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Pour le réalisateur de Joker, la comédie est morte à cause du politiquement correct

Par Christophe Foltzer
2 octobre 2019
MAJ : 3 octobre 2019
20 commentaires
photo, Joaquin Phoenix

Bon, on ne va pas se mentir, Joker est pour nous l’un des films de l’année et on a hâte que vous le découvriez aussi à partir du 9 octobre en salles. D’ailleurs, pour patienter, on vous invite à lire notre critique du film, si ce n’est pas déjà fait, d’autant qu’elle ne spoile absolument rien.

Il est un fait indéniable depuis quelques années, le politiquement correct revient en force dans les consciences. C’est un peu le revers de la médaille de la liberté de penser : si chacun peut proclamer sa cause dans une volonté de se faire respecter par son prochain, cela signifie aussi qu’on ne peut plus critiquer grand-chose, de peur de froisser quelqu’un qui aurait une opinion différente.

 

photo, Joaquin PhoenixOn ne sait plus rire

 

Attention, on n’a rien contre le fait que chacun soit reconnu et respecté pour ce qu’il est, bien au contraire, mais il est vrai que, si chacun voit midi à sa porte, ça ne facilite au final pas vraiment ce que l’on appelle le « vivre ensemble ». Et d’ailleurs, on en voit les effets immédiats dans le domaine de l’humour où tout ce qui est considéré comme offensant ou subversif est progressivement gommé, histoire de ne pas froisser les gens visés, comme s’ils étaient trop faibles pour encaisser et qu’ils ne savaient plus rire d’eux-mêmes.

Un problème très occidental et en expansion rapide, notamment via les réseaux sociaux, auquel se confronte Todd Phillips, réalisateur de Joker, qui a passé une bonne partie de sa carrière à tenter de repousser les limites de l’humour, notamment avec ses Very Bad Trip, et qui vient de confier au micro de Vanity Fair qu’il savait très bien pourquoi la comédie était en train de mourir :

 

photo, Joaquin PhoenixOn devient triste

 

« Essayez un peu d’être marrants de nos jours avec cette « culture consciente ». Il y a eu des articles publiés qui se demandaient pourquoi la comédie ne fonctionnait plus. Je vais vous dire pourquoi. C’est parce que tous ces gens hilarants laissent tomber parce qu’ils ne veulent pas offenser qui que ce soit. C’est difficile de se disputer avec 30 millions de personnes sur Twitter. C’est juste impossible, non ? Donc on abandonne. Moi aussi, j’abandonne, mais vous savez quoi ? Toutes mes comédies, et je pense que c’est un trait commun au genre entier, sont irrévérencieuses.

 

photo, Joaquin PhoenixDu coup, ça nous énerve

 

Alors je me suis demandé comment je pouvais rester irrévérencieux sans passer par la comédie. Et c’est là que j’ai eu l’idée d’investir l’univers des comic-books et de lui retourner la tête. Et c’est de là qu’est venu le film. »

Un constat assez alarmant en réalité qui, s’il nous offre un excellent film, met néanmoins en lumière une étroitesse d’esprit galopante. Il n’y a qu’à voir comment l’actualité ne se résume plus qu’à du drama et du sensationnel, comment on se choque de tout (ou on fait genre pour rester en phase avec son époque). Alors qu’on devrait plutôt en rire et s’en moquer parce que, au fond, la comédie, surtout celle acide et noire, est le meilleur remède pour garder les pieds sur terre.

 

photo, Joaquin PhoenixAlors qu’une bonne grosse vanne bien offensante de temps en temps, ça fait du bien

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Gregdevil

Phénomène mondial.
Avant on pouvais plaisanter sur les gai, les juifs, les arabes, les Belges (que je suis), les blondes etc… mais des que cela se produit de nos jour on a tt de suite des associations en pagaille à nos trousse. Sans compter la horde de rageux derrière leurs écrans.
Coluche et compagnie le faisais sans que personne ne leur tombe dessus. Cette époque est révolu. Hélas. Et dans le cinéma c’est pareil.
On uniformise tout. Meme dans l’humour. Triste.

lol

Il a bien raison ce monsieur, faut aussi dire que dans la comédie, il a fait beaucoup de navets hein, mais pour une fois qu’il y en a un qui ose dire ce dont tout le monde pense ça fait plaisir, mais qu’il se rassure, la comédie n’est pas le seul touché par ça, il n’y a qu’à voir le dernier Rambo et Anna pour savoir qu’ils se font attaquer pour racisme et sexisme …. Alors qu’Anna dénonce le sexisme dans le mannequinat justement, et que la seule chose de « raciste » que fait Rambo c’est de tuer des trafiquants de drogue mexicains

cinégood

@的时候水电费水电费水电费水电费是的 Gregdevil
La mémoire est sélective. j’étais lycéen à l’époque de « Coluche 1 faux » et hormis les jeunes et les fans, une grande majorité de français le trouvait vulgaire… jusqu’à ce qu’il meurt. Là, conjugué avec « l’effet » restau du cœur, c’est devenu subitement un saint !

Chaque époque à son « politiquement correct », ses tabous, et la comédie est là pour gratter là où ça fait mal (et rire). Il est vrai qu’il y a une grande majorité de comédies inoffensives qui sortent, mais même rares, il en reste quelques unes. Les OSS en France, plus récemment Fleabag en Angleterre, ou toutes les séries de Danny MacBride (lui n’a pas baissé les bras) Eastbound and Down, Vice Principal, The Righteous Gemstones. J’en oublie plein, mais il y en a encore.

A titre perso, je n’ai jamais trouvé Very Bad Trip politiquement incorrect. ça ne critique rien et ça met plutôt en valeur la beauferie américaine.

Gemini

Internet et ses réseaux sociaux c’est ça qui a tout pourri.

corleone

Quand on parle de Todd Philipps on pense à Very Bad trip, mais moi je pense cash à Road trip qui est pour moi son meilleur film.