Virginie Efira - Langue de bois ou langue de pute ?

Didier Verdurand | 14 novembre 2009
Didier Verdurand | 14 novembre 2009

Tiens, une nouvelle animatrice qui aimerait bien se voir en tête d'affiche sur grand écran... On ne savait pas trop à quoi s'attendre avec Virginie Efira. Convaincante dans Le Siffleur, une bonne comédie du samedi soir présentée au Festival de Sarlat et qui sortira sur tous les écrans le 6 janvier, il y avait de quoi être optimiste : un peu canon, beaucoup sexy, passionnément belge et pétillante à la folie, elle a tout pour plaire. Et c'est ce qui doit déranger car elle n'a pas l'air de faire l'unanimité, à lire les divers commentaires de certains internautes. Verdict : on a déjà envie de la revoir et on espère que Rivette lira cet entretien.

 

En interview, tu es plutôt langue de bois ou langue de pute ?

Plutôt langue de bois. J'ai gardé un côté bon soldat de la télévision, quand je présentais des émissions familiales. J'évite de trop froisser donc je trouve tout le monde formidable et nous vivons dans un monde merveilleux. Et ma honte est maximale ! Sinon je ne ne vois pas trop l'intérêt d'être langue de pute et mener des combats via des interviews. Je préfère quand même la sincérité au langage commun.


Tu es nominée au Gérard de la meilleure animatrice tête à claque. Tu iras chercher le prix ?

Oui j'ai vu ça. Pour Canal Presque, qui a eu un parcours médiatique assez intéressant... C'est une conclusion parfaite à tout ce qui s'est dit. Je ne sais pas si j'irai chercher la récompense, il faudrait que je trouve quelque chose de marrant à dire... Ou alors je pourrais aussi rester dans la continuité et faire un mauvais sketch... (rire)

 

Je n'ai jamais regardé mais apparemment je ne suis pas le seul. Qu'est-ce qui clochait ? (ouf, pas de coup à la Dupontel)

En faisant cette émission, je balançais entre un complexe de supériorité et un complexe d'infériorité. Je pouvais me dire avec suffisance « Bah, ça ira ! » et ensuite « Je ne peux pas me lâcher, je n'ai pas beaucoup de crédit dans ce type d'émission du coup ils ont peut-être raison... » J'ai travaillé avec des collaborateurs que j'aime beaucoup mais on n'était pas toujours d'accord sur ce qu'on avait envie de faire. Il m'est arrivé de regretter de ne pas avoir plus de pouvoir, ou même de constater que je n'en avais pas ! On s'est retrouvé avec un objet vraiment bizarroïde. Pourtant ce n'était pas n'importe qui aux commandes. Ahmed Hamidi a été un auteur des Guignols pendant 8 ans, il a beaucoup de talent. Mais peut-être qu'avec moi, ça ne fonctionnait pas. Tout ça fait qu'après il y a une acceptation assez directe des critiques. C'était difficile de ne pas pouvoir être dur avec soi.

 

Tu as enchaîné les doublages au cinéma et on peut dire que maintenant qu'on te voit à l'écran, ça fait un autre effet... Mais ce n'est pas risqué de choisir comme baptême un rôle aussi sexy, du début à la fin ? (Virginie est en bikini la plupart du temps) Ce n'est pas tendre la perche pour se faire cataloguer ?

Je ne peux pas choisir un rôle en raisonnant ainsi. Et je crois que j'aurais attendu longtemps si j'avais espéré une dépressive !  Derrière cette bimbo, il y a une fausse assurance et ça apporte une complexité au personnage, qui existe et qui n'est pas là pour faire la potiche.


On ne te voit pas nue, ce qui n'enlève rien d'ailleurs au côté sexy, au contraire. Mais quelle est ta position par rapport à ce genre de scènes, tu accepterais à l'occasion ?

Oui, bien sûr. Tout dépend le genre et les circonstances ! Dans une comédie, est-ce nécessaire ? Ce n'est pas ça qui va provoquer le rire... Je comprends des comédiennes qui disent qu'il est plus facile d'être nue sous la douche que de montrer des sentiments. J'ai une pudeur assez forte donc ce serait plus difficile que pour d'autres mais à partir du moment où le rôle le demande, s'il y a une vérité qui doit passer par la nudité, il faut se lancer.

 

Tu ferais La Belle noiseuse alors ?

Oui, voilà !

 

Depuis quelques années, il y a une jolie vague belge au cinéma qui fait plaisir à voir. Tu voudrais surfer dessus ?

Oui, j'ai des propositions. Qui viennent surtout grâce au théâtre où j'ai joué Nathalie de Philippe Blasland, une adaptation du film d'Anne Fontaine qu'il avait coécrit. Ce rôle assez cru et violent a attiré quelques metteurs en scène belges qui sont venus me voir. Il y a une liberté très forte dans le cinéma belge, où le glauque côtoye l'humour. J'aime bien Bouli Lanners, je vais tourner avec lui. Je me sens très proche d'Eldorado.

 

Quels sont les derniers films que tu as aimés ?

J'ai été touchée par Les Regrets de Cédric Kahn. Et j'ai adoré Distric 9 qui est l'un des meilleurs films de science-fiction que j'ai vu.

 

Tu sens déjà une concurrence avec d'autres comédiennes ?

Je crois que tu te sens en guerre avec les autres quand tu l'es déjà un peu avec toi-même. Ce n'est pas mon cas.


Coucher pour réussir, ça marche mieux au cinéma ou à la télé ?

Alors là franchement je n'y crois pas ou alors je n'étais pas du goût des gens que j'ai rencontrés. (l'air dégoûté) A part en Belgique quand j'avais 18 ans, il y a eu un essai infructueux... (la nausée passe) Qu'une séduction existe, même entre deux femmes, c'est une évidence. Mais de là à passer à l'acte... Ta question me fait penser à ma famille, quand je retourne en Belgique, qui me demande si dans le milieu tout le monde se drogue et baise avec tout le monde... (rire) Bon, quand un grand réalisateur s'éprend d'une actrice et lui sort un rôle terrible, là ça peut devenir intéressant mais quelle est la probabilité pour que ça arrive ? Je ne me vois pas du tout dans Faust !

 

J'ai lu sur le Net que tu étais vexée de ne pas avoir été convoquée au casting du prochain Eastwood qui se tournera en France. J'ai un gros doute maintenant qu'on a fait causette.

Oui, j'ai lu ça... On lit de ces conneries parfois... Franchement, ça me fait marrer de m'imaginer me la péter en disant « Quoi ? Eastwood ne m'a pas appelée ? L'enculé de sa mère ! » Déjà, je débute dans le métier - j'en suis consciente - et surtout je n'ai pas le niveau d'anglais suffisant pour espérer remporter le rôle alors... Intox !

 

Propos recueillis par Didier Verdurand à Sarlat.

Autoportrait de Virginie Efira.


 

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