Jerry Springer (Domino)

Didier Verdurand | 23 novembre 2005
Didier Verdurand | 23 novembre 2005

Présent au Festival de Paris en 2004 pour défendre Citizen Verdict, le premier film de Philippe Martinez (L'empreinte de la mort) dans lequel il joue un producteur d'une émission télé-réalité dont les spectateurs décident la mise à mort ou non de l'accusé, Jerry Springer interprète aujourd'hui son propre rôle dans Domino de Tony Scott. Le présentateur trash (la signification de ce mot est encore plus péjorative en anglais) de la télé-poubelle est incontournable dans la culture américaine et il nous a semblé amusant de sortir des tiroirs cette interview inédite - la distribution de Citizen verdict ne cessant d'être repoussée...

Qu'est-ce qui vous a attiré dans Citizen Verdict ?
J'avais tourné dans d'autres films, mais toujours en interprétant mon propre rôle, et il se trouve que dans Citizen Verdict, j'avais l'occasion de me mettre dans la peau d'un personnage à l'opposé de ce que je suis réellement. Dans mon show, je suis le porte-parole de la morale, mais là, je suis un véritable méchant ! J'ai pu comprendre le plaisir éprouvé par les comédiens de jouer un vrai méchant, c'est en effet très amusant !

Il n'y a vraiment aucun point commun entre vous et ce producteur ?
Non. Dans Citizen Verdict, il s'agit d'une émission qui montre un procès dont les jurés sont les télespectateurs. En aucun cas je ne ferais une chose pareille. À partir du moment où la télévision divertit, je suis partant, mais dans ce cas précis, elle marche sur les plates-bandes de la justice, et personnellement je ne m'y risquerais pas.

 


Jusqu'où peut aller la télévision ? Aux États-Unis, quand on voit le scandale du sein de Janet Jackson montré par accident au Super Bowl, il y a de quoi se poser des questions !
Dans ce cas précis, la télévision n'y est pour rien, les caméras ont juste filmé ce qui était devant ! Après, ce sont les téléspectateurs qui ont bien ou mal interprété ce qui n'est en fait qu'anecdotique. La télé-réalité surfe nettement plus sur le danger. Leurs détracteurs disent qu'il ne faut pas montrer Monsieur ou Madame Tout-le-monde, mais ce sont les journaux télévisé qui ont commencé il y a quelques dizaines d'années. Si vous ne parlez pas de guerres, de corruption, de criminels, ce n'est pas pour autant qu'ils disparaîtront de notre planète. La télévision reste pour le moment un miroir de notre société, et doit se cantonner à ce poste.

 

Vous avez été Maire de Cincinnati de 1977 à 1981. De quoi êtes-vous le plus fier parmi toutes les réalisations effectuées durant votre mandat ?
Des hôpitaux et des cliniques dans les quartiers pauvres, des logements sociaux…

Peut-on dire que la manipulation est le point commun entre les talk-shows et la politique ?
Non, je ne vois aucun rapport. En politique, nous parlons de la réalité, et nous essayons de convaincre les gens de voter pour nous, afin d'obtenir plus de 50% des votes. C'est le seul moyen de passer à l'action. On peut donc parler de persuasion dans la politique, mais pas dans la télévision. De plus, le terme « manipulation » possède une connotation négative.

Que vous inspire Arnold Schwarzenegger au poste de Gouverneur en Californie ?
Évidemment, il s'est fait élire grâce à sa célébrité, mais cela ne suffit pas à faire correctement son boulot. Il vient de débuter son mandat, donc on verra bien…Il va s'apercevoir qu'il est face à des problèmes qui sont loin d'être faciles à résoudre.

 


Dans le premier film réalisé par Dolph Lundgren, The Defender, vous serez le Président des États-Unis. Une manière de se moquer de George W. Bush ?
Ce sera un film d'action sérieux, donc je ne me suis pas permis de caricaturer le Président, même si je suis loin de partager ses idées. Nous montrons juste que la notion de confiance est délicate dans les plus hautes sphères du pouvoir.

 

Où se situent vos ambitions en tant qu'acteur ?
Je n'ai aucune ambition. Le cinéma est plus une source de divertissement en ce qui me concerne. Je ne pense pas faire carrière dans ce domaine en acceptant ces rôles.

Vous êtes une référence en terme de trash alors dîtes-nous si La Passion du Christ est un film à ranger dans cette catégorie !
Je n'ai pas aimé ce film et ne suis pas d'accord avec cette vision, mais je ne le qualifierais pas de trash.

Et si Michael Jackson ouvrait une crêche ?
Je ne peux me prononcer sur Jackson parce que je ne connais pas la vérité, l'affaire est en cours…(Agacé.) Je ne trouve pas que les gens sont trash, même s'ils peuvent parfois être trop décalés.

Vous ne trouvez pas que votre show est trash ?
Non ! Je sais que certaines personnes ne sont pas du même avis mais peu importe ! Ce sont eux qui insultent mes téléspectateurs, qui viennent de tous les horizons, comme mes invités. Ils n'ont pas tous reçu la même éducation, ne sont pas tous jolis et confortablement installés…Ils vivent parfois différemment et peuvent atteindre des extrêmes, mais les vedettes ont parfois aussi des comportements choquants ! Elles ont déjà tout et sont sur les couvertures de magazines pour qu'on achète leurs produits, comme si elles n'étaient pas déjà assez riches ! Hitler était trash, Mussolini aussi, mais pas les invités de mon talk-show.

Il y a deux ans, un de vos invités en a tué un autre, deux semaines après le passage de l'émission, dont le thème était l'adultère. Votre émission peut-elle être dangereuse ?
Personne n'a pu prouver que l'émission avait un rapport avec le meurtre.

Au moins, on a pu se rendre compte qu'il n'y a pas que des comédiens parmi les invités !
95% de mes invités sont réels. Il m'arrive parfois de me rendre compte après le passage sur le plateau que leur histoire est bidon, mais c'est très rare. L'intérêt du Jerry Springer Show est de montrer la réalité, alors pourquoi employer des acteurs ?

L'une de vos émissions s'intitulait « Les nains sont aussi des êtres humains. » La côte de la France étant au plus bas aux États-Unis, vous ne pourriez pas en faire une du style : « Les Français sont aussi des êtres humains. » ?
Pourquoi pas…Il y a bien des nains français, non ?

Propos recueillis par Didier Verdurand.
Photo ci-dessous de Côme Bardon.
Retrouvez le passage avec Jerry Springer dans Domino en cliquant sur ce lien.

 

 

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