Enrique Piñeyro

Damien Vinjgaard | 28 juin 2005
Damien Vinjgaard | 28 juin 2005

Rencontré juste avant son couronnement lors du dernier festival de la Cita à Biarritz (voir notre compte rendu du festival en cliquant ici), Enrique Piñeyro, sorte de Droopy argentin, a bien voulu revenir sur l'expérience que fut de tourner son premier film. Peu affable, le cinéaste n'en porte pas moins un regard sans équivoque sur la situation économique et sociale catastrophique de son pays, rejoignant en ce sens son compatriote, Fernando Solanas (voir ici notre interview du réalisateur recueillie en septembre 2004 pour la sortie de Mémoire d'un saccage).

Comment êtes-vous passé du statut de protagoniste de votre histoire à celui de metteur en scène de celle-ci ?
Alors que j'étais pilote, j'ai travaillé avec un cinéaste. Par la suite, je suis devenu un peu par hasard acteur dans quatre autres films. Je me suis décidé à devenir producteur lorsque j'ai voulu raconter ce que j'avais vécu. J'aurais bien fait un documentaire mais comme il n'y avait pas assez de matériel pour raconter cette tragédie, j'ai dû écrire une fiction. Seules les images à la fin du film sont issues de reportages télés.

Vous êtes-vous inspirés de réalisateurs que vous appréciez pour la mise en scène ?
Je suis en fait assez autodidacte et je regarde peu de films. Je vais rarement au cinéma. S'il fallait vraiment parler d'une influence ce serait Costa Gavras et ses films militants comme État de Siège.

Quelle est la part de vérité dans ce film ?
La fiction a été là pour resserrer la narration. L'histoire d'amour intervient pour des raisons narratives, cela évite d'être trop descriptif et permet d'illustrer la situation émotionnelle que vit mon personnage avec la compagnie personnage. J'ai tenu à donner une vision enfantine des avions car ce rêve de gosse est commun à tous les pilotes et il s'oppose à la réalité dramatique de la situation. Il était important de montrer ce plaisir sensuel de voler car c'est notamment ce qui a amené les pilotes de la compagnie à se taire. Cette sensation physique faisait partie du conflit.

Vous n'avez pas eu de problèmes pour tourner ?
Il faut savoir que l'espace aérien argentin était un des pires dans le monde. Il a reçu une étoile noire en 1997 ce qui est la plus mauvaise note attribuée. La sécurité est tellement laxiste que j'ai pu filmé clandestinement, sans autorisation, toutes mes scènes situées dans les aéroports et les avions argentins. Comme je connais très bien ce milieu et que celui-ci est tellement peu efficace, j'ai réussi à utiliser dans le film des pièces qui ont réellement été incriminées dans l'accident.


Comment s'est passée la sortie du film ?
Elle s'est très bien passée. Le film a attiré 160 000 spectateurs durant la première semaine d'exploitation et nous avons été second au box-office. Il est ensuite resté de nombreuses semaines à l'affiche.

Finalement la justice semble avoir abouti ?
Le déroulement judiciaire qui est montré dans le film est plus l'exception que la règle. La cour suprême est moins corrompue qu'elle est réellement. Il faut prendre cette histoire comme quelque chose d'à part. L'ultralibéralisme a vraiment complètement corrompu les institutions et Carlos Menem en est le principal responsable. D'ailleurs, en Argentine, il est maintenant coutume d'éviter de citer ce dernier pour ne pas s'attirer le malheur. Mon film est une métaphore sur l'Argentine de cette époque.

La situation s'est-elle améliorée dans votre pays ?
Pas vraiment. On occulte encore plus les problèmes.

Quel est votre prochain projet ?
Mon prochain projet porte sur les derniers jours de la vie d'une photographe morte d'un cancer de la poitrine. Elle a fait un livre de photos où elle posait dévêtue avant la chirurgie reconstructive.

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