L'affaire SK1 : interview de Raphaël Personnaz et du réalisateur

Guillaume Meral | 19 janvier 2015
Guillaume Meral | 19 janvier 2015

 

L'Affaire SK1 s'est révélé une des plus belles surprises de cette année naissante, malheureusement un peu passée sous silence en raison de l'actualité dramatique de ces derniers jours. Mais le film est toujours à l'affiche, et nous nous sommes empressés de partir à la rencontre de son réalisateur et comédien principal. Au cours d'un long entretien, nous sommes revenus avec Frédéric Tellier et Raphaël Personnaz sur la genèse d'un polar comme on n'en produit que trop peu.

 

D’où est venue cette idée de retracer cette grande affaire des années 90 ?

Frédéric Tellier : L’idée est venue de plein de sources différentes. D’abord cette affaire n’avait pas été racontée, il y a avait donc un champ encore en friche. Et puis les hasards de la vie : je connaissais bien cette affaire, j’étais à Paris à l’époque où Guy Georges sévissait, j’avais une amie qui avait été violée- pas par Guy Georges… Cette affaire m’avait beaucoup marquée. Au fil du temps j’ai appris à connaître l'affaire, je l’ai suivie… Et puis un soir, il y a pas très longtemps, environ quatre ou cinq ans j’en ai parlé au producteur Julien Madon , et c’est lui qui a pensé à en faire un film. J’y songeais aussi, mais ce n’était pas encore en place dans ma tête.

Quel a été le cheminement de tout ça ?

FT : On a souvent dit le cinéma de distraction, c’est la transmission. Là on est dans la transmission, le témoignage. Mon idée de départ, jusqu’au tournage avec les acteurs, c’était d’être le plus précis possible dans les faits. C’était pas une fiction, c’étaient les vrais noms des victimes, donc effectivement on a passé beaucoup de temps, parce qu’on était deux à l’écriture, j’ai écrit avec  David Oelhoeffen, qui est aussi metteur en scène au cinéma ( Loin des hommes), on a passé beaucoup de temps à collecter les informations.

On a vérifié, pris plusieurs consultants, la vraie avocate, le vrai Charlie, la vraie Frédérique Pons, on avait une journaliste Patricia Tourancheau qui était très documentée sur l’affaire, on a eu accès à la brigade criminelle au 36 … On a recoupé les pistes au fur et à mesure. Mais c’est vrai que ça prend du temps, parce que la volonté d’avoir des faits les plus honnêtes possibles afin d’y poser un regard le plus sincère possible demandait beaucoup de travail en amont.

 

J’ai fort pensé à Zodiac en voyant le film, on se perd dans l’enquête, les fausses pistes, le personnage de Raphaël m’a un peu fait penser à celui de Jake Gyllenhaal. Est-ce que c’était pour vous une référence consciente au moment aborder l’univers du film ?

Raphaël Personnaz : Référence inconsciente sans doute oui, parce que je suis fanatique de ce film, après non. Je ne me réveillais pas le matin en disant… Mais c’est aussi parce que j’ai eu la chance de rencontrer le vrai Charlie que j’ai compris à quel point l’obsession avait pu naître chez cet homme là et est encore présente aujourd’hui. C'est-à-dire que là on est quoi, 15 ans après les faits, et ça continue de rythmer sa vie quotidienne.

Et de voir ça, de pouvoir l’approcher, de pouvoir approcher d’autres flics aussi qui ont travaillé sur cette affaire, de voir à quel point ils ont été marqués... Même s’ils n’y ont pas tous travaillé 7 ans, chacun a été frappé par l’horreur de ce que faisait Guy Georges. Donc ça a sans doute créer le côté obsessionnel du personnage… Mais c’est même pas obsessionnel, parce que c’est un type qui essaie malgré tout d’avoir une vie à côté, il arrive d’ailleurs à avoir deux petites filles en même temps ; à un moment donné la vie est plus forte que la mort qui rode en permanence dans sa vie à travers cette enquête.

Donc c’était ça que je trouvais intéressant aussi, qu’on ne sombre pas gratuitement dans le sordide. Vous savez, très franchement, en observant certaines choses, certaines personnes ayant travaillé sur cette enquête, ce n’est pas un tournage dont on ressort indemne. Attention , je ne dis pas que je suis devenu obsédé comme les vrais flics qui ont travaillé sur cette affaire, c’est pas ça hein…

Mais vous voyez, quand je vous en parle, quand on en parle, on est forcément touché par cette affaire, par ce qu’elle avait de surréaliste… Parce que l’enquête ést surréaliste, les rebondissements sont surréalistes… C’est cette dimension thriller qui m’a attiré aussi, je sais qu’il y a toute la dimension humaine qui était très importante, et qui a fait que ce scénario était à part, parce que ce n’était pas juste une enquête, c’était pas juste des faits, c’était toute une dimension humaine chargée des rencontres que Frédéric avait pu faire. Donc c’était tout ça, j’ai un peu divagué pour répondre à votre question, mais ça reste des références évidemment ….

 

Justement, j’ai pensé à ça parce qu’au bout du moment, c’est comme le fait de ne pas savoir devenait non pas plus important que l’enquête elle-même, mais finissait par absorber les personnages.

FT : Je suis d’accord avec Raphaël, c’est que ni pour lui ni pour moi ça n’a été une référence…On s’est pas dit « on va faire le Zodiac français », on a abordé l’affaire, l’histoire, puis on en a fait un film ensemble. D’ailleurs c’était pas vraiment les références que j’avais en tête, même si j’adore ce film comme Raphaël. Mais ce que vous dites est probablement vrai, c’est-à- dire qu’il y a un moment où comme dans Zodiac, le fait de buter sur quelque chose rend dingue. Après je ne sais pas comment ils ont travaillé sur Zodiac, je sais que nous avions quelque chose d’extrêmement palpable. Il y a une charge émotionnelle assez forte sur la fabrication de ce film. Parce que la France c’est tout petit, on était à Paris avec les mecs de la crim’, les enquêteurs, Charlie euh pardon Raphaël les a fréquenté, dont le vrai Charlie, donc voilà c’était extrêmement palpable quoi…. Je trouve aussi très juste ce qu’il dit, qu’il s’agit vraiment d’un film à l’équilibre. On était sur un fil avec d’un côté la charge émotionnelle, les familles des victimes, la vraie histoire etc., et d’un autre côté la problématique de faire un film de tout ça. Zodiac c’est peut-être un peu plus « un film », nous on est un peu plus sur la charge émotionnelle, mais voilà y a le fil au milieu entre le grand respect de l’histoire, son énorme émotion, et notre volonté d’en faire un film, d’être dans la dramaturgie, l’image etc.

Vous avez rencontré Guy Georges ?

FT : Non. Alors pourquoi allez-vous me demander (rires). Alors déjà personnellement, je n’avais pas envie de le rencontrer, même si je n’ai pas passé de mot d’ordre ni à l’équipe ni aux acteurs. Chacun a fait ce qu’il a voulu, mais moi moralement je n’en avais pas envie... Par ailleurs, j’avais accès à beaucoup de documentation sur lui, jusqu’aux rapports médicaux psychologiques donc voilà…

Parce que le personnage est très impressionnant dans le film…

FT : Je l’ai pas rencontré, donc je suis manifestement critiquable là-dessus, mais de tout ce que j’ai pu lire ou voir il était manifestement comme ça : très charmeur, beau gosse …Mais le parti-pris du film c’est quand même les victimes, la lumière plutôt que l’obscurité, donc je suis placé moralement de ce côté-là. Par ailleurs, ça n’aurait pas pu se faire même si je l’avais voulu, car il est en détention, et ce n’est pas quelqu’un qu’on visite.

Je sais que la journaliste avec qui on a travaillé, Patricia Tourancheau, qui a suivi toute l’affaire et écrit le livre sur Guy Georges qui nous a servi de base de documentation, avait voulu le rencontrer et n’a pas eu l’autorisation de l’administration pénitentiaire. Même elle, patronne de la rubrique fait-divers/crime à Libé.... C’est quand même un criminel en haute-sécurité.

Mais j’avoue que je n’avais pas de fascination pour le mal, j’avais besoin d’être honnête avec ça, de l’expliquer… Voilà c’est un type qui a eu une enfance malheureuse, mais comme nous l’ont souvent dit nos potes flics, tout les types qui ont des enfances malheureuses ne deviennent pas des tueurs en séries non plus…

RP : Ce n’est pas un biopic sur Guy Georges.

FT : Voilà, c’est pas un biopic, on n'avait pas de fascination. Mais vraiment, on était au contact du crime

On voit d’ailleurs que vous vous détachez de Guy Georges… L’intérêt du film est aussi de montrer les nouvelles méthodes de la police, du 36, et la façon dont l’affaire a tout remis en question.

FT : Tout à fait, ça a tout chamboulé

RP : Et puis, Guy Georges le dit dans la scène des aveux, il était flatté qu’on parle de lui dans les journaux avec cette image terrifiante. Mais ce qu’il est vraiment, et ce qu’on rend très bien là, c’est que c’est un pauvre type. C’est juste un pauvre type, qui a ses failles, qui n’est pas qu’un monstre. C’est ça qui est aussi intéressant dans le film, c’est que c’est pas LE grand méchant , y a un moment c’est pas qu’on est touchés par lui mais… On peut réussir à comprendre ce qui l’a amené vers ça.

On ne valide pas, mais il y avait toute cette dimension qu’a amené Adama (Niane, l’interprète de Guy Georges), qui est extraordinaire, et qui nous dépasse à un moment donné… C’était d’ailleurs ça qui était passionnant dans l’enquête et dans tous les témoignages que tu m’as donné, c’est qu’à un moment, son meilleur ami, qui était psy, n’a jamais rien pisté. Sa petite amie a dit qu’une fois, il lui a filé une gifle quand elle l’a quitté. Mais sinon, c’était le type le plus adorable du monde. Ce Guy Georges a été une horreur absolue sept fois, et les autres fois les gens le décrivent comme un mec plutôt sympathique. C’est ce qui est rendu dans le film : il ne s’agit pas un monstre, mais un vrai personnage.

Cette dimension est très perceptible dans la confession de Guy Georges à votre personnage. Comment aborde t-on cette scène, en tant qu’acteur et réalisateur. Le monstre devient humain, et l’humain prend la figure du monstre à la fois, j’imagine que c’est une dualité qui n’est pas forcément facile à aborder (spoilers).

FT : Je vais faire juste l’introduction, et je vais laisser Raphaël répondre, car c’était leur travail. Moi j’avais les procès verbaux, j’avais le vrai enquêteur, le vrai Charlie sous la main, qui a été un vrai consultant pour moi sur toute la partie policière. Il lisait régulièrement les versions du scénario en les corrigeant.

Il y a un moment, quand on est arrivé à cette fameuse séquence, Raphaël, que j’avais beaucoup vu en amont pour préparer le film, et Adama se sont approchés du vrai Charlie, qui était le seul à avoir vécu tout ça. Après y avait pas de procès verbaux, donc je sais pas comment ils ont fait leur cuisine (rires). Après, quand je l’ai tourné, j’ai voulu le faire en longueur. On a passé une journée sur cette séquence, on avait trois caméras qu’on a bougé deux fois, on a fait deux prises ou trois prises, je sais plus, et voilà. Ca a vraiment été leur boulot.

RP : On avait la chance de pouvoir la filmer en entier cette scène. Ce qui n’est pas souvent le cas. C’est 20 minutes de scènes au départ, costaud quoi. Et avec Adama, on ne s’était pas trop parlé jusqu’à présent. C’était une volonté sans qu’on se le soit dit en fait. Je le voyais passer, on se voyait passer, mais on ne s’était jamais parlé de cette séquence. Là on s’est retrouvé et… C’est pas comparable, mais Charlie m’avait dit que pendant 7 ans vous pensez à quelqu’un, il arrive devant vous, vous partagez un whisky, pas comme deux potes mais…deux hommes, voilà.

D’ailleurs c’est ce qu’il dit, on est là pour parler de la vérité, qui es tu, qu’est ce que tu as fait, dis le moi, c’est plus la peine de te cacher… Et c’est très perturbant… Comment dire, il y a toute la partie thriller, on est dedans, et à un moment donné les masques tombent….Comme je vous le disais, l’incarnation du mal est un pauvre type, et le Charlie face à tout ça, c’est certainement pas un super-héros. C’est un homme qui a un moment donné se prend cette confession dans la gueule, doit masquer ses sentiments, et faire son boulot dans l’ombre, alors que cette affaire va se résoudre aussi simplement que ça. Comme quand vous allez enterrez quelqu’un, toute la douleur est passée, tout est déjà dit.

Chez Adama, il y avait eu la simplicité, on voulait pas faire d’effets, les faits dépassent tellement, l’émotion dépasse tellement qu’à un moment donné, on s’en fout de savoir qu’un tel est bon comédien ou pas. Tu me regardes, je te regarde, et on parle. Et ce qui se raconte est tellement fort dans l’écriture qu’il n’y a pas besoin de gros effets de mise en scène. Je trouve qu’il y a plusieurs moments comme celui-là dans le film, comme lorsque Nathalie Baye demande à Adama de lui faire ses aveux …C’est en plan-séquence, c’est très sobre, moi je trouve ça vachement bien parce qu’ on alterne les moments d’enquête dans les espaces exigus où il y a un rythme particulier, avec des moments de vérité comme celui-là . On fait confiance à l’intelligence du spectateur, qui peut se projeter dedans sans qu’on lui serve la soupe…

FT : Je suis d’accord avec toi, c’était notre idée, on le laisse penser ce qu’il a à penser, on l’oriente pas trop à la mise en scène, au jeu... C’est vrai que c’est un film qui essaie de ne pas donner de réponse, chacun doit trouver les siennes dedans. On ne dit pas que tel mec est génial, ils auraient pu, ils auraient du… Non ça s’est passé comme ça, l’affaire s’est passée comme ça, donc chacun en pense ce qu’il veut. On pense des choses probablement différente,s on a un espace commun avec Raphaël dont on s’est évidemment parlé, mais ce n’est pas un film qui donne des réponses. Et contrairement à Zodiac, pour revenir au début, qui est encore une histoire en point de suspensions , puisque le tueur a toujours pas été identifié. Guy Georges a été arrêté, pourtant cette affaire reste en grande partie énigmatique. Et tragique, évidemment.

A quel moment la structure d’allers retours entre présent et passé s’est imposée à vous ?

FT : Dés le début, parce que comme je le disais tout à l’heure, je connaissais cette affaire depuis très longtemps, mais je n’avais pas trouvé d’angle de vue, et je pense que si aucun film ne s’était fait dessus c’était justement à cause de ça. Ca parait toujours idiot, parce qu’une fois que le film est fait on se dit que c’est assez simple, pourtant ça l’était pas tant que ça. Il y a quelque projets qui n’ont pas vu le jour –heureusement j’ai envie de dire- sur Guy Georges lui-même, où on suivait le tueur… Moi ça m’est venu un peu comme ça, mais après des, années de végétation, de réflexions un peu lentes dessus, je me suis dit que les deux points de vue, c’était ceux-là : comment les flics font pour l’arrêter, et comment la société fait pour digérer ça après. Quand j’en ai parlé au producteur, j’avais déjà cette idée de double point de vue pour ne pas être que dans une enquête policière, et pas que dans un tribunal lors du procès.

C’est comme si cette manière de structurer le film, entre le chaos que pouvait représenter l’enquête et la manière dont vous représentez les débats, nous amenait à douter de la culpabilité de Guy Georges. C’était intentionnel dés le départ ?

FT : Complètement. Bon après quand on fait un film, pour l’acteur principal comme pour les autres acteurs c’est pareil, on n’est pas sur de notre coup, surtout sur une histoire comme ça. On reste modeste quand même, parce que la réalité est tellement plus ample que ce qu’on essaie de faire nous…Je ne sais pas si j’ai réussi tout ça, mais c’était une vraie idée d’être avec les personnages, de partager l’incertitude des flics pendant 7 ans, de ne pas savoir ce qu’ils cherchaient, de se tromper, d’aller dans des murs à chaque fois, des impasses. Et ces fausses certitudes des avocats, du moins celle pas partagée par l’autre avocat de Guy Georges qui était persuadé qu’il était innocent... C’est sur que c’était intentionnel d’être au moment ou les personnages ressentaient les choses.

Vous étiez donc strictement amarrré aux à l'histoire et la réalité des faits

RP : Ouais c’est ça. En ce qui me concerne, ça ne m’intéressait pas de faire de mon personngae quelqu'un de bien dessiné, même pour moi il a des parties qui sont un peu floues, qui sont cachées, et c’est ça qui m’intéresse. J’ai pas décelé tout ses mystères, qui je serais pour décider ça… Et de toutes façon, le film n’est pas sur lui, il est cœur de cette enquête, mais c’est justement l’enquête, la traque qui compte. Lui en tant que personne humaine s’est mis de côté humaine pour son enquête. C’est ça qu’il faut remettre dans le film aussi, c’est des mecs qui gardent leur émotions à un moment donné. On est chargé de ça, mais on ne doit pas le montrer pour faire un numéro d’acteurs.

FT : Mais c’est vrai aussi que dans toute la marge de manœuvre qu’offre une fiction, car ça reste une fiction même si elle est très documentée, lorsqu’on avait le choix, qu’on se posait la question de savoir si l’on devait faire comme ci ou comme ça, notre guide c’était de revenir à la réalité. « Comment ça s’est passé ? », avec nos moyens, toi d’interprète, moi de metteur en scène et scénariste, on se rapprochait de la réalité lorsqu’on avait un doute. Ca c’était vraiment notre fil rouge.

RP : Même dans ta manière de filmer, il y avait aussi quelque chose de très bien pour les acteurs, c’est qu’on ne savait pas toujours où était la caméra. Et il y avait des scènes de groupes comme ça, où on découvrait après un répétition que la caméra était là, qu’elle avait un peu tourné…Et c’est très bien, parce que ça nous met toujours en action, et dans une réalité presque documentaire, même s’il ne s’agit pas de faire un «Faites entrer l’accusé » . Encore une fois, c’est pas Guy Georges qui nous intéresse, c’est tous les hommes qui ont gravité autour.

 

Il y a un côté très film d’enquête des années 70 dans le film, comme les Hommes du président par exemple, avec ces hommes qui passent beaucoup de temps derrière leur bureau à éplucher des dossiers. Est-ce que pour vous cet angle de vue était un moyen de vous rapprocher de la réalité des faits ?

RP : (A Frédéric Tellier) Tu m’avais parlé de Serpico aussi comme référence… Mais oui, Les hommes du président, c’est quand même deux mecs qui passent leur temps derrière un bureau… Ces films sont passionnants, parce qu’on ne quitte jamais la véracité de tout ce qu’on voit, le moindre taille crayon qui est posé dans le truc etc. Il y a ça aussi dans le L. 627 de  Bertrand Tavernier, qui a d’ailleurs validé ce film (sourires).

FT : I comme IcareZ, Dernier domicile connuMoi c’est vraiment le cinéma que j’adore, et c’est vrai qu’il était légitime là pour plein d’aspects, déjà ce côté un peu simple, et surtout pour sa proximité avec les acteurs. Je voulais peut-être faire une histoire à la Zodiac, mais plastiquement autre chose, quelque chose de plus modeste… On a eu rapidement très peur de ne pas être juste, même dans les costumes, et la note juste c’est un peu effacer les égos, les envies, les cinématographies, les stylisations… On avait envie de se débarrasser un peu des effets stylistiques, avec le risque qu’on nous dise « Bon, mais pourquoi ne pas avoir fait un documentaire »... C’est un peu la limite : c’est un film très documenté, mais ce n’est pas un documentaire parce que ce n’est pas des images d’archives toutes prêtes, et on montre ce qu’il n’y avait pas dans les images d’archives justement. Là il y a des acteurs, de la chair humaine qui interprète de la chair humaine… C’était ça qui était intéressant, de voir comment l’être humain peut-être brinquebalé dans une affaire terrible comme celle-là.

J’ai eu l’impression qu’après une heure de film environ, vous vous émancipiez de cette réalité des faits, comme si le temps se dilatait ou se contractait, au point d’aliéner la réalité de tout ce qui était extérieur à l’enquête. Etait-ce pour vous un moyen de filmer une folie collective qui s’emparait de tout le monde ?

FT : Complètement. C’est vrai que, en tout cas de mon côté à l’écriture, après ça a été l’interprétation de Raphaël qui a beaucoup joué… Cette affaire est labyrinthique, on rentre dans un labyrinthe, on sait pas si on au bout on doit tourner ou pas, si il y a un grand passage qui nous permet de passer de là à là ...Le risque que j’avais envie d’assumer à l’écriture, c’était d’avoir un film en trois parties avec un premier acte assez long, centré sur le personnage de Charlie seul, un deuxième acte ou ils sont tous autour sans que cela fasse avancer l’affaire, et un troisième acte qui était la résolution. C’est vraiment ma volonté, avec ce risque d’un acte central un peu en longueur, d’un personnage perdu qui se fâche avec tout le monde, mais qui remporte l’adhésion, qui est sensible, qui se perd un peu dans ses idées mais qui tient la barre quand même… C’était écrit, il a fallu qu’il l’interprète et qu’il se débrouille avec, mais ouais il y avait cette volonté d’acte central avec les contours de plus en plus flous… Et puis les faits, les rebondissements naturels de l’histoire qui ont fait que ça avançait malgré tout. De manière tragique, ça a été un gâchis humain cette affaire, mais ça avançait quand même.

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