Tamara : Rencontre avec la comédienne Lou Gala

Christophe Foltzer | 30 octobre 2016
Christophe Foltzer | 30 octobre 2016

La vie est bien faite parfois. On se plaint souvent qu'il n'y a pas de jeunes comédiens français valables dans le cinéma français et paf, on voit Tamara, qui en regorge (notre critique, ici). Et parmi eux, Lou Gala dans son rôle de peste au grand coeur. Et puis on va au Festival de Saint-Jean-De-Luz et sur qui on tombe ? Lou Gala. Il y a des signes qui ne trompent pas. La jeune comédienne a bien voulu répondre à quelques unes de nos questions pour nous expliquer ce que c'est d'être un espoir du cinéma français aujourd'hui. Rencontre.

 

EcranLarge : Qu’est-ce qui t’a donné envie de devenir comédienne ?

Lou Gala : Ca s’est fait petit à petit. Ce n'était pas forcément un rêve d’enfance. J’ai commencé à faire du théâtre au lycée, j’ai eu envie d’en faire plus donc je me suis inscrite dans un cours. Au sortir du Bac, j’ai postulé pour les conservatoires d’arrondissement et je ne savais pas encore quel était mon niveau, parce qu’il y a quand même beaucoup de candidats et c’est très sélectif.

J’ai été admise au conservatoire du 7ème et ça a déterminé mon parcours. J’étais en même temps au Conservatoire et dans une école de théâtre, Blanche Salant, c'était intense. En parallèle j’ai commencé à passer des castings et à travailler, ça s’est fait un peu en même temps. Tout s’est déroulé progressivement et ça s’est imposé petit à petit.

 

EL : Et comment s’est passée la transition entre l’école et le monde réel ?

LG : J’étais en cours et je tournais déjà. Mon premier long-métrage c'était quand j’étais au lycée, 16 ans ou presque. Tristan Séguéla m’a offert un petit rôle dans ce film. Donc il n’y a jamais eu de vraie rupture entre l’école et le monde réel.

 

EL : Quel a été ton parcours professionnel, ta filmographie ?

LG : Après 16 ans ou presque en 2013, j’ai tourné en 2014 dans Bis de Dominique Farrugia, où je donnais la réplique à Franck Dubosc et Kad Merad. C’était un tournage énergique et joyeux, et un film émouvant et réussi. Dominique Farrugia fait partie de ceux qui donnent leur chance aux jeunes comédiens.

J’essaye de participer à des projets qui soient engagés. En 2014, j'ai joué dans un clip de Patrick Bruel, Maux d’enfants, contre le cyber-harcèlement dans lequel j'interprète une jeune fille qui en est victime. Le film montre la stigmatisation de la différence et les dérives qui en découlent à travers les réseaux sociaux. Le message véhiculé est très fort. Ca m’a parlé directement et ça a fait écho chez beaucoup de parents aussi dont les enfants avaient été harcelés. Les réseaux sociaux amplifient le phénomène, mais cette victimisation scolaire a toujours existé et c’était important d'en parler. Et dans ce clip, je tournais avec Rayane Bensetti que j'ai retrouvé pour le film Tamara d'Alexandre Castagnetti où le harcèlement est aussi présent.

En 2015 j’ai tourné dans le film Samedi Soir de Stéphanie Murat en étant sélectionnée parmi plus de mille candidats dans le cadre des Talents Cannes Adami. Le film a été présenté au festival de Cannes. puis a voyagé dans beaucoup d'autres festivals, comme Angoulême, Clermont Ferrand, le festival International du film de St Jean de Luz. La réalisatrice Stéphanie Murat, avait réalisé le très beau film Max avec Mathilde Seigner et Joey Starr. C’était un plaisir de travailler avec elle, elle a une grande energie sur le plateau et elle sait exactement ce qu'elle veut.

 

Photo Tamara

 

EL : On imagine, qu’en tant que jeune comédienne, tu as forcément des références, des modèles de jeu…

LG : Gérard Depardieu et Isabelle Huppert, je les place dans mon Panthéon. Ce n’est pas un choix très original, mais je ne prends aucun risque en disant ça. (rires) Ce sont les meilleurs. Il y a une actrice que j’admire énormément, Gloria Swanson, particulièrement dans Sunset Boulevard pour son rôle à la fois puissant et effrayant,

 

EL : Comment arrives-tu à faire la part des choses entre ce qui t’inspire, ce dont tu te nourris et ce qui vient de toi dans ton travail ?

LG : Je dirais que, quand je vois les films, je n’ai pas envie de chercher des trucs et de me dire « Ah oui, c’est comme ça qu’il faudrait faire ». J’ai l’impression que ce sont deux choses différentes. Quand je vois un film, je me nourris de ce qui se passe, des situations et des pulsions intérieures que je vois émerger, je ne cherche pas à reproduire tel ou tel type de jeu.

Par exemple pour Tamara, dans lequel je joue Anaïs, la peste du lycée, on était un groupe de 4 filles sur le tournage et c’était vraiment comme une bonne bande de filles que tu peux voir au lycée, très soudée et dans laquelle il se passe plein de trucs. Ce genre de choses ne se retrouve plus vraiment après, quand tu quittes le lycée et que tu avances dans la vie.

Il y avait de ça dans le film, c’était très fort entre nous. Il y avait une sorte d’alchimie qui durait entre les prises, on était une vraie bande.

 

EL : Et comment gère-t-on l’image que l’on renvoie aux autres par rapport à ce que l’on est vraiment ?

LG : Il faut être bien entouré et avoir un bon socle, les bonnes personnes autour de soi. Pour Tamara, à la sortie des projections, on me disait souvent « Dis donc, toi, je vais avoir du mal à t’aimer ». Mais en discutant, les gens se rendaient compte que je n’étais pas aussi diabolique que mon personnage. Mais c’est le risque, d’y être associé.

 

Photo Lou Gala

 

 

EL : Justement, pour le rôle d’Anais dans Tamara, comment as-tu épousé ce personnage, pas vraiment le plus sympa ? Tu as dû lui trouver des excuses ou au contraire la comprendre pour arriver à l’aimer ?

LG : J’ai dû l’aimer tout de suite et comprendre pourquoi elle agissait comme ça. Il fallait que je glisse vers elle, que je l’accepte et que je lui ouvre les bras et ça s’est fait assez vite finalement. Il y a quelque chose de récurrent quand tu es une fille au lycée, c'est rare d'arriver à penser autrement. Il faut avoir une bonne place dans la classe et dans le lycée, être populaire, bien habillée, avoir le bon groupe d'amis.. La méchanceté d'Anaïs s’exprime à travers cette volonté d’être la reine du groupe, elle a un sorte de rang à tenir. C'est pour ça que quand il s'agit de prendre un risque qui pourrait faire croire à son groupe qu'elle n'est pas aussi forte que ce qu'elle montre elle y va seule, sans témoins. C’est ce que j’ai observé quand j’étais au lycée, des situations que j’ai vécu… On cherche tous sa place et on sait à quel clan on appartient….

 

EL : Ce qui compte dans le rôle c’est sa part humaine ?

LG : C’est ce qui compte pour tout le monde ! C’est la chose la plus importante. C’est l’autre. Qu’est-ce qu’on est sans l’autre ? On en a besoin autant qu’on en a envie. On s’ennuie tout seul. On ne peut pas vivre tout seul dans une grotte, c’est impossible.

 

El : Est-ce qu’on pourrait alors dire que ton métier te permet de découvrir et d’explorer les différents « autre » ?

LG : Absolument. Mais découvrir l’autre c’est aussi se découvrir soi. Tu vas en profondeur dans quelque chose et tu découvres ta vulnérabilité ou ta force, tu alternes entre ces deux points et l’un ne va pas sans l’autre. Dans Tamara, où je joue quelqu’un d’assez mauvais, c’est une forme de force cette méchanceté, c'est une prise de pouvoir mais en même temps ça dénote un mal-être. J'ai découvert avec ce rôle que je pensais être celui d’une fille forte et assurée qui n’a peur de rien qu’en réalité c’est plutôt un personnage vulnérable. Le fait d'en vouloir à quelqu'un c'est qu'on a des problèmes à régler soi même. Il suffit qu’Anaïs se retrouve dans la situation de celle qu’elle attaque, pour que finalement on la découvre différemment. C’est ce qui se passe quand tu travailles tes rôles : l’aiguille se balade entre ta force et ta vulnérabilité.

 

Photo Lou Gala

Crédits Photo : Philippe Biancotto - Tous droits réservés

 

EL : Quel regard portes-tu sur le cinéma français actuel ?

LG : Tel que je le vois, le cinéma français semble aller bien. Il y a beaucoup d’effervescence, plein de choses se créent, même des films avec peu d’argent, il existe beaucoup de personnes prêtes à lancer de nouveaux talents. Il y a de plus en plus de jeunes réalisateurs et de plus en plus de réalisatrices aussii . Ca s’ouvre petit à petit. J’ai l’impression que ça évolue dans un bon sens même si c’est toujours fragile. Mais il y a beaucoup d’envie de changer les choses.

 

EL : Et quel rôle rêverais-tu d’incarner ?

LG : Laisse-moi réfléchir…. J’aimerais incarner une femme forte pour toutes les autres femmes. Je ne sais pas exactement quelle forme ça prendrait en termes de scénario, mais un rôle de femme indépendante, libre, forte, qui est plus que l'égale d'un homme. Un film qui rendrait les femmes fortes.

 

EL : Donc plus un rôle de transmetteur. Ce n’est pas ça au final, d’être comédien ?

LG : Oui, absolument. C’est tout le temps comme ça. Tu cherches à transmettre des émotions et/ou des idées. Tu cherches à créer un questionnement ou un choc.

 

EL : Mais tu as déjà refusé un projet parce qu’il allait à l’encontre de ce que tu voulais transmettre ?

LG : C’est arrivé une fois pour un film, dans lequel je trouvais qu’il y avait de la violence gratuite. J’ai refusé direct. Je savais que ça allait être bien réalisé et tout, mais c’était hors de question, je n’aimais pas du tout ce que ça véhiculait.

 

Photo Lou Gala

Crédits Photo : Ranadeva Singh -Tous droits réservés

 

EL : On termine avec un moment shopping : Avec quels réalisateurs aimerais-tu travailler ?

LG : Alors... François Ozon, Olivier Assayas, Cédric Klapisch, Christophe Honoré… Avec les frères Dardenne… J'aimerais beaucoup travailler avec Guillaume Nicloux, j’aime son univers étrange, fantastique, qui parle de la folie. Et pour les réalisatrices femmes que j'admire, Anne Fontaine, Mélanie Laurent, Katell Quillévéré... plus toutes celles que je ne connais pas !!

 

EL : Nous sommes très loin des grosses machines, des blockbusters ou des comédies avec Kev Adams…

LG : Ca m’amuserait beaucoup, mais ça dépend du scénario. Ce serait très drôle d’avoir des flingues, de faire du kung-fu, des cascades… J'ai déjà tourné avec Kev Adams dans la série José et c'était un plaisir, c'est quelqu'un qui se donne à fond.

 

EL : Tu envisages d’écrire, de réaliser ou de produire à un moment donné ?

LG : Je pense qu’il faut beaucoup de temps, tu ne débarques pas comme ça et tu réalises un film… Je le vois autour de moi, c’est un vrai parcours. Ca ne s’improvise pas. Pour l’instant, ce n'est pas pour moi. Ca peut venir plus tard mais il faut beaucoup de talent et beaucoup d’énergie. Mais bien sûr que ça m’intéresse.

 

EL : Donc on ne peut pas dire que tu réfléchisses en termes de plan de carrière, en fait.

LG : J'ai l’impression qu’on fonctionne un peu tous de la même manière. Ce qu’on veut, c’est faire un bon film avec un personnage intéressant et des gens qu’on aime. Et provoquer, transmettre des choses intéressantes et importantes chez le spectateur, c’est l’idéal.

 

Nous remercions évidemment Lou Gala pour le temps qu'elle nous a accordée et l'équipe du Festival International du Film de Saint-Jean-De-Luz pour nous avoir permis de réaliser cette interview.

 

Photo Affiche Tamara

commentaires

Champy
31/10/2016 à 13:28

Génial interview !! Je l'ai trouvé très mignonne et talentueuse dans 16ans ou presque. Évidemment une starlette en devenir. Quel âge a t'elle déjà ?

Lolo Pecho
30/10/2016 à 21:56

La petite sœur de Charlotte Le Bon? Au moins, elle a l'air d'avoir la tête sur les épaules.

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