Kim Chapiron (Dog pound)

Didier Verdurand | 21 juin 2010
Didier Verdurand | 21 juin 2010

Tout juste auréolé d'un Prix de la mise en scène au Festival de Tribeca à New York, Kim Chapiron revient 4 ans après Sheitan avec un nouveau film qui n'a pas grand-chose à voir, si ce n'est qu'il se penche encore sur l'adolescence. Ici, le ton est nettement plus grave puisque l'action prend place dans une maison de correction. Original et touchant, Dog pound confirme qu'il faut surveiller de près Kim, qui n'a pas fini de nous surprendre. Retrouvailles.

 

 

On dirait que les critiques de Dog pound sont nettement meilleures que pour Sheitan que certains considèrent maintenant comme « un accident de jeunesse » voire « une chose hybride plutôt ratée »...

Les gens aiment bien les phrases choc mais il ne faudrait pas croire que Sheitan s'est fait mitrailler à sa sortie. Avec le recul, je le vois complètement en accord avec son époque. On était dans la continuité - ou la résultante - de nos courts produits par Kourtrajmé. J'ai un regard très tendre et très fier dessus, c'est pour moi avant tout un film de famille.

 

Kourtrajmé a 16 ans. Comment se porte-t-il ?

Tout le monde a vieilli, obligatoirement, et on parle de choses plus personnelles. Romain Gavras sort son film à la rentrée, Ladj Ly, qui avait fait un documentaire sur les émeutes en banlieue prépare une fiction sur ce sujet, Mohamed Mazouz du groupe La Caution prépare aussi un long-métrage... Chacun parle plus en son nom qu'un nom du collectif, aujourd'hui.

 

Tu as vu le film de Romain Gavras, Notre jour viendra ?

Oui et j'y tiens un rôle, vous m'y verrez en gothique. Je suis un fan radical de tout ce que fait Romain. Ce film est incroyable.

 

 

Venons-en à Dog pound.

C'est avant tout un témoignage. Les anecdotes dans le film sont inspirées de celles que m'ont raconté des jeunes pendant la période de préparation qui a duré un an. J'ai trainé dans les prisons juvéniles avec mon co-scénariste, Jérémie Delon (rien à voir avec Alain, Ndlr.) Nous avons été les spectateurs de ce que nous racontaient ces jeunes à longueur de journée. Il y avait aussi certainement de la mythomanie là-dedans, c'est la génération qui veut ça. On en a le parfait exemple avec la scène de la MILF, quand un ado raconte son histoire pour épater la galerie. Dog pound est un film sur l'adolescence, un sujet que je touche dans tous mes films, courts ou longs. Je suis fasciné par ce thème car c'est un âge où l'on peut tout se permettre, où l'on cherche à comprendre où sont les limites et pourquoi on veut les dépasser. Je peux jouer avec toute une gamme d'émotions et je me régale. J'en parlerai sûrement encore longtemps.

 

Pour t'éviter de répéter les mêmes choses, on a mis ton interview du dossier de presse que l'on conseille à tous de lire.

Ce n'est pas facile de parler de Dog pound.  La partie sociale, le côté engagement et la politique sont de thèmes qu'on ne peut éviter dès qu'on aborde un sujet de société comme la prison. Dog pound signifie la fourrière. On y trouve des chiens errants et là, j'ai voulu m'attarder sur les chiots. Plus qu'un film sur les prisons, c'est un film sur des adolescents, j'insiste là-dessus.

 

On compare souvent ton film à Scum de Alan Clarke mais on peut aussi citer Bad boys de Rick Rosenthal avec Sean Penn...

En fait, je pense que Bad boys est très inspiré par Scum. Avec notamment la scène de la canette dans la chaussette. Le producteur de Scum, Clive Parsons, a d'ailleurs vu Dog pound et a beaucoup aimé, j'avais la pression, Alan Clarke est un immense réalisateur anglais qui a découvert entre autre Ray Winston et Tim Roth. (Gus Van Sant lui a rendu hommage avec Elephant.)

 

Et tu as aussi un Sean Penn en herbe en la personne de Adam Blutcher.

Le voir débarquer sur le tournage avec toute sa folie et sa puissance d'acteur, c'était du pur régal. Il a une vision du cinéma qui se rapproche beaucoup de la mienne. Il aime se mettre en danger, jouer avec l'imprévisible. Et il est très physique, ce qui me convient car je suis un peu tortionnaire sur les bords. J'aime bien y aller pour de vrai, je pars du principe que ça va, ce n'est qu'un film. Cela fait trois ans que je le prépare, tu peux quand même te prendre quelques tartes dans la gueule, non ? (rires) Dans les scènes d'action, il était le premier à tout donner et ça participe pas mal à la crédibilité des scènes. Il est complètement rentré dans le personnage - au point de se retrouver deux fois en garde à vue pendant le tournage mais c'est une autre histoire. Sa rage était perceptible sur le plateau. Il sera un jeune soldat dans une série produite par Spielberg, Fallen skies. Il m'a dit tout simplement : "Je lui ai fait mon regard qui tue, il était obligé de me prendre." Son assurance m'impressionne !

 


Comme dans Sheitan, tu nous as sorti un casting aux petits oignons. Tu t'y prends comment ?

Je discute énormément avec les comédiens. Pendant la tournée de Sheitan (sorti dans 42 pays donc ça en fait des voyages et des rencontres...), j'ai eu l'occasion de croiser Bruno Dumont et Manuel Pradal et j'ai parlé avec eux de cette recherche d'acteurs non acteurs ou débutants, qui sont en majorité dans Dog pound. C'est au metteur en scène de s'adapter à celui qu'il a trouvé, qui correspond le plus au personnage. Je garde souvent les mêmes prénoms pour cette raison. Il faut modeler en fonction de la perle trouvée. J'utilise souvent deux caméras en même temps pour faire des champs et contre-champs au même moment car je veux l'instant où l'acteur oublie qu'il joue et je sais que je n'aurai pas le droit à de nombreuses prises. Les non-acteurs donnent tout très vite et s'ennuient rapidement. Tu dois leur laisser un maximum de liberté et de place.

 

Que peux-tu nous dire sur ton prochain film ?

J'ai commencé à l'écrire avec Vincent Cassel avant Dog pound. C'est sur le Carnaval de Rio, que nous avons déjà fait 8 fois ensemble. Tout y est permis, c'est un moment unique où toutes les classes sociales se mélangent, où se mêlent la folie, la fête, l'extrême violence, la joie et le tout, recouvert par la musique. Pendant une semaine, tu oublies le silence... Nous développons en ce moment une histoire d'amour et Vincent jouera dedans. Ce sera tourné en portugais, anglais et français.

 

Un mot sur Tribeca, le festival de De Niro ?

J'y avais présenté Sheitan donc j'arrivais en terrain connu, je savais que c'est un excellent festival. Cette fois-ci, j'étais en compétition. Les projections ont été au-delà de mes espérances, les réactions ont été très enthousiastes. Et un monstre comme De Niro qui te parle de ton film, on peut dire que c'est un rêve de gosse qui s'est réalisé.

 

 

Tu serais attiré par Hollywood comme bon nombre de réalisateurs français ?

Un film te prend tellement de temps et d'énergie que je ne peux pas me projeter dans quelques années, quand j'aurais terminé mon film avec Vincent. Aujourd'hui, je me sens plus proche du réseau indépendant qui te permet de jouir d'une certaine liberté et du final cut, ce que je n'aurais pas dans une grosse production. J'ai eu pas mal de propositions de films assez violents après Sheitan. Je n'étais pas plus inspiré que ça et heureusement je me suis retrouvé embarqué assez vite dans l'aventure Dog pound. Je peux être fan de blockbusters en tant que spectateur, mais comme metteur en scène, ce n'est pas dit.

 

Le dernier film qui t'a beaucoup plu ?

Attends, Ecran Large est lu par de grands cinéphiles alors je ne peux pas te sortir n'importe quoi ! (rires) Récemment, j'ai vu avec Romain Gavras en DVD un film qui nous avait été conseillé par un autre scénariste avec qui je travaille sur mon projet, Pierre Grillet. Il s'agit de La Comédie de Dieu. C'est un must.

 

Propos recueillis par Didier Verdurand.

Photos de Côme Bardon.

 

Ci-dessous, le clip de Quitte moi, interprété par Oxmo Puccino et réalisé par Kim Chapiron. (rien à voir avec Dog pound)

 

 
 
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