a voir , toujours de la qualité et nous étions dans la fin de la mouvense des films d'horreur ado mais celui ci semblait plus violent.. et la paf déception comme une impression de voir le film de fin d'année d'une école fit par le plus mauvais élevè de la classe.

Rorov94M
18/10/2019 à 07:04

@bubbleghost
Ahhhh!ROB BOTTIN!!!
EXPLORERS,LEGEND,ROBOCOP,TOTAL RECALL...
Merci de remettre les pendules à l'heure.

Bubble Ghost
18/10/2019 à 02:14

Heu... Hurlements ?... D'après vous, Rick Baker aurait donc travaillé sur Hurlements ?... Êtes vous sur de vos sources ?... Moi j'en doute... En fait, Rick Baker est un vieil ami de John Landis, a qui il a promis de longue date, de lui faire une séquence horrifique unique, de transformation lycanthropique en pleine lumière. Une scène de l'ordre du jamais vu au cinéma. Oui mais voila, les années passent. Et lorsque John Landis l’appelle enfin, pour lui dire que le film va se faire, Rick Baker explique qu'à ce moment là, il sera sur un autre film. Et en plus, en train de faire du loup-garou prosthétique, sur un autre film d'horreur. John Landis est furieux. Il se sent vaguement volé et trahie. Rick Baker fait alors volte face, par amitié pour son vieux pote d'école de cinéma. Et à sa place, sur le tournage de Hurlements, il envoie pour le représenter, son tout jeune apprenti de même pas vingt piges, a qui il charge de tout concevoir de A à Z... Un certain... Rob Bottin... Oui. "LE" Rob Bottin fou génial, des FX grandioses du cultissime The Thing de carpenter... L'élève qui a dépassé le maitre, pour rentrer dans la légende à son tour. Alors, si c'est bien la société des effets spéciaux de Rick Baker, qui est crédité au générique de Hurlements, lui-même, il n'y a été que consultant artistique. C'est Rob Bottin qui a tout fait. Et quel travail. Malgré un budget visiblement limité, par rapport au Loup-garou De Londres, Hurlements reste mon film de loup-garou préféré. Et la séquence de métamorphose dans l'infirmerie, est pour moi un des plus grand moments du cinéma d'horreur.

Jojo
17/10/2019 à 20:38

Une grosse déception ce film, il devait être une sorte de "Scream" avec des loup-garous et finalement c'est ratage complet voire même un accident industriel !

Pat
17/10/2019 à 20:28

Tel qu'il est est actuellement ce n'est pas du grand Craven mais ça reste un film pas déplaisant.

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