Pour le réalisateur de Joker, la comédie est morte à cause du politiquement correct

Christophe Foltzer | 2 octobre 2019 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Christophe Foltzer | 2 octobre 2019 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Bon, on ne va pas se mentir, Joker est pour nous l'un des films de l'année et on a hâte que vous le découvriez aussi à partir du 9 octobre en salles. D'ailleurs, pour patienter, on vous invite à lire notre critique du film, si ce n'est pas déjà fait, d'autant qu'elle ne spoile absolument rien.

Il est un fait indéniable depuis quelques années, le politiquement correct revient en force dans les consciences. C'est un peu le revers de la médaille de la liberté de penser : si chacun peut proclamer sa cause dans une volonté de se faire respecter par son prochain, cela signifie aussi qu'on ne peut plus critiquer grand-chose, de peur de froisser quelqu'un qui aurait une opinion différente.

 

photo, Joaquin PhoenixOn ne sait plus rire

 

Attention, on n'a rien contre le fait que chacun soit reconnu et respecté pour ce qu'il est, bien au contraire, mais il est vrai que, si chacun voit midi à sa porte, ça ne facilite au final pas vraiment ce que l'on appelle le "vivre ensemble". Et d'ailleurs, on en voit les effets immédiats dans le domaine de l'humour où tout ce qui est considéré comme offensant ou subversif est progressivement gommé, histoire de ne pas froisser les gens visés, comme s'ils étaient trop faibles pour encaisser et qu'ils ne savaient plus rire d'eux-mêmes.

Un problème très occidental et en expansion rapide, notamment via les réseaux sociaux, auquel se confronte Todd Phillips, réalisateur de Joker, qui a passé une bonne partie de sa carrière à tenter de repousser les limites de l'humour, notamment avec ses Very Bad Trip, et qui vient de confier au micro de Vanity Fair qu'il savait très bien pourquoi la comédie était en train de mourir :

 

photo, Joaquin PhoenixOn devient triste

 

« Essayez un peu d'être marrants de nos jours avec cette "culture consciente". Il y a eu des articles publiés qui se demandaient pourquoi la comédie ne fonctionnait plus. Je vais vous dire pourquoi. C'est parce que tous ces gens hilarants laissent tomber parce qu'ils ne veulent pas offenser qui que ce soit. C'est difficile de se disputer avec 30 millions de personnes sur Twitter. C'est juste impossible, non ? Donc on abandonne. Moi aussi, j'abandonne, mais vous savez quoi ? Toutes mes comédies, et je pense que c'est un trait commun au genre entier, sont irrévérencieuses.

 

photo, Joaquin PhoenixDu coup, ça nous énerve

 

Alors je me suis demandé comment je pouvais rester irrévérencieux sans passer par la comédie. Et c'est là que j'ai eu l'idée d'investir l'univers des comic-books et de lui retourner la tête. Et c'est de là qu'est venu le film. »

Un constat assez alarmant en réalité qui, s'il nous offre un excellent film, met néanmoins en lumière une étroitesse d'esprit galopante. Il n'y a qu'à voir comment l'actualité ne se résume plus qu'à du drama et du sensationnel, comment on se choque de tout (ou on fait genre pour rester en phase avec son époque). Alors qu'on devrait plutôt en rire et s'en moquer parce que, au fond, la comédie, surtout celle acide et noire, est le meilleur remède pour garder les pieds sur terre.

 

photo, Joaquin PhoenixAlors qu'une bonne grosse vanne bien offensante de temps en temps, ça fait du bien

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commentaires
Mesmero
03/10/2019 à 17:08

Et la liberté d expression et l argumentation et l analyse et l esprit critique.
La censure protège aussi la médiocrité elle renforce la faiblesse elle formate la pauvretés des pensées

Tim Lepus
02/10/2019 à 18:56

Pour participer à la foire générale où chacun imagine une importance à son avis (le seul vrai pouvoir de la vie virtualisée), cet article m'inspire 2 réflexions : j'ai été victime, dès l'école primaire, de moqueries et d'insultes généralisées pour des différences physiques et culturelles, en effet ça a facilité, sur le moment, le "vivre ensemble" des autres, quand je souffrais d'un mal-être qui me pose problème encore aujourd'hui. Une vanne offensante d'une personne isolée, ça n'a pas le même effet personnel que le sentiment d'être face à une culture qui vous méprise et vous rejette. Si ça peut apporter une nuance. Je ne crois pas du tout aux sacrifices individuels nécessaires à un "bien commun" normatif. Le vieux système se cramponne encore à ce fonctionnement destructeur, je n'ai que hâte qu'il s'effondre. Quant à la complainte de monsieur Phillips, je dirais que la comédie ne fonctionne plus car elle repose sur les mêmes mécanismes rouillés que depuis, au minimum, les années 1950-60. Rigoler d'alcooliques, de drogués, d'étrangers, de mecs efféminés, de femmes greluches, et j'en passé, c'est avoir un siècle et demi de retard.

Simon Riaux - Rédaction
02/10/2019 à 17:43

@Victor

Bah les gars, il vous suffit de jeter un oeil sur le site : entre les textes de Geoffrey, de Christophe, d'Alexandre ou de bibi hein. A l'évidence, on n'est pas sensibles aux mêmes trucs et pas toujours sur les mêmes longueurs d'ondes.

C'est parfois assez parlant sur les Humeurs de la Rédac (abonnez-toi à notre chaîne Youtube, allez...), vous pouvez y constater que oui, on n'est pas d'accord sur plein de choses. Je me souviens de Christophe vitupérant contre certaines conséquences de #MeToo, bah à priori, vu les prises de becs que je peux avoir ici avec quelques lecteurs, on n'est pas du même avis. Et ça ne nous empêche ni de bosser ensemble, ni de boire des bières.

Après, en effet, on n'a pas de racistes, ni de mascus tragiques à la rédac. Okay. Mais bon, on s'appelle pas Ecran Teubé non plus hein. Faut le savoir.

Starfox
02/10/2019 à 17:26

Sacré troll ce Simon quand même...

Merci pour ce moment.

Victor
02/10/2019 à 16:00

La blague de Simon Riaux: "Il y a toujours eu une diversité d'opinion à EL"

Simon Riaux - Rédaction
02/10/2019 à 15:21

@Hunter Arrow

Alors non, je ne lui reproche pas de cracher dans la soupe, ce n'est d'ailleurs pas un reproche que j'affectionne. On peut évoluer au sein d'une structure et la critiquer. Encore heureux. Reprocher à quelqu'un de cracher dans la soupe, ce peut être très confortable pour intimer les gens au silence.

En revanche. Il me semble que Philips, soit joue clairement le jeu d'un certain public, et ce ne serait illogique, ayant basé depuis le début du film le projet comme un anti-Marvel (en termes de stratégie). Du coup, en appeler aux gens qui vivent mal les valeur que Disney met en avant (dans sa com', toujours) ça ne me paraît pas déconnant. Donc en gros, je le soupçonne d'être très insincère.
Surtout, la réalité me semble très, très éloignée de ce qu'il décrit. Victime de censure la comédie américaine ? Elle est provocante, graphique, osée, jusqu'au-boutiste, va du divertissement bon enfant au trip caca boudin, en passant par la grosse provoc qui tâche à la Rogen.
Et si Joker est perçu comme un évènement c'est entre autres parce que les films de super héros sont devenus des bidons de lessives ultra fermés en termes de discours. Donc oui, je pense qu'il sort soit une énormité par maladresse, soit est sciemment insincère pour s'attirer la bienveillance d'une frange du public. Et c'est pas con, tant ce public est maltraité par le discours de Joker.

Et puis bon, quelques autres points : il suffit de regarder le box office pour constater que le public de la comédie est beaucoup plus restreint que celui du cinéma de super héros. Todd Philips, avant Joker n'a jamais cherché à être subversif. Prétendre que la comédie est devenue plus sclérosée, moins irrévérencieuse ? C'est juste du délire. Regardez une comédie des années 80. Il n'y a pas un domaine où la comédie actuelle ne va pas (beaucoup) plus loin. En revanche, certains thèmes ont changé. Ce qui est le truc le plus banal du monde.

Hunter Arrow
02/10/2019 à 15:11

@Simon Riaux rédaction EL : En quoi sont ils ridicules ses propos. Il parle précisément du genre de la comédie, genre qui selon lui fonctionne mieux tant que l'on peut être dans l'irrévérence. Hors ce genre, grand public par excellence, tend à se popériser de par une retenue ambiante dans le subversif. Ce qui a poussé Todd Phillips dans d'autres genres où l'irrévérence etait permise. Et forcément quand tu adaptes le Joker, tente de créer un lien empathique avec un personnage profondément dérangeant (d'autant plus qu'il est le reflet d'une part sombre que nous avons tous potentiellement en nous), le subversif est de mise. Et bien que la promo du film vise un public large, il demeure plus restreint que celui de la comedie, Joker etant surement un film demandant plus "d'investissement" de la part du spectateur.

Donc en gros il est pas en train de cracher dans la soupe qui le nourrit, ce que vous semblez lui reprocher. Il dresse juste le constat d'un genre de cinéma qui s'étiole, tout en remarquant qu'un autre genre permettait d'offrir les opportunités subversives qu'il recherche. Pour le coup son propos est assez pertinent au final. Et si son Joker est à moitié aussi dérangeant que peut l'être un Killing Joke, je suis carrément preneur.

Simon Riaux - Rédaction
02/10/2019 à 14:22

@La Girafe

Bah non.
Y a toujours eu une certaine diversité d'opinions sur EL.

Et tant mieux, non ?

Bien sûr ça n'enlève rien au fait que les propos de Todd Philips sont ridicules. Ridicules, parce que sa seule position invalide leur sens. Expliquer qu'on souffre de ne plus pouvoir rien dire, quand on sort un film ultra attendu, visible partout dans le monde et acclamé par la critique... c'est ridicule.

Soit c'est un troll à destination de ceux qui s'excitent ici dans les coms, tant Joker est un énorme doigt d'honneur volcanique qui leur est adressé. Soit comme on le voit depuis quelques mois, il est assez maladroit quand il cause de son film. Ce qui est plutôt rassurant au final, puisqu'il est un artiste et pas un fabriquant de dossier de presse.

Oliviou
02/10/2019 à 13:57

Il y a d'excellentes comédies qui n'offensent personne, pour la simple raison qu'on peut faire de l'humour sans se moquer. L'humour à base de moquerie est peut-être en train de passer de mode (et encore, en France on a de la marge). Mais l'humour simplement drôle sans attaquer personne a de beaux jours devant lui. Des exemples ? Les bons films d'animation. La plupart des comédies sentimentales. Un jour sans fin. SOS Fantômes. Parks And Recreation. The Good Place. Fleabag. The Marvellous Mrs Maisel. The Office. Je ne vais pas faire toute la liste, il y a plein de films et de séries qui savent faire ça.

Le Diable
02/10/2019 à 13:09

Ah,ah,ah! J ai gagné !!!

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